Gouvernement Castex : Emmanuel Macron mise sur un « gouvernement de défense » pour sa fin de quinquennat

POLITIQUE Un ancrage à droite, et peu de nouvelles prises... Le nouveau gouvernement est désormais connu

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron dans les jardins de l'Elysée, le 29 juin 2020.
Emmanuel Macron dans les jardins de l'Elysée, le 29 juin 2020. — Stephane Lemouton-POOL/SIPA
  • Emmanuel Macron a décidé de changer son Premier ministre vendredi, remplaçant Edouard Philippe par Jean Castex à Matignon.
  • Le chef de l’Etat a conforté plusieurs ministres venus de la droite comme Bruno Le Maire à l’Economie ou Gérald Darmanin à l’Intérieur.
  • C’est la députée LREM Barbara Pompili qui aura la lourde tâche d’incarner le virage écolo de fin de quinquennat.

Après une longue journée d’attente, le nouveau gouvernement est tombé. Le secrétaire général de l’Elysée a égrainé ce lundi à 19 heures les noms de la nouvelle équipe gouvernementale du Premier ministre Jean Castex. Sur la trentaine de ministres, huit font leur entrée au gouvernement, dont Barbara Pompili à la Transition écologique, Eric Dupond-Moretti à la Justice, ou Roselyne Bachelot à la Culture. Mais le remaniement s’inscrit surtout dans la continuité des derniers mois, avec notamment des ministres issus de la droite confortés.

Emmanuel Macron conforte sa droite

La nomination de Jean Castex, ancien secrétaire de l’Elysée de Nicolas Sarkozy, avait donné la tonalité de cette fin de quinquennat. Emmanuel Macron semble placer la « réinvention » promise aux Français dans le sillage de la droite. Bruno Le Maire est ainsi maintenu à la tête du « paquebot » Bercy et sera au cœur du décisif plan de relance pour sortir l’économie française de la récession post-coronavirus. L’ex-lieutenant sarkozyste Gérald Darmanin quitte, lui, le Budget pour rejoindre le très prisé ministère de l’Intérieur.

« C’est un gouvernement qui s’inscrit dans la stabilité. Avec Darmanin et Le Maire confortés, Blanquer à l’Education et désormais à la Jeunesse et aux Sports, ou encore Amélie de Montchalin à la Fonction publique, Emmanuel Macron continue sa stratégie qui vise à mordre sur l’électorat Les Républicains dans la perspective de 2022 », assure le politologue Olivier Rouquan.

« Les anciens socialistes Jean-Yves Le Drian aux Affaires étrangères et Florence Parly aux Armées conservent des postes importants mais leurs ministères sont moins politisés », précise le chercheur associé au Centre d’études et de recherches de sciences administratives et politiques de l’Université Paris 2. Dans le même temps, plusieurs têtes ex-PS s’en vont : Nicole Belloubet, Christophe Castaner, Didier Guillaume ou encore Sibeth Ndiaye.

Eric Dupond-Moretti, l’arbre qui cache la forêt

L’entourage du président de la République annonçait des « surprises ». Et nul doute que l’arrivée d’Eric Dupond-Moretti à la Justice sera longuement commentée. Mais mis à part le tonitruant avocat et la médiatique Roselyne Bachelot à la Culture, Emmanuel Macron n’a pas réussi de véritables « prises » politiques ou symboliques comme il avait pu le faire en 2017. De Le Drian à la Défense à Olivier Véran à la Santé, dix ministres conservent peu ou prou leur portefeuille, parfois avec des ajustements. Et seul huit ministres (sur une trentaine) entrent au gouvernement.

« Dans un contexte difficile pour le pouvoir, les leaders du PS ou de LR y réfléchissent désormais à deux fois. On est dans un gouvernement de défense, à l’image du Premier ministre, et non plus dans une stratégie de conquête. Même chose du côté de la société civile où mise à part le coup Dupond-Moretti, on est dans une dynamique qui s’essouffle, ajoute Olivier Rouquan. C’est caractéristique des secondes périodes de mandat, où le pouvoir essaye de consolider son camp, car il n’a plus l’élan politique pour être attractif ».

Quelle place pour Pompili à l’Ecologie ?

Ce manque d’attractivité s’illustre peut-être davantage au ministère de l’Ecologie, où l’attente était importante après le virage vert promis par le président. « L’écologie sera incarnée par une personnalité de poids dans les jours à venir », nous promettait encore vendredi un député de la majorité. C’est finalement Barbara Pompili, députée LREM de la Somme, qui en aura la charge. L’ancienne d’EELV (jusqu’en 2015) devra batailler pour faire oublier le départ fracassant du populaire Nicolas Hulot et incarner ce tournant vert promis par Emmanuel Macron. « Qu’elle tienne bon pour traduire sans filtre les 146 engagements de la Convention citoyenne et pour gagner de beaux arbitrages budgétaires », a lancé sur Twitter le député ex-LREM Mathieu Orphelin.

Le nouveau gouvernement se réunira pour la première fois en Conseil des ministres ce mardi après-midi.