Hommage sur l'île de Sein: Pourquoi Marine Le Pen revendique l'héritage du général de Gaulle

HOMMAGE Marine Le Pen s’est rendue sur l’île de Sein ce mercredi pour commémorer l’appel du 18 juin du général de Gaulle. Un hommage qui fait polémique

T.L.G.

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Marine Le Pen en bateau.
Marine Le Pen en bateau. — Alain ROBERT/SIPA
  • Marine Le Pen s’est rendue ce mercredi sur l’île de Sein pour commémorer l’appel du 18 juin du général de Gaulle.
  • Cette visite provoque l’indignation du maire et des habitants contraints d’abréger les célébrations prévues.
  • Le Front national (aujourd’hui RN) a longtemps été opposé à l’homme d’Etat français.

Un déplacement qui crée des remous. Marine Le Pen s’est rendue ce mercredi sur l'île de Sein (Finistère) pour commémorer l’appel du 18 juin du général de Gaulle. Une visite en catimini, et finalement avancée d’un jour, car cette volonté de rendre hommage à la Résistance contre l’Allemagne nazie a suscité la controverse.

La revendication de l’héritage gaulliste, par un parti historiquement hostile au fondateur de la Ve République, a été critiquée par le maire de la commune et des responsables politiques. Pour la présidente du RN, c’est une manière, aussi, de préparer 2022.

Que revendique Marine Le Pen ?

Revendiquant l’héritage du gaullisme, Marine Le Pen a jugé « urgent » de s'« inspirer » de Charles de Gaulle dans la crise sanitaire actuelle, dans la Revue politique et parlementaire la semaine passée. La députée du Pas-de-Calais affirme aussi dans un entretien au Parisien que son parti est dans « la continuité des idées du général ».

« Il y a des points communs forts entre le discours de Marine Le Pen et l’action du général de Gaulle, sur la souveraineté de la France, l’indépendance, la volonté d’unir les Français au-delà des partis politiques », détaille le député et porte-parole du RN, Sébastien Chenu. « Il y a aussi un message de résistance, face à la mondialisation et à la tempête communautariste qui abîment notre pays ».

Le Front national, fondé par des antigaullistes

Historiquement, cette référence peut surprendre. Le général de Gaulle a longtemps été détesté dans le parti, fondé en 1972 par d’anciens collaborateurs et d’anciens partisans de l’Algérie française notamment. « Il y avait une sorte d’antigaullisme viscéral chez certaines personnalités d’extrême droite à l’origine du Front national. Chez les partisans de l’OAS (Organisation armée secrète) et chez les anciens collaborateurs, comme l’ex-SS Pierre Bousquet, qui a fondé le parti avec Jean-Marie Le Pen ou le milicien François Brigneau », rappelle Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême-droite. « Et même si ça remonte à 50 ans, Marine Le Pen ne peut pas gommer cette histoire. Jusqu’aux années 80-90, des anciens collabos ont siégé sous les couleurs du FN, et cela nuit encore au parti aujourd’hui ».

Pas nouveau pour Marine Le Pen

Ce n’est pas la première fois que Marine Le Pen revendique cet héritage depuis qu’elle dirige le FN (devenu RN) en 2011. Elle l’évoquait même plus tôt, au sein du mouvement Génération Le Pen, qui voulait dès 2002 « dédiaboliser » le parti des accusations de racisme et d’antisémitisme. « Marine Le Pen a commencé à évoquer de Gaulle dès ses premières années d’ascension dans le parti, et avant même l’action de Florian Philippot [ancien n° 2 du FN et gaulliste revendiqué]. Avec le renouvellement de générations, son nom ne sent plus le soufre dans l’électorat nationaliste, à part peut-être en Paca où il reste des descendants de Français rapatriés d’Algérie », indique Sylvain Crépon, politologue à l’université de Tours.

Cette référence permet aussi à Marine Le Pen de rompre un peu plus avec son père et ancien président du FN, qui écrit dans ses Mémoires que le général de Gaulle « reste une horrible source de souffrance pour la France ». « Marine Le Pen a besoin d’un ancrage historique républicain, et De Gaulle est pour cela une figure mémorielle appétissante, une sorte de totem souverainiste consensuel aujourd’hui », ajoute Sylvain Crépon.

Une préparation pour 2022

Car cet hommage est aussi très politique. Il permet à Marine Le Pen de poursuivre son travail de dédiabolisation et de mieux souligner son opposition à Emmanuel Macron dans la perspective de 2022. C’est « l’anti-de Gaulle absolu », a taclé la candidate à la présidentielle, qui estime que l’héritage du général est « totalement détruit » par le président de la République. « Macron efface la France au bénéfice de l’Europe. C’est un fédéraliste et un libéral. En ça, il est l’exact opposé de Charles de Gaulle », ajoute Sébastien Chenu.

Le général de Gaulle « se retournerait dans sa tombe en entendant » Marine Le Pen, a répliqué le patron de LREM, Stanislas Guerini à l’AFP. « Se revendiquer de Gaulle est une sorte de sport national français, tous les partis le font, ironise Jean-Yves Camus. Ça ne mange pas de pain et permet de se mettre dans les pas d’un rassembleur de la nation ».