Gouvernement Castex : Vers un grand retour des territoires ?

POLITIQUE Le nouveau gouvernement doit être dévoilé ce lundi avec une vingtaine de ministres et de ministres délégués

R.L.

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Jean Castex, nouveau Premier ministre d'Emmanuel Macron
Jean Castex, nouveau Premier ministre d'Emmanuel Macron — Jacques witt/ SIPA
  • Emmanuel Macron et son Premier ministre Jean Castex poursuivaient dimanche leurs consultations avec « l’objectif de former un nouveau gouvernement pour lundi dans la journée », a annoncé l’Elysée.
  • A l’image de Jean Castex, le futur gouvernement pourrait-il être davantage composé de personnalités issus des « territoires » ?
  • « L’enracinement local est une vertu qui sera très certainement valorisée », analyse Daniel Boy, directeur de recherche à Sciences Po Paris.

Former le nouveau gouvernement « au plus vite ». Tel est l’objectif des derniers jours d’Emmanuel Macron et du nouveau Premier ministre, Jean Castex, afin d’appliquer un plan de relance face à la crise économique et sociale, avant la présidentielle de 2022. Pressenti ce dimanche, le nouveau gouvernement doit finalement être dévoilé ce lundi avec une vingtaine de ministres et de ministres délégués.

Le nouveau Premier ministre, ex-secrétaire général adjoint de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, était jusqu’ici membre de LR, élu maire de Prades (Pyrénées-Orientales) en 2008 sous l’étiquette UMP. « Monsieur déconfinement » comme il était qualifié après sa désignation le 6 avril, pour coordonner la stratégie nationale de déconfinement est vu comme doté d’un solide « ancrage local ». « Un maire du Sud, du monde rural, vient donc remplacer un maire du nord de la Loire, d’une grande ville industrielle, maritime. Ainsi est la France, dans sa diversité. Mais que nous devons plus que jamais réunifiée, réconciliée », a annoncé vendredi Jean Castex, lors de la passation de pouvoirs avec Edouard Philippe.

Les « territoires » plutôt que les « technos » ?

Jean Castex a d’ores et déjà indiqué qu’il recevra lundi soir les parlementaires de la majorité et qu’il prévoyait un discours de politique générale « avant la mi-juillet ». En attendant, quel profil pour les membres de cette future équipe gouvernementale ? Out la « start-up nation » des premières heures, place à des femmes et hommes de « terrain » pour ce nouvel acte du quinquennat ?

« La composition de mon équipe correspondra aux priorités que nous nous fixons ; ce n’est pas un casting, c’est un choix politique et cela doit répondre à une exigence de compétence », a-t-il précisé dans les colonnes du JDD, ce dimanche. Le remaniement s’annonce « de grande ampleur », selon l’entourage du chef de l’Etat, sollicité par l’AFP assurant qu’il y aura « de nouveaux talents » et « des personnalités venues d’horizons différents ». Et à l’image de Jean Castex, le gouvernement pourrait-il être davantage composé de personnalités issues des « territoires » plutôt que « techno » ?  Pour Daniel Boy, directeur de recherche à Sciences po Paris​, ce choix pourrait en effet être stratégique et judicieux.

« L’enracinement local est une vertu qui sera très certainement valorisée »

« Quand on fait un gouvernement, c’est une composition, un tableau, qui doit respecter toutes les couleurs. Et l’ancrage en est une. L’enracinement local est une vertu qui sera très certainement valorisée », analyse-t-il auprès de 20 Minutes. Selon lui, cela paraît « important » car « l’erreur d’Emmanuel Macron dans sa première partie de quinquennat est d’avoir court-circuité les syndicats, les associations, les maires, le local. Et il s’est rendu compte que c’était crucial et d’ailleurs Jean Castex a typiquement le profil de l’élu local ».

Une semaine après le second tour des élections municipales, la future équipe gouvernementale pourrait donc compter en partie sur des personnes ayant acquis une expérience politique grâce à l’échelle locale. Le nom du maire d’Angers (Maine-et-Loire) Christophe Béchu revient par exemple régulièrement. Tout comme celui du député de la Savoie et président du groupe Modem à l’Assemblée nationale, Patrick Mignola.

Daniel Boy abonde dans ce sens : « Les Français ont davantage confiance dans les élites locales que nationales. Ce serait une erreur de ne pas montrer qu’on tient à cela. En tout cas, même si ce n’est pas un critère majeur de recrutement, une expérience locale est un vrai plus ».

« L’Etat a tout intérêt à s’appuyer sur ce tissu local »

Pour Villes de France, association d'élus qui rassemble les villes et agglomérations de France, et qui représente les villes de 10.000 à 100.000 habitants et leurs intercommunalités, cette stratégie serait « une bonne nouvelle ».

« Il semble se dessiner un gouvernement davantage en prise avec des élus locaux », réagit Bastien Régnier, directeur général de Villes de France, contacté par 20 Minutes. « On voit qu’il y a une volonté de mieux prendre en compte les territoires et de les écouter. Avec le coronavirus, les collectivités locales ont montré qu’elles étaient en capacité de répondre à la crise sur des sujets pratiques. Donc l’Etat a tout intérêt à s’appuyer sur ce tissu local », poursuit-il.

« Les maires sont des partenaires. Il est nécessaire de leur donner un cadre d’action plus souple qui permette de soutenir les initiatives des acteurs de terrain. Les territoires sont des laboratoires d’innovations », déclarait par ailleurs il y a quelques semaines, la présidente de l’association et maire de Beauvais, Caroline Cayeux. Selon Bastien Régnier, en plus de cette stratégie de « diversifier » une équipe gouvernementale, Emmanuel Macron pourrait aussi prochainement faire un pas de plus en faveur d’une déconcentration avec « des préfets qui gèrent davantage avec les collectivités ».