Municipales 2020 : A trois jours du scrutin, les candidats craignent une nouvelle abstention record

POLITIQUE A trois jours du second tour des municipales, plusieurs enquêtes d'opinion montrent que l'abstention pourrait être de nouveau très forte

Thibaut Le Gal

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GILLES VARELA/20 MINUTES/SIPA
GILLES VARELA/20 MINUTES/SIPA — 20 MINUTES/SIPA
  • Plus de trois mois après la tenue contestée du premier tour des municipales le 15 mars, un second vote aura lieu dans 4.820 communes ce dimanche.
  • Le scrutin se déroulera dans des conditions sanitaires renforcées pour limiter les risques de contamination au Covid-19.
  • Les candidats encore en lice redoutent une nouvelle abstention record.

La fin d’une très longue campagne. Plus de trois mois après la tenue contestée du premier tour des municipales le 15 mars, un second vote aura lieu dans 4.820 communes ce dimanche*. Le scrutin se déroulera dans des conditions sanitaires renforcées pour limiter les risques de contamination au Covid-19. Mais dans ce contexte, les 16 millions de Français encore concernés par l’élection se rendront-ils aux urnes ?

« On a l’impression que les Français s’en foutent un peu »,

« Malheureusement, on a l’impression que les Français s’en foutent un peu de ces municipales, il est extrêmement difficile de faire campagne, on ne les intéresse pas », souffle Sylvain Maillard, député LREM et candidat sur une liste d’Agnès Buzyn dans le 8e arrondissement de Paris. « On sent de la lassitude confirme Pierre Cuny, maire centriste sortant de Thionville, en Moselle. Les gens ont sorti l’élection de leur esprit pendant le confinement, on a vécu une sorte de parenthèse démocratique, et aujourd’hui, ils n’ont plus vraiment la tête à ça ».

Après le record d’abstention du 15 mars dernier, la participation sera encore particulièrement scrutée. Mais la dégringolade historique du premier tour à 44,3 % pourrait se poursuivre ce dimanche selon plusieurs enquêtes. D’après un sondage Ifop diffusé la semaine dernière, seuls 38 % des électeurs envisageraient d’aller voter. Même évaluation du côté d'Odoxa, ce mardi, qui prévoit une participation entre « 36 % et 40 % ». On est loin du taux de participation de 62,13 % du second tour des municipales de 2014.

Des appels à voter… depuis l’océan

Sur le terrain, faire revenir les Français aux urnes, après deux mois de confinement est aussi un enjeu. « C’est difficile de les faire entrer dans la campagne après la période difficile qu’ils ont vécue, on rencontre les gens sur les marchés, mais sans pouvoir vraiment tracter, alors on tente de s’adapter », indique Hugues Tupin, chef de file de la gauche à Douarnenez (Finistère). « Les conditions de campagnes sont particulières. Les passants voient le masque plutôt que le sourire derrière, ce n’est pas toujours facile », ajoute Jean-Pierre Le Scornet, à la tête d’une liste de gauche à Mayenne.

Face à ces conditions inédites, les militants ont dû se réinventer, entre meetings numériques et trouvailles insolites. « On a prévu de passer en bateau avec un message qui appelle à voter pour ceux qui sont sur les plages », nous disait aussi Hugues Tupin la semaine passée.

« On craint que notre électorat ait toujours la boule au ventre par rapport au coronavirus »

Pour ce scrutin particulier, les règles du code électoral ont été adaptées. La principale innovation concerne les procurations : il est cette fois possible de voter pour deux autres habitants de sa commune. Les personnes âgées ou malades, comme celles dans l’incapacité de se déplacer pourront envoyer une tierce personne pour leur procuration ou obtenir un rendez-vous à domicile. « On fait un focus sur ces procurations, car on craint que notre électorat ait toujours la boule au ventre par rapport au coronavirus. Il y a un risque qu’il y ait plus d’abstention chez nos électeurs, qui sont davantage des seniors », indique Agnès Evren, candidate LR dans le 15e arrondissement de Paris.

« Je n’ai pas l’impression qu’il va y avoir un rebond, surtout si le temps est de la partie. Il y a le risque que les familles préfèrent rejoindre le littoral qu’aller aux urnes », s’inquiète Jean-Pierre Le Scornet. C’est l’autre difficulté de ce scrutin, prévu le 28 juin, à quelques jours des vacances scolaires. Mais Jean-Sébastien Guitton, candidat divers gauche à Orvault (Loire-Atlantique), reste positif. « On sent quand même que dans la dernière ligne droite, l’intérêt des électeurs revient. Tout le monde reprend conscience qu’il y a un scrutin important dimanche. Ce serait bien que la participation soit importante, car il en va aussi de la légitimité des maires qui seront élus ».

*Le scrutin a en revanche été à nouveau reporté en Guyane où le virus circule toujours activement.