Municipales 2020 : Entre « frustration » et « réinvention », des candidats reviennent sur une campagne bouleversée par le coronavirus

POLITIQUE Etalée sur plusieurs mois, la campagne des municipales a été complètement bouleversée par l'épidémie de coronavirus

Thibaut Le Gal

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Illustration des élections municipales en temps de coronavirus, ici à Lyon lors du premier tour.
Illustration des élections municipales en temps de coronavirus, ici à Lyon lors du premier tour. — KONRAD K./SIPA
  • Les élections municipales ont été bouleversées par l'épidémie de coronavirus.
  • Le second tour du scrutin, prévu initialement le 22 mars, a été reporté au 28 juin.
  • En raison du risque sanitaire, les candidats ont dû modifier leur manière de faire campagne.

« C’est du jamais vu, cette campagne. Elle restera dans l’histoire de notre démocratie », lâche Pierre Cuny, maire centriste sortant de Thionville (Moselle). A la mi-mars, le pays s’arrête. En quelques jours, l’épidémie de coronavirus balaie tout : l’économie, nos libertés individuelles, la vie sociale, mais aussi la démocratie. Le 16 mars, au lendemain d’un premier tour des municipales marqué par un record d’abstention, Emmanuel Macron annonce le report du second, prévu initialement le dimanche suivant.

« Ca a été brutal. Pendant des mois de campagne, vous êtes complètement tourné sur l’élection, le moindre détail. Et d’un coup, tout est stoppé, comme un skieur qui arrive sur de l’herbe en fin de piste », illustre Pierre Cuny. Les résultats du premier tour sont figés, les campagnes interrompues. Mais un peu partout en France, les candidats tentent, autant qu’ils peuvent, de maintenir un lien avec leurs équipes.

« Il a fallu inventer de nouveaux moyens de rencontre avec les électeurs »

« Après une campagne intense, on est arrivé en tête, mais on n’a pas pu apprécier le résultat. Pendant quelques jours, ça a été la sidération totale, un choc pour toute l’équipe, on ne savait plus trop ce qu’on faisait là. On s’est dit : "Mais comment va-t-on s’organiser ?" », se souvient Hugues Tupin, chef de file de la gauche à Douarnenez (Finistère). La priorité : mettre en place des groupes de bénévoles pour aider les associations et les soignants.

Puis le candidat organise avec son équipe des réunions publiques virtuelles pour maintenir un lien avec les habitants de sa commune. « Le bilan est positif, car on a réussi à garder le contact. Grâce aux réseaux sociaux, on a même touché plus de gens que lors des réunions publiques classiques, même si ce n’est pas le même profil de personnes », dit-il. Faute de mieux, la campagne mute vers le virtuel.

« Il a fallu inventer de nouveaux moyens de rencontre avec les électeurs », complète Jean-Sébastien Guitton. Candidat divers gauche à Orvault (Loire-Atlantique), il se lance, comme de nombreux autres, dans les rendez-vous en ligne : « Même si la campagne se fait davantage sur les réseaux sociaux, et que le contact humain nous manque, on parle de choses très concrètes, réelles. On arrive à aller au cœur des sujets en touchant des centaines de personnes. »

Cet entre-deux tour interminable – plus de trois mois contre une semaine habituellement – a permis d’adapter le programme à la crise sanitaire et à nouer des alliances. Pierre Dietz, tête de liste divers gauche, fait désormais candidature commune avec une liste écologiste et une liste centriste à Sainte (Charente-Maritime). « Le temps était comme suspendu, donc ça a permis la réflexion, de comparer nos programmes et de s’entendre, dit-il. Il faut être honnête, c’est le temps long qui nous a permis de nous rapprocher. »

Déconfinement et reprise en douceur de la campagne

Après des semaines de brouillard, Edouard Philippe confirme; le 22 mai, que le second tour des municipales se tiendra le 28 juin prochain. Un soulagement pour les candidats. « On avait un immense sentiment de frustration, l’impression de ne pas avoir achevé le travail effectué avec nos colistiers depuis des mois », souffle Jean-Pierre Le Scornet, à la tête d’une liste de gauche à Mayenne (Mayenne).

Avec le déconfinement, quelques jours plus tard, la campagne retrouve le terrain, mais reste bouleversée par les précautions sanitaires. Pas de meetings, pas de poignées de mains, et un tractage compliqué à mettre en place. « Les classiques de campagne ne sont plus opérants. On ne fait pas non plus de réunion chez l’habitant, le porte à porte avec un masque est compliqué, mais on tente d’être visible », poursuit Jean-Pierre Le Scornet. Sa permanence mobile, sous forme de grande tente, se déplace ainsi de quartiers en quartiers. Il ajoute : « Etre sur le terrain, c’est aussi un respect pour les électeurs, même si les gestes barrières ne permettent pas d’aller au contact, d’avoir le rapport humain, presque tactile, d’une campagne habituelle. »

Le porte-à-porte remplacé par « le serviette à serviette »

Avec un masque et le respect des gestes barrières, difficile « d’aller chercher les électeurs avec les dents », comme disait Jacques Chirac. « La pandémie crée de la méfiance chez les gens. Il a fallu se réinventer, même si l’on ne sait toujours pas ce qu’on a le droit de faire ou non », remarque Pierre Dietz, qui attend encore la validation par les pouvoirs publics d’un meeting prévu le 25 juin prochain.

« Il faut que ça se termine, on n’a pas arrêté depuis des mois, il commence à y avoir une lassitude complète dans les équipes, d’autant que les habitants n’ont pas vraiment la tête à ça », ajoute Pierre Cuny. Tous craignent d’ailleurs une nouvelle démobilisation massive des électeurs au second tour. « Les habitants sortent à peine de chez eux, après une période difficile », admet Hugues Tupin. « Mais on va aller à leur rencontre, jusque sur les plages, faire du "serviette à serviette" pour leur rappeler que c’est important d’être là le 28. »