Gouvernement Castex : Le Premier ministre sous le feu de l’Assemblée, Dupond-Moretti chahuté

REPORTAGE Le nouveau gouvernement de Jean Castex répondait ce mercredi aux questions des députés à l’Assemblée nationale

Thibaut Le Gal

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Gouvernement Castex : Dupond-Moretti fait le show à l'Assemblée — 20 Minutes
  • Le gouvernement de Jean Castex répondait ce mercredi pour la première fois aux questions des députés à l’Assemblée nationale.
  • Le nouveau Premier ministre a été sous le feu des questions des parlementaires de l’opposition.
  • Eric Dupond-Moretti, nouveau garde des Sceaux, a paru étonné des nombreuses interruptions pendant sa prise de parole.

Ils arrivent au compte-gouttes, dans un brouhaha de rentrées des classes, pour prendre place sur les bancs de l’Assemblée nationale. Jean Castex et sa nouvelle équipe participaient ce mercredi matin pour la première fois aux traditionnelles questions au gouvernement. Peu avant 11 heures, l'hémicycle bouillonne déjà. Pendant deux heures, les députés de l’opposition vont tenter de déstabiliser les nouveaux venus.

Jean Castex, premier de cordée sous le feu des questions

Après les traditionnelles « salutations républicaines », Virginie Duby-Muller, députée Les Républicains de Haute-Savoie, lance les premières flèches, en direction du Premier ministre. « Les Français n’en peuvent plus. Ils demandent un changement de politique, pas un recyclage de ministres avec quelques têtes d’affiche. Comme nouveau capitaine du gouvernement, avez-vous le courage de reconnaître que le cap n’était pas le bon, et qu’il est temps d’en changer ? »

Sur son banc, Jean Castex trie ses fiches. Il se lève, enlève son masque, sous les applaudissements de sa majorité. « Je voudrais vous dire toute l’émotion et l’honneur que je ressens », débute-t-il. Le vacarme recouvre son ton monocorde. Ses phrases sont interrompues par des députés de l’opposition. « Sachez que j’aurai toujours un grand respect pour le Parlement. [« C’est le minimum ! »] Il n’aura échappé à personne que ce nouveau gouvernement [« est de droite ! »] entre dans un contexte particulier », dit-il, évoquant « la crise sanitaire d’une ampleur exceptionnelle ». « Elle a été mal gérée ! », siffle un parlementaire.

« Calmez-vous ! », gronde Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, depuis le perchoir. Mais l’agitation reprend quand Valérie Rabault interroge le chef du gouvernement sur la controversée réforme des retraites. « Vous êtes tout seul contre les partenaires sociaux, maintenir cette réforme relève de l’irresponsabilité ! », lance la patronne des députés socialistes. Jean Castex se relève, réplique. « Nous ne renoncerons pas », dit-il, décrivant « un gouvernement de combat, tourné vers l’efficacité ».

Dupond-Moretti, des calmes prétoires au chahut de l’hémicycle

Autre novice dans l’hémicycle, Eric Dupond-Moretti. L’avocat devenu garde des Sceaux est d’emblée tancé par le député LR du Val-d’Oise Antoine Savignat, qui tacle son manque d'enthousiasme à l'idée d'intégrer un gouvernement par le passé. « On n’est pas au spectacle et je vais répondre à la question que me pose le député », tente l'ancien avocat de sa voix rauque, dans un mélange d’applaudissements et de chahut. « On ne juge pas des hommes sur des a priori. Vous me jugerez sur ce que je fais quand je l’aurais fait », dit-il.

Mais l’ex-avocat, davantage habitué au calme des prétoires, semble déstabilisé, ou feint de l’être, par les multiples interruptions des parlementaires. « C’est déjà compliqué pour moi, c’est une première… », puis il se tourne vers le président de l’Assemblée nationale, désabusé : « Est-ce qu’on décompte les interruptions ? » Richard Ferrand ironise : « Non, non, on ne décompte pas, on souffre en silence. » Le temps imparti s’écoule, la gauche de l’hémicycle égrène les dernières secondes, laissant Dupond-Moretti hagard, les bras levés.

Quelques minutes plus tard, Roselyne Bachelot, toujours souriante, semble, pour sa part, dans son jardin. Interrogé sur les annulations de festivals, la nouvelle ministre de la Culture assure que « le gouvernement n’est pas resté inactif ». L'ex-ministre de Chirac et de Sarkozy se permet même une petite boutade lorsqu’elle évoque le festival des Trois éléphants. « Rien à voir avec la politique », s’amuse-t-elle, en référence aux surnoms donnés aux socialistes.

La tension retombe encore davantage quand la nouvelle ministre déléguée à l’Egalité entre les femmes et les hommes, Elisabeth Moreno, prend la parole, plus hésitante. « J’ai l’habitude de vous regarder à la télévision et être ici avec vous, ça me paraît totalement surnaturel. » Puis elle fait rire son auditoire en glissant, « vous êtes plus beaux en vrai ». Après deux heures d’échanges, la séance est levée. Les ministres quittent rapidement l’hémicycle. Une nouvelle séance de questions les attend au Sénat dans l’après-midi.