« Un remaniement peut avoir un petit effet, mais les Français ne sont pas dupes »

INTERVIEW Emmanuel Macron a décidé de nommer Jean Castex à la place d’Edouard Philippe, et de repartir avec une nouvelle équipe pour la suite de son quinquennat. Mais dans quel but ? Réponse avec l’historien Jean Garrigues

Propos recueillis par T. L. G.

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Edouard Philippe qui l'Elysée (sur cette photo d'archives).
Edouard Philippe qui l'Elysée (sur cette photo d'archives). — Jacques Witt/SIPA
  • Cinq jours après la claque reçue aux élections municipales, Emmanuel Macron a décidé de se séparer de son Premier ministre, en attendant des mouvements dans différents ministères.
  • Edouard Philippe est remplacé à Matignon par Jean Castex, « l’homme du déconfinement ».
  • 20 Minutes a interrogé l’historien Jean Garrigues sur ce choix, et plus largement sur l’effet que peut avoir (ou pas) un remaniement.

Un remaniement, mais pour quoi faire ? Cinq jours après la claque reçue aux élections municipales, Emmanuel Macron a décidé de se séparer de son Premier ministre. Edouard Philippe va donc quitter son poste à Matignon ce vendredi après plus de trois ans en fonction. Le chef de l’Etat a nommé le haut fonctionnaire Jean Castex, « homme du déconfinement », pour lui succéder.

Le nouveau gouvernement sera lui dévoilé avant le Conseil des ministres, prévu mercredi prochain. « Une nouvelle étape s’ouvre avec de nouveaux talents et de nouvelles méthodes de gouvernement », a indiqué l’Elysée. Mais le remaniement, pratique régulière de la Ve République, a-t-il encore un intérêt politique ? On en parle avec l’historien Jean Garrigues.

Jean Castex est nommé à la place d’Edouard Philippe. Comment analysez-vous ce choix ?

C’est plutôt un Premier ministre expert, qui a réussi le déconfinement, mais avec une image plus effacée que son prédécesseur. C’est un chef de gouvernement plus technique et moins politique qu’Edouard Philippe. Une sorte de Raymond Barre. Car même si Jean Castex vient de la droite, on ne peut pas dire qu’il est l’un des leaders montants de la droite comme l’était Edouard Philippe, très proche d’Alain Juppé et maire du Havre.

C’est un ancien secrétaire général de l’Elysée de Nicolas Sarkozy, donc ça renforce cette idée de subordination, cette image de Premier ministre collaborateur, de serviteur. Jean Castex ne risque pas de faire d’ombre au président de la République. Je crois qu’Emmanuel Macron souhaite reprendre les clés en main et la lumière dans la perspective de 2022.

Avec le changement de Premier ministre, doit-on s’attendre à un remaniement d’ampleur ?

Avec la démission d’Edouard Philippe, ce n’est plus un remaniement en réalité, mais un changement de gouvernement. Un remaniement peut marquer une inflexion. Mais il s’agit surtout de combler un ou plusieurs départs, suite à des erreurs commises, des ennuis judiciaires – comme au début du quinquennat avec les départs des ministres du MoDem –, ou de combler des démissions comme celle de Nicolas Hulot.

Un changement de gouvernement doit davantage marquer une inflexion politique. Il arrive régulièrement après un échec électoral, comme en 2014, après la défaite de François Hollande aux municipales. Manuel Valls avait alors remplacé Jean-Marc Ayrault. Aujourd’hui, c’est un peu différent, car Edouard Philippe n’était pas vraiment le chef de la majorité, étant donné qu’il n’était pas lui-même membre de La République en marche. Mais dans la mesure où Emmanuel Macron a annoncé un nouveau chemin, la question de l’incarnation était posée.

Est-ce qu’un changement de gouvernement s’accompagne forcément d’un changement de ligne politique ?

C’est souvent le cas. Lorsque Manuel Valls entre à Matignon, c’est aussi pour amorcer une nouvelle politique, plus tournée vers le social-libéralisme. Son profil collait à cette image plus libérale que souhaitait François Hollande. Lorsque Chirac prend Dominique de Villepin, c’est pour incarner une forme de relance volontariste et sociale du quinquennat.

Au vu des déclarations d’Emmanuel Macron ces dernières semaines, une absence de rupture politique signerait une sorte de reniement. Tout est dans l’équilibre entre le symbole de la rupture et la nécessité de la continuité. La remise en chantier de la réforme des retraites sera édifiante à cet égard. Le même projet sera-t-il remis sur la table, ou le volet social sera-t-il davantage mis en avant ?

Un remaniement peut-il marquer l’opinion ?

Je crois que les gens ne sont pas dupes. Il peut y avoir un petit effet de rebonds dans l’opinion, on l’avait vu en 2014, mais ça n’avait pas duré. Valls avait vite été contaminé par la popularité très basse de François Hollande. Aujourd’hui, les Français ont une forme de maturité vis-à-vis de la politique, de désenchantement. Ce qu’ils attendent, ce sont des résultats, sur l’économie et le chômage principalement.