Gouvernement Castex : Gérald Darmanin, un ancien lieutenant de Sarkozy à l'Intérieur

REMANIEMENT Poulain de Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin s’installe Place Beauvau dans le fauteuil que va libérer Christophe Castaner

20 Minutes avec AFP

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Le nouveau ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.
Le nouveau ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. — NICOLAS MESSYASZ
  • Gérald Darmanin quitte son ministère de l’Action et des comptes publics pour prendre ses quartiers Place Beauvau.
  • Rare ministre « politique » expérimenté au côté d’Emmanuel Macron malgré son jeune âge, il est récompensé de sa patience.
  • C’est un « Grand honneur, pour le petit-fils d’immigré que je suis, d’être nommé Ministre de l’Intérieur de notre beau pays », a-t-il écrit sur Twitter.

Il fait partie des promus. Gérald Darmanin quitte son ministère de l’Action et des comptes publics pour prendre ses quartiers Place Beauvau. A la faveur du remaniement ministériel annoncé ce lundi, il intègre le gouvernement Castex I en tant que ministre de l’Intérieur et remplace Christophe Castaner, qui, lui, fait partie des sortants du gouvernement d’Edouard Philippe.

Gérald Darmanin, élu maire de Tourcoing dès le premier tour et rare ministre « politique » expérimenté au côté d’Emmanuel Macron malgré son jeune âge, ancien lieutenant de Nicolas Sarkozy devenu « cogneur » de Bercy, se voit récompensé avec sa nomination place Beauvau.

L’épreuve de loyauté envers Macron

Juste après son élection en mars dernier, le désormais ex-ministre des Comptes publics avait expliqué vouloir « peser davantage » sur les choix politiques et « continuer à travailler » avec le président de la République. Une sortie interprétée par certains comme une offre de services pour Matignon, même si l’intéressé jurait qu’il était un « soutien loyal et fidèle » d’Edouard Philippe.

L’arrivée de cet ambitieux de 37 ans place Beauvau, en remplacement de Christophe Castaner, récompense son soutien réitéré et sa loyauté au président de la République, après plus de trois ans passés au sein de Bercy. Avant de rejoindre le « paquebot », Gérald Darmanin était novice en matière budgétaire. Mais il y a imposé sa marque en faisant voter plusieurs textes de loi, comme le droit à l’erreur, ou avec la mise en place d’une brigade d’agents des impôts dotée de pouvoirs de police.

Il peut surtout se prévaloir d’avoir mis la fiscalité française au diapason de la plupart des grands pays avancés en faisant prélever l’impôt sur le revenu directement sur la feuille de paie, malgré les fortes réticences d’Emmanuel Macron.

« Je suis sociologiquement de gauche et culturellement de droite » : voilà comment se définit l’ancien porte-parole de Nicolas Sarkozy, passé avec armes et bagages chez En Marche ! après la présidentielle de 2017. Un discours qui trouve pleinement sa place dans le credo présidentiel du « en même temps », avec lequel Gérald Darmanin - présenté par beaucoup comme le ministre le plus « politique » du gouvernement - affirme être « très à l’aise », rejetant les accusations d'« opportunisme politique ».

L’Intérieur en ligne de mire​

Le ministère de l’Intérieur, Gérald Darmanin lorgnait dessus depuis un moment. Issu de la droite LR mais rallié à Emmanuel Macron depuis 2017, le trentenaire avait déjà été pressenti à Beauvau en octobre 2018, après la démission de Gérard Collomb. Proche de Nicolas Sarkozy, qui a lui-même occupé la fonction de ministre de l’Intérieur avant d’être élu chef de l’Etat en 2007, Gérald Darmanin ne cache pas son envie d’être à son tour le premier policier de France. Sarkozy souffle l’idée à l’oreille d’Emmanuel Macron, qui préférera finalement nommer Christophe Castaner. Sa patience est donc récompensée.

C’est un « Grand honneur, pour le petit-fils d’immigré que je suis, d’être nommé Ministre de l’Intérieur de notre beau pays, s’est réjoui sur Twitter le nouveau ministre de l’Intérieur quelques instants après l’annonce de sa nomination. Merci à Christophe Castaner qui a mené une action courageuse et déterminée au service de la protection de nos concitoyens ».

Ce petit-fils de tirailleur algérien, né à Valenciennes (Nord) d’un père tenancier de bar et d’une mère femme de ménage à la Banque de France, a pourtant connu une ascension sinueuse depuis son engagement au RPR à l’âge de 16 ans. Diplômé de Sciences Po Lille, Gérald Darmanin a commencé sa carrière comme collaborateur de Christian Vanneste, exclu en 2012 de l’UMP après des propos considérés comme homophobes, avant de rejoindre Xavier Bertrand, alors secrétaire général du parti.

Passé au secrétariat d’Etat chargé des Français de l’étranger et à celui des Sports, il s’est ensuite fait élire député du Nord en 2012, puis maire de Tourcoing en 2014. C’est aux côtés de Nicolas Sarkozy, dont il devient le porte-parole en vue de la course à la présidence de l’UMP, qu’il se fait cependant remarquer, en raison de ses prises de position en faveur des classes populaires, qu’il défend au nom de ses origines modestes.

Des ennuis judiciaires

Coordinateur de la campagne de Nicolas Sarkozy pour la primaire de la droite en 2016, à l’issue de laquelle ce dernier se fait balayer au premier tour, il finit par abandonner la campagne de François Fillon, en désaccord avec la ligne de LR. Quand Emmanuel Macron remporte la présidentielle en 2017, Gérald Darmanin acte la rupture avec son ancien parti en rejoignant Edouard Philippe, dont il est proche, au gouvernement. Une décision vécue comme une « trahison » à droite mais que l’intéressé assume crânement.

Quinze ans après son mentor, Gérald Darmanin s’installe à son tour place Beauvau. Mais le maire de Tourcoing est promu au sein du gouvernement au moment où la justice a ordonné la reprise des investigations concernant une accusation de viol le visant en 2009. Début 2018, il a en effet été mis en cause par deux femmes, l’une pour viol, l’autre pour abus de faiblesse, en plein mouvement #MeToo - des accusations qu’il réfute. Si l’enquête se poursuit donc pour l’une d’elle, le parquet a rendu un non-lieu pour la seconde.