Le refus de Rama Yade de se présenter aux européennes s'invite dans la polémique sur son secrétariat

REACTIONS Les déclarations de Bernard Kouchner font réagir la classe politique ce mercredi...

C. F. (avec agence)

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Seule Noire du gouvernement, la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, Rama Yade, estime que cette élection doit "sonner la mobilisation" pour plus de diversité en politique "avec des résultats concrets".
Seule Noire du gouvernement, la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, Rama Yade, estime que cette élection doit "sonner la mobilisation" pour plus de diversité en politique "avec des résultats concrets". — Francois Guillot AFP/Archives
Les déclarations de Bernard Kouchner sur le secrétariat aux Droits de l'homme font réagir la classe politique. Le ministre des Affaires étrangères a confié dans «Le Parisien» daté de ce mercredi qu'il avait «eu tort» de demander la création de ce secrétariat, car «il y a contradiction permanente entre les Droits de l'homme et la politique étrangère d'un Etat, même en France».

L'ancien «French doctor» a pourtant insisté sur le fait qu'il remettait en cause le portefeuille et pas Rama Yade, y compris sur Europe 1 et à la sortie du Conseil des ministres ce matin. «C'est ambigu, c'est tout. Et comme c'est moi qui l'ai proposé (le secrétariat d'Etat, ndlr), je fais amende honorable sur le fond, pas sur Rama Yade, que j'aime et que je respecte et dont je respecte le travail.» Il n'empêche, ses propos ont été perçus par certains comme un désaveu à l'égard de sa secrétaire d'Etat.

Badinter et Copé s'insurgent

Le sénateur PS Robert Badinter a ainsi jugé ce mercredi que ces déclarations, tenues le jour du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'homme n'étaient pas «un très agréable cadeau» pour Rama Yade. «Madame Rama Yade a fait, je crois, aussi bien qu'elle le pouvait ce qu'on lui a demandé. Quant à savoir s'il fallait créer ou non ce portefeuille (...) ce n'est pas à moi d'arbitrer la façon la meilleure d'organiser la défense des droits de l'Homme au sein du gouvernement», a ajouté l'ancien ministre de la Justice.

Pour le chef de file des députés UMP, Jean-François Copé, «un secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme, c'est utile», même si «personne n'a jamais pensé que nommer un secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme règlerait le problème des Droits de l'homme sur la planète». «C'est une manière d'exprimer parfois une voix différente, certes au sein d'une équipe gouvernementale, mais je trouve que cette musique-là, il est toujours important de l'entendre dans un grand pays comme le nôtre», a-t-il ajouté. Une allusion à l'ouverture voulue par Nicolas Sarkozy?

Baroin et Chatel volent au secours de Kouchner

A droite, d'autres voix s'élèvent pour soutenir le ministre des Affaires étrangères. François Baroin, député-maire (UMP) de Troyes, a ainsi estimé que Bernard Kouchner avait raison dans la mesure où la défense des Droits de l'homme relève du Président de la République.«Rama Yade l'a dit elle-même: lorsque Kadhafi est venu, et qu'elle a montré du doigt la diplomatie de "paillasson" et que malgré tout on a accueilli Kadhafi avec tous les ors et fastes de la République, elle a constaté très rapidement les limites de l'exercice de son ministère», a affirmé le député de l'Aube lors de l'émission Questions d'info (LCP-France Info-AFP). Même si, tempère-t-il, «elle apporte beaucoup dans ce gouvernement».

Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, a quant à lui estimé que Bernard Kouchner n'était pas «le moins bien placé» pour envisager la suppression du secrétariat d'Etat aux droits de l'Homme, estimant que «l'évaluation» faisait partie des fonctions de ministre. «Faire l'évaluation de l'efficacité de son domaine ministériel et faire un bilan, ça fait aussi partie de la fonction et du mandat qui est confié aux ministres», a-t-il déclaré en rendant compte des travaux du Conseil des ministres ce mercredi.

Les élections européennes en arrière plan

Le refus de Rama Yade se présenter aux européennes s'invite par ailleurs dans la polémique. Interrogé sur une éventuelle défaveur qui toucherait la secrétaire d'Etat après son refus d'être candidate, François Baroin a observé : «Quand on est proche d'un président de la République, qu'on s'inscrit dans cette trajectoire-là - ce qui a été mon cas - on essaye de ne pas trop s'éloigner du choix et de l'orientation du président de la République».

Un avis partagé par Roger Karoutchi. «Lorsqu'on fait partie de l'équipe du président de la République, lorsqu'on a été choisie par le président de la République, si dans la stratégie politique pour conduire des batailles on a besoin de vous, il faut y aller», a déclaré le secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement. Et d'ajouter: «Si le président de la République le lui demande vraiment, à mon sens il faut qu'elle accepte d'y aller.»

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