Remaniement : « Gilets jaunes », reforme des retraites, coronavirus… Retour sur les trois années mouvementées d’Edouard Philippe à Matignon

POLITIQUE Edouard Philippe a démissionné ce vendredi de son poste de Premier ministre après plus de trois ans en fonction

C.P. avec AFP

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Edouard Philippe lors des cérémonies du 18 juin.
Edouard Philippe lors des cérémonies du 18 juin. — Jacques Witt/SIPA

Edouard Philippe a présenté sa démission ce vendredi matin. Nommé le 15 mai 2017 Premier ministre d’un président qu’il n’avait rencontré que « trois fois avant le premier tour » de l' élection présidentielle de 2017, Edouard Philippe, alors âgé de 46 ans, était quasiment inconnu du grand public.

Maire du Havre et soutien acharné de son mentor Alain Juppé lors de la primaire de la droite en 2016, il avait alors décrit avec humour la « peur panique » qui s’était emparée de lui les jours précédant son arrivée à la tête du gouvernement, lui qui n’avait jamais exercé de responsabilité de premier plan.

« Chef d’orchestre »

De ce pari osé, Edouard Philippe affirme avoir tiré une inébranlable loyauté et revendique une lecture sage de la répartition des tâches au sommet du couple exécutif. Entouré d’une garde rapprochée juppéiste, il s’est imposé comme un « chef d’orchestre » chargé de faire « jouer ensemble » ses ministres.

« Depuis trois ans à mes côtés, il mène avec les gouvernements successifs un travail remarquable, a souligné Emmanuel Macron dans un entretien accordé à la presse régionale. Nous avons conduit des réformes importantes, historiques, dans des circonstances souvent très difficiles. Nous avons une relation de confiance qui est d’un certain point de vue unique à l’échelle de la Ve République ». Au final, Edouard Philippe sera resté 1.145 jours à Matignon ce qui le situe au 8e rang en termes de longévité sous la Ve République, entre Pierre Mauroy et Jean-Pierre Raffarin. Retour sur les étapes les plus marquantes de son mandat de Premier ministre.

  • Notre-Dame-des-Landes

Le 17 janvier 2018, après des années de controverse, le gouvernement annonce l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes au profit d’un réaménagement de l’aéroport de Nantes.

Le 9 avril, les forces de l’ordre entament toutefois l’expulsion des quelque 200 « zadistes » venus défendre ce bocage à la biodiversité unique. 2.500 gendarmes mobiles interviennent, détruisent des habitats, un étudiant a la main arrachée en ramassant une grenade.

  • Réforme de la SNCF

Le 26 février 2018, Edouard Philippe annonce l’adoption par ordonnances « avant l’été » d’une vaste réforme de la SNCF. Malgré une mobilisation unitaire inédite depuis 30 ans, la loi est promulguée le 27 juin : transformation de la SNCF en société anonyme et fin du statut de cheminot pour les nouveaux embauchés.

  • Départs surprises de deux poids lourds du gouvernement

Le 28 août 2018, Nicolas Hulot annonce en direct à la radio qu’il quitte le gouvernement, mettant en avant le manque de soutien de l’exécutif sur les dossiers écologiques. C’est un camouflet pour Edouard Philippe qui n’a pas été prévenu.

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb  démissionne début octobre pour préparer sa candidature à la mairie de Lyon et Edouard Philippe doit assurer l’intérim jusqu’au remaniement du 16 octobre.

  • « Gilets jaunes »

Le 17 novembre 2018, 280.000 « gilets jaunes » entament une large protestation contre une hausse prévue des prix du carburant à travers notamment la taxe carbone et la limitation à 80 km/h sur certaines routes, défendue mordicus par le Premier ministre auprès du président. Marqué par des rassemblements sur des ronds-points, sans leader connu, le mouvement se durcit au fil des jours.

Début décembre, après des manifestations tous les samedis et des scènes de guérilla urbaine lors d’un mouvement toujours soutenu par plus de 70 % des Français, Edouard Philippe doit renoncer à la hausse annoncée des taxes sur le carburant. Sa cote de popularité est alors au plus bas.

Le mouvement marque le 5 janvier 2019 un regain de mobilisation quand des manifestants forcent avec un engin de chantier l’entrée du ministère de Benjamin Griveaux, alors porte-parole du gouvernement. Le 16 mars, une flambée de violences sur les Champs-Elysées coûte son poste au préfet de Paris.

Emmanuel Macron lance un « grand débat national », puis annonce le 25 avril des mesures qui portent le total des aides à 17 milliards d’euros, dont cinq de baisse de l’impôt sur le revenu.

  • Réforme des Retraites

Le 5 décembre 2019, entre 806.000 et 1,5 million de personnes manifestent contre le projet très controversé d’un régime de retraite « universel » par points et la fin des régimes spéciaux.

  • Une grève massive démarre à la SNCF et la RATP.

Le 11, Edouard Philippe précise les contours de la réforme sans calmer la fronde. Partisan d’une mesure d’âge, il s’aliène la CFDT, pourtant favorable à une retraite par points, qui bascule dans le camp des opposants.

Le 16, Jean-Paul Delevoye, en charge du dossier au gouvernement, démissionne après des révélations sur des activités non-déclarées.

Lors de ses vœux, Emmanuel Macron presse le gouvernement de « trouver un compromis rapide » avec les syndicats, à quelques jours du record de la plus longue grève en continu dans les transports depuis plus de 30 ans.

En février 2020, le recours au 49-3 décidé par Edouard Philippe pour faire adopter la réforme sans vote est décrié par l’opposition. Mais la pandémie de Covid-19 gèle la réforme.

  • Crise du coronavirus

La crise sanitaire du coronavirus propulse Edouard Philippe en première ligne. Alors que le gouvernement, confronté à une pénurie initiale de masques et de tests, est accusé de mal gérer la crise, il argue dans un premier temps de l’inutilité des masques pour toute la population, avant de reconnaître leur nécessité. Affichant ensuite un ton pédagogique et modeste pour exposer les orientations de l’exécutif pendant le confinement strict décidé le 17 mars, il voit sa cote de popularité remonter en flèche, au point de dépasser celle du président : elle s’établissait fin juin à 51 % de jugements positifs, contre 44 % pour Emmanuel Macron, selon un sondage Harris Interactive.

  • Et maintenant ?

En quittant Matignon à un pic de popularité, porté par un succès électoral au Havre (59 % des voix) et un indice de satisfaction proche de l’état de grâce des débuts, Edouard Philippe ambitionne-t-il de s’imposer comme un recours possible pour un électorat du centre-droit en vue de la présidentielle de 2022 ? Officiellement, celui qui sera formellement installé maire ce dimanche à 10 heures lors du conseil municipal dans son fief du Havre, se défend de nourrir toute ambition.

En février 2019, il affirmait qu’il savait « très bien » ce qu’il ferait après Matignon, « et que ça n’aura pas grand chose à faire avec la politique ». « Il ne va pas chercher une ambition plus haute », assure à l’AFP un de ses amis. « Il fera (…) quelque chose qui à trait à l’écriture, plus intellectuel, différent », poursuit le même.

Mais, à 49 ans, pourrait-il pour autant renoncer à peser nationalement ? « Il reste un des piliers de notre majorité », veut ainsi croire l’eurodéputé Stéphane Séjourné. A l’Elysée, on assure qu’Edouard Philippe et Emmanuel Macron continueront à travailler ensemble : « « Edouard Philippe va aider le Président à structurer politiquement la majorité », selon une source citée par Europe 1.