Laurent Joffrin quitte le journal « Libération » pour se lancer en politique

RECONVERSION Le directeur de la publication et de la rédaction de « Libé » lance un appel à la « recomposition de la gauche », ça grince des dents chez les journalistes

20 Minutes avec AFP

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Laurent Joffrin, en 2019.
Laurent Joffrin, en 2019. — Syspeo / SIPA

« Refonder le discours d’une gauche démocratique » et « anti-Macron » ? C’est après avoir « mûrement réfléchi » à cet objectif que Laurent Joffrin, 68 ans dont plus de 40 dans le journalisme, a décidé de quitter la direction de Libération pour se lancer en politique.

Le directeur de la rédaction et de la publication du quotidien, dont il est également co-gérant, a annoncé à l’AFP qu’il renonçait à toutes ces fonctions et publierait lundi un « appel à la recomposition de la gauche », une gauche qui serait ni « entièrement écologiste, ni bien sûr d’extrême gauche », mais « réaliste », résume-t-il.

Un appel signé par une centaine de personnes

« L’appel », qu’il lancera lundi au cours d’une conférence de presse à Paris, a été signé par une centaine de personnes, « connues ou non », parmi lesquelles « des philosophes, sociologues, experts, comédiens, créateurs, militants d’associations, quelques syndicalistes… ».

Il n’est pas question pour autant de larguer complètement les amarres. « Je continuerai à écrire pour le journal ma "lettre politique" quotidienne », assure-t-il, lettre dans laquelle, chaque jour, il analyse de façon « subjective » la situation politique du pays. « La presse française a souvent été écrite par des gens engagés en politique », rappelle Laurent Joffrin, en citant Clemenceau, Jaurès…

Des journalistes de Libération mécontents

Mais la potion est dure à faire avaler à ses futurs ex-confrères, à qui il devait écrire une lettre vendredi matin pour expliquer les raisons de son départ. Sitôt la rédaction informée du projet politique du directeur, les journalistes de « Libé » se sont réunis en assemblée générale pour débattre de sa position au sein du journal.

« Laurent Joffrin veut faire de la politique, nous faisons du journalisme », soulignent les salariés du journal dans un communiqué mis en ligne en soirée sur le site de Libération. Pas question pour eux que Laurent Joffrin poursuive une activité éditoriale et écrive des chroniques.

« Mise devant le fait accompli, la rédaction constate que ce nouvel engagement personnel est incompatible avec la poursuite de toute activité éditoriale au sein de Libération », ajoutent-ils. Ils précisent que Paul Quinio assurera l’intérim « à la direction de la publication ainsi qu’à la cogérance jusqu’à la rentrée ».