Gouvernement Castex : Où le GPS politique de Gérald Darmanin, nouveau ministre de l’Intérieur, le mènera-t-il ?

POLITIQUE A peine élu maire de Tourcoing, Gérald Darmanin rempile dans le gouvernement de Jean Castex au ministère de l’Intérieur

Mikaël Libert

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Gérald Darmanin, maire de Tourcoing et ministre de l'Intérieur.
Gérald Darmanin, maire de Tourcoing et ministre de l'Intérieur. — ERIC DESSONS/JDD/SIPA
  • Après avoir été ministre de l’Action et des Comptes publics dans le deuxième gouvernement d’Edouard Philippe, Gérald Darmanin a été nommé ministre de l’Intérieur par le nouveau Premier ministre Jean Castex.
  • Il a par ailleurs été élu maire de Tourcoing en mars dernier.
  • Deux fonctions qu’il pourra cumuler avec l’accord du président de la République.

Mais quel est son projet ? Ministre de l’Action et des Comptes publics sous le gouvernement Philippe II, Gérald Darmanin a accepté, lundi, de succéder à Christophe Castaner place Beauvau dans le gouvernement de Jean Castex​. Une promotion pour celui qui est aussi, depuis mars dernier, maire de Tourcoing, dans le Nord. Deux fonctions qu’il cumule avec la bénédiction du président de la République mais qui ne sont, dans les faits, pas forcément compatibles.

En 2014, Gérald Darmanin prenait les rênes de la ville de Tourcoing au nez et à la barbe du maire (PS) sortant, Michel-François Delannoy. A l’époque, il n’avait que 31 ans et était encore à l’UMP. Deux ans plus tôt, il était entré à l’Assemblée nationale, devenant d’ailleurs le plus jeune député de France. Ces deux mandats, le natif de Valenciennes ne les mènera pas à leur terme. En 2017, après l’élection d’Emmanuel Macron, Gérald Darmanin laissera son fauteuil de maire à Didier Droart pour entrer au gouvernement et à LREM. Il restera néanmoins premier adjoint pour, disait-il, « garder un œil sur les dossiers municipaux ».

« Il a fait toute sa campagne des municipales sur le choix de Tourcoing »

En février 2020, lorsque Gérald Darmanin a annoncé qu’il était candidat à l’élection municipale à Tourcoing, il avait assuré : « Si je me présente au suffrage des électeurs en étant tête de liste, c’est pour être maire. » Un pari gagnant puisqu’il avait été élu dès le premier tour avec 60,88 % des suffrages (près de 75 % d’abstention). Pour autant, il n’avait pas eu à quitter le gouvernement, ayant reçu d’Emmanuel Macron l’autorisation de cumuler. « C’est assez ironique de le voir entrer à l’Intérieur alors qu’il a fait toute sa campagne des municipales sur le choix de Tourcoing », lâche Franck Talpaert, son adversaire de l’époque et désormais dans l’opposition municipale.

Alors, peut-on être à la fois maire d’une commune de près de 100.000 habitants et ministre de l’Intérieur ? « C’est tout à fait dans ses cordes, il a une capacité de travail incroyable », assure Brigitte Lherbier, sénatrice LR et conseillère municipale à Tourcoing. De fait, le premier flic de France n’a pas (encore) exprimé le souhait de passer la main à l’un de ses adjoints. « Qu’il parte ou qu’il reste, ce n’est pas bon pour Tourcoing. Cette ville a besoin d’un maire à plein temps comme l’Intérieur à besoin d’un ministre à plein temps », déplore le conseiller municipal d’opposition. « Je serai déçue qu’il ne reste pas maire, toute la majorité est prête à travailler plus pour l’aider », insiste la sénatrice. En cela, elle rejoint les propos que Gérald Darmanin avait tenus en février dernier : « J’ai toujours dit qu’un maire, c’était pas un maire et 40 cons. C’est une équipe municipale. »

Un destin présidentiel ?

Le bruit a aussi longtemps couru que Gérald Darmanin se représentait à Tourcoing pour briguer ensuite la présidence de la Métropole européenne de Lille (MEL). Fin juin, son éventuelle ambition métropolitaine prenait davantage corps après la création d’un nouveau groupe politique à la MEL dont le maire-ministre avait pris la tête. Un scénario qui s’éloigne désormais depuis son entrée au gouvernement de Jean Castex.

« Darmanin est assez habile pour anticiper largement les choses », reconnaît Franck Talpaert. « Il fait son petit bonhomme de chemin », glisse Brigitte Lherbier. La sénatrice, qui connaît Gérald Darmanin depuis longtemps, prédit à ce dernier un destin présidentiel, mais pas à la MEL.