Conflits d’intérêts : Richard Ferrand conteste une atteinte à la séparation des pouvoirs

AFFAIRE KOHLER Le président de l’Assemblée nationale a réagi à l’affaire Kohler après les dernières révélations de Mediapart

20 Minutes avec AFP

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Richard Ferrand et Emmanuel Macron au Mont Valérien le 18 juin 2020.
Richard Ferrand et Emmanuel Macron au Mont Valérien le 18 juin 2020. — LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand a estimé mercredi qu' Emmanuel Macron n’avait pas porté atteinte à la séparation des pouvoirs en dédouanant son bras droit Alexis Kohler, soupçonné de prise illégale d’intérêt, avec ce qu’il a décrit comme une « attestation d’employeur ».

« Il ne faut pas confondre la séparation des pouvoirs, qui est une règle absolue qui fait que le législatif, l’exécutif et l’autorité judiciaire doivent avoir des vies distinctes, ne pas peser les uns sur les autres, et une sorte d’attestation d’employeur », a réagi sur RMC-BFMTV l’élu du Finistère, un proche du président de la République.

Deux rapports diamétralement opposés

Dans une note publiée mardi par Mediapart​, le chef de l’Etat assure qu’Alexis Kohler – actuel secrétaire général de l’Elysée – n’est jamais intervenu, à l’époque où il était son directeur de cabinet à Bercy, dans des dossiers liés à l’armateur italo-suisse MSC avec lequel il entretenait d’étroits liens professionnels et familiaux.

C’est parce qu’il était soupçonné d’avoir dissimulé ces liens devant la commission de déontologie que le parquet national financier (PNF) avait ouvert une enquête en juin 2018 pour prise illégale d’intérêts. Cette enquête a été finalement classée sans suite en août 2019, peu après que la note du chef de l’Etat, adressée à Alexis Kohler, a été envoyée par l’avocat de ce dernier au PNF.

« Alors qu’un premier rapport d’enquête accablant avait été rédigé par la police le 7 juin 2019, un second rapport, disant exactement l’inverse, est signé le 18 juillet 2019. Entre-temps, le 1er juillet, une attestation d’Emmanuel Macron a atterri au parquet national financier chargé de mener l’enquête », écrit Mediapart. Pour nos confères, le président Macron a porté atteinte à la séparation des pouvoirs en intervenant dans « une procédure judiciaire ».

Nicole Belloubet est « incapable de répondre »

« Nous avons un président qui écrit pour absoudre M. Kohler de ses fautes prétendues et, dans la foulée, un procureur intérimaire qui classe le dossier sans suite (…) on se pose des questions sur la relation entre justice et politique », a commenté sur RFI le député insoumis Bastien Lachaud.

Mais pour Richard Ferrand, la note est celle d'« un employeur, ministre, qui dit : "voilà, mon collaborateur avait pris telle disposition et j’en atteste. Ça se fait tous les jours en France ». Interrogée par France 2, la ministre de la Justice Nicole Belloubet s’est quant à elle dite « incapable de répondre », n’ayant « pas accès au dossier ». « Je n’interfère jamais dans les affaires individuelles », a-t-elle affirmé.

Stanislas Guerini ne voit « pas où est le scandale »

Pour le patron de LREM, Stanislas Guerini, interrogé sur France Info, « Alexis Kohler est un grand serviteur de l’Etat, d’une probité totale ». Le courrier d’Emmanuel Macron « dit une chose très simple : c’est qu’Alexis Kohler s’est déchargé de toutes les questions qui pouvaient concerner cette entreprise avec laquelle il avait des liens familiaux quand il était au cabinet du ministre de l’Economie, je ne vois pas où est le scandale ».

Le RN David Rachline a lui réagi sur Twitter : « Emmanuel Macron intervient dans une procédure judiciaire pour protéger un de ses proches. Le nouveau monde ressemble étrangement à l’ancien », a-t-il raillé.