Gouvernement Castex : On fait le point sur les infos virales concernant Eric Dupond-Moretti, nouveau ministre de la Justice

FAKE OFF La nomination d'Eric Dupond-Moretti est le sujet politique le plus en vogue sur les réseaux sociaux depuis l'annonce du gouvernement Castex

Aymeric Le Gall

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Le nouveau ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, à l'Assemblée nationale lors des questions au gouvernement , mercredi 8 juillet 2020.
Le nouveau ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, à l'Assemblée nationale lors des questions au gouvernement , mercredi 8 juillet 2020. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
  • Plusieurs citations attribuées au nouveau garde des Sceaux fleurissent sur les réseaux sociaux depuis son entrée au gouvernement. 
  • Nous avons passé au crible trois d'entre elles.
  • Certains propos d'Eric dupond-Moretti sont caricaturés.

C’est LE sujet politique numéro un sur les réseaux sociaux depuis le la nomination du gouvernement Castex lundi :  la désignation surprise d’ Eric Dupond-Moretti au poste de ministre de la Justice. Emmanuel Macron n’ignorait certainement pas le tapage médiatique qu’un tel choix allait engendrer, permettant ainsi à la majorité de faire oublier un instant les mauvais résultats des élus LREM aux dernières élections municipales. Il ne s’était pas trompé.

Depuis lundi, comme c’est souvent le cas quand une nouvelle personnalité est placée sur le devant de la scène politique, le placard à archives déborde. Parmi la pelletée de déclas ou de polémiques déterrées depuis lundi concernant le nouveau garde des Sceaux, 20 Minutes a décidé d’en sélectionner trois d’entre elles, histoire de voir ce qui tient du mythe ou de la réalité.

Eric Dupond-Moretti réécrit l’histoire

C’est la séquence la plus partagée sur les réseaux sociaux depuis lundi : invité sur le plateau de LCI, celui qui n’était alors qu’avocat est interrogé sur sa volonté ou non de devenir ministre de la Justice. « Si on vous proposait un poste de ministre de la Justice, vous accepteriez ? », lui demande la journaliste Audrey Crespo-Mara. Dans un éclat de rire, l’ogre des prétoires est clair, c’est « non ». « Sûr ? », le relance-t-elle. « Ah oui, sûr ! Vous voulez que je vous le signe ? », plaisante-t-il avant de détailler les raisons d’un tel refus.

« D’abord, personne ne me le proposera, ce serait un bordel… Personne n’aurait jamais l’idée sotte, totalement saugrenue, incongrue, invraisemblable de me proposer cela, lance-t-il. Et moi, franchement, jamais je n’accepterais un truc pareil, non. Ce n’est pas mon métier, il faut en avaler des couleuvres pour faire de la politique. D’abord, il faut être copain avec tous les membres du gouvernement auquel on appartient soi-même. Faut manger son chapeau de temps en temps. »

Avec le recul, il faut avouer que ces propos ont de quoi faire sourire. Sachant pertinemment qu’ils allaient lui être renvoyés en pleine figure à la première occasion, le nouveau garde des Sceaux a préféré prendre les devants, mercredi, lors de son premier grand oral à l’Assemblée Nationale à l’occasion des questions au gouvernement. Interrogé par le député LR Antoine Savignat sur sa future ligne de conduite et ses objectifs en tant que ministre, Eric Dupond-Moretti a voulu solder cette histoire une bonne fois pour toutes.

« C’est vrai qu’à un moment j’ai dit que je n’accepterai pas cette tâche, il doit y avoir une dizaine ou une quinzaine d’années. On va mettre un terme définitif à… », dit-il avant qu’un brouhaha général ne l’empêche de poursuivre. Et pour cause, sa déclaration ne date absolument pas d’il y a dix ou quinze ans, mais d’avril 2018, il y a tout juste un peu plus de deux ans. Pan sur la calculette !

Les immigrés et le ménage

Dans une publication virale sur Facebook, le site Myjournal.fr n’hésite pas à titrer l’un de ses articles ainsi : « Pour Eric Dupond-Moretti, les immigrés, dont les Arabes, ne sont bons qu’à faire le ménage. » On s’attend donc en lisant cela à voir une séquence dans laquelle l’avocat se rend coupable de propos racistes et ignominieux.

Sauf que pas du tout. Invité sur le plateau de l’émission « Zemmour & Naulleau » le 8 février 2017, l’actuel ministre de la Justice participe à un débat autour de la question de la place des immigrés en France dans le cadre de l’élection présidentielle de 2017 à venir. La séquence, que l’on a retrouvée sur YouTube, commence par une prise de parole de l’actuel ministre de la Justice.

« Si tous les Français de "seconde catégorie" [terme employé ironiquement face à Eric Zemmour pour évoquer les immigrés], à laquelle j’appartiens, se mettaient en grève après-demain (…), vous verriez un peu comment on aurait du mal à circuler en taxi, à ramasser nos poubelles », lâche Dupond-Moretti. La discussion se poursuit et c’est au tour d'Eric Zemmour de donner son point de vue : « Aujourd’hui, on est avec des territoires où on n’est plus en France, où on ne vit plus comme des Français et à la française, que ça vous plaise ou non. C’est ça le vrai sujet et c’est pour cela qu’il y a autant de jeunes qui votent Marine Le Pen. »

Le ton monte, Dupond-Moretti monte dans les tours et reprend : « Si demain les Arabes, et tous les immigrés, et tous les gens qui sont venus ici [en France] se barrent, vous êtes dans la merde pour faire votre ménage, vous avez compris ? » Ici, le nouveau garde des Sceaux ne fait simplement que reprendre l’argument maintes fois entendu par celles et ceux qui combattent l’idée selon laquelle les immigrés, leurs enfants et petits-enfants, devraient quitter la France et retourner dans leurs pays d’origine. Le site Myjournal.fr ​a donc détourné le sens initial des propos de l'ancien avocat.

Dupond-Moretti et l’interdiction du RN (ex-FN)

Dans la foulée de la nomination de Dupond-Moretti au 13 de la place Vendôme, Marine Le Pen a tweeté à son sujet ! « A la Justice est nommé un militant d’extrême-gauche qui souhaite l’interdiction du RN, premier parti d’opposition. Ça promet ». A quoi fait-elle allusion ? A une interview de mai 2015 par Léa Salamé sur France Inter. La journaliste l’interroge sur l’actualité de ce qui s’appelait encore à l’époque le Front national, avec la future exclusion de Jean-Marie Le Pen par sa fille Marine.

« Marine a découvert, savez-vous quoi, que son père est un affreux raciste. On se fout de la gueule du monde. Il est raciste depuis toujours. C’est une petite entreprise qui fonctionne pas mal. Lui s’est occupé des juifs, elle s’occupe des musulmans. C’est un parti qui n’est pas républicain, il a été condamné 19 fois », répond alors Dupond-Moretti.

« C’est un parti qui n’est pas républicain ? Donc il faut l’interdire ? », relance alors Léa Salamé. Réponse : « Ah moi je pense qu’il faut l’interdire, oui », dit-il avant de préciser que ce serait tout de même « compliqué parce qu’après, il y a reconstitution de ligue dissoute, vous savez… Et puis on est tellement habitués, non seulement à ces gens, mais à ce qu’ils véhiculent comme idées, que ce serait difficile aujourd’hui. »