Elections municipales : Pour LR et le PS, des victoires en trompe-l’œil dans la perspective de 2022 ?

POLITIQUE Le Parti socialiste et Les Républicains ont remporté une majorité de villes aux municipales, mais les deux partis semblent toujours à la traîne au niveau national

T.L.G.

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Les patrons de LR et du PS.
Les patrons de LR et du PS. — ISA HARSIN/SIPA
  • Après les défaites, Les Républicains et le Parti socialiste semblent avoir relevé la tête lors des élections municipales.
  • Malgré la percée des écologistes, les deux partis ont remporté les trois quarts des communes et confortent leur implantation locale.
  • Mais au niveau national, le PS et LR semblent toujours distancés par Emmanuel Macron et Marine Le Pen. 

Des victoires en trompe-l’œil ? Après les défaites, Les Républicains et le Parti socialiste semblent avoir relevé la tête lors des élections municipales, dont le second tour s’est achevé ce dimanche. Le scrutin, marqué par une abstention historique, a permis aux partis de « l’ancien monde » de l’emporter dans les trois quarts des communes de plus de 10.000 habitants, selon le décompte des spécialistes. Dans le même temps, La République en marche et le Rassemblement national ont échoué, à des degrés divers, dans leur volonté d’implantation locale.

« Ceux qui devaient être les grands gagnants se retrouvent écrasés comme des mouches ! », tranche Aurélien Pradié. « Cette campagne marque l’échec colossal de la promesse macronienne de l’effacement des clivages politiques, qui n’était en réalité qu’une bulle », ajoute le député du Lot et numéro trois du parti. Une manière de voir le verre à moitié plein. Car si LR et le PS confortent leur suprématie dans les territoires, de nombreux défis restent à relever dans la perspective de la présidentielle 2022.

L’échec des Républicains dans les grandes villes

Au sommet des Républicains, on fait mine de se satisfaire du bilan des municipales : la droite tient désormais la moitié des villes en France. « La vague bleue de 2014 s’est confirmée. On détient, avec nos alliés 50 %, des villes de plus de 9.000 habitants, ce qui représente 15 millions d’habitants, ce n’est pas rien. Et ce chiffre augmente dans les communes de plus de 20.000 habitants », avance Gilles Platret, maire de Chalon-sur-Saône et vice-président du parti.

La droite s’est imposée dans plusieurs villes moyennes, comme à Saint-Etienne, Mulhouse, Auxerre ou Limoges. Mais cette embellie est entachée par des défaites dans les plus grandes villes, à Lyon, Bordeaux, Paris, Lille, Strasbourg, et peut-être Marseille. « C’est l’ombre au tableau », reconnaît Gilles Platret. « Les électeurs des métropoles se tournent vers les partis qui incarnent une forme d’espoir : ça a été le PS à une époque, Emmanuel Macron en 2017, et là, on voit bien que cet électorat s’est tourné vers EELV », dit-il.

Les Républicains savent aussi qu’ils ne pourront pas briller aux prochaines échéances électorales sans conquérir cet électorat urbain. « C’est un défi à relever. Nous devons faire valoir notre préoccupation environnementale, mais sans le substrat idéologique des écologistes », ajoute-t-il.

Le Parti socialiste menacé par les écologistes

Au Parti socialiste, on se félicite également des victoires, notamment celles remportées dans 14 grandes villes de plus de 100.000 habitants, comme à Lille, Nantes, Rennes et les nouvelles prises à Montpellier, Saint-Denis, Saint-Denis-de-la-Réunion, Nancy ou encore Villeurbanne. « C’est notre première victoire électorale au niveau national depuis huit ans. C’est l’aboutissement du travail que nous menons pour remettre le parti debout », salue Corinne Narassiguin, secrétaire nationale du PS. Mais le scrutin a aussi été marqué par une percée des écologistes – parfois alliée à des socialistes – dans les grosses communes.

Et à peine les municipales terminées, certains cadres EELV n’ont pas manqué de se féliciter d’avoir supplanté l’allié à la rose, et réclamé le leadership à gauche. « Leur progression est indéniable, mais le premier maillage territorial est socialiste », réplique Corinne Narassiguin. « Je mets en garde les écologistes dans cette tentation hégémonique de la vieille gauche, car en réalité, aucun parti ne peut y prétendre. »

Retard à combler dans la perspective de 2022

Les deux partis entendent s’appuyer sur ces victoires locales pour préparer la présidentielle. Mais la pente à gravir s’annonce ardue. Car malgré l’échec de leur mouvement aux municipales, Emmanuel Macron et Marine Le Pen caracolent toujours en tête dans les sondages au niveau national. Dans la dernière enquête Ifop, publiée le 22 juin, le chef de l’Etat et la patronne du RN seraient ainsi au coude-à-coude au premier tour de la présidentielle, à environ 28 % des intentions de vote (contre 24 % et 21,3 % des voix en 2017). Ils écraseraient donc les personnalités de droite testées (autour de 12 %), et Olivier Faure, le patron du PS (à 3 %).

« Il risque d’y avoir un hiatus entre les territoires et la vie politique nationale, avec un PS et LR très implantés localement, constituant des partis d’élus, mais à la peine pour les échéances nationales », remarque Olivier Rouquan, politologue et chercheur associé au CERSA à Paris 2. Les élections régionales, scrutin intermédiaire et première marche avant 2022, pourraient apporter quelques éléments de réponses.