Municipales 2020 : « Bateau ivre », « déculottée » annoncée… LREM, un parti présidentiel en pleine crise

MARCHEURS Le parti présidentiel est fragilisé par la déroute annoncée au second tour des municipales et par les divisions internes, notamment à l’Assemblée nationale

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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Gilles Legendre, le patron des députés La Republique en Marche (LREM), et Stanislas Guerini, délégué général de LREM, ici à l'Assemblée nationale. (Illustration)
Gilles Legendre, le patron des députés La Republique en Marche (LREM), et Stanislas Guerini, délégué général de LREM, ici à l'Assemblée nationale. (Illustration) — LUDOVIC MARIN-POOL/SIPA
  • La République en Marche s’attend à une « déculottée » au second tour des municipales prévu le 28 juin.
  • Le mouvement revendique un travail sur l’implantation locale mais le patron du parti macroniste, Stanislas Guerini, est régulièrement attaqué.
  • Fragilisé par les critiques internes, la formation politique s’interroge sur son rôle dans la perspective de 2022.

Début février, un cadre de La République en marche résumait à 20 Minutes les enjeux de la campagne à venir. « Le bilan des municipales se fera sur cette question : est-ce que le président aura des maires pour soutenir localement sa politique ? » A moins de deux semaines du second tour, la mission semble déjà vouée à l’échec. En vitrine, La République en marche pourra se targuer d’avoir atteint l’objectif (modeste) de 10.000 conseillers élus. Mais l’espoir de faire tomber de grandes villes est désormais bien mince.

« On va prendre une déculottée », lâche aujourd’hui ce responsable, « car on sera jugé à l’aune des dix premières villes et sur notre score à Paris », où le parti président ne semble pas en mesure de l’emporter. En coulisses, le mouvement est sérieusement critiqué, et la pression s’accentue sur son patron, Stanislas Guerini, dans un contexte de tension au sein du groupe LREM à l’Assemblée.

LREM, un « bateau ivre »

« Le parti est devenu un bateau ivre », grogne un parlementaire macroniste proche de l’exécutif. Créé en avril 2016 pour porter Emmanuel Macron au pouvoir, le parti s’est montré redoutablement efficace comme tremplin présidentiel. Mais depuis mai 2017, il peine à trouver sa place. Et cette question s’est accentuée ces derniers mois. « Comment LREM peut-elle survivre après l’élection d’Emmanuel Macron ? », s’interroge Jean-Michel Fauvergue, député de Seine-et-Marne. « Le parti doit muter, il faut dépasser les querelles de personnes, construire l’avenir. »

Depuis que son fondateur est à l’Elysée, LREM souffre aussi d’un problème d’incarnation. Une direction collégiale a laissé la place, en novembre 2017, à un Christophe Castaner peu enthousiaste, avant que Stanislas Guerini ne remporte l’élection interne face à Pierre Person fin 2018. « Je comprends mieux la poésie araméenne que Guerini lorsqu’il s’exprime, ironise un macroniste historique. C’est une anguille. Il est sympa, mais il n’imprime pas et la guerre avec Person n’arrange rien. » Les relations entre le délégué général et son numéro 2 n’ont cessé de se dégrader sur fond de divergences stratégiques, affaiblissant le mouvement.

Des critiques envers Stanislas Guerini

A l’Assemblée aussi, des tensions ont émergé, entraînant le départ de plusieurs députés et la perte de la majorité absolue pour le groupe LREM. Très critiqué, le président du groupe, Gilles Le Gendre, a failli perdre son poste, sauvé in extremis après une réunion interne houleuse, la semaine dernière.

« En Macronie, on a horreur des sensibilités. Ca crée une cocotte-minute : les débats ne se font pas, glisse une source au sein du parti. Le parti n’a pas fait de travail de doctrine, car beaucoup ne l’ont pas voulu, dont Stanislas Guerini. Cela impliquerait d’assumer un rapport de force avec le gouvernement. » Or LREM peine à peser politiquement et idéologiquement face à l’exécutif et aux ministres issus de la droite. De quoi inquiéter certains sur le rôle à jouer en vue de 2022.

« Stanislas fait le job, il travaille beaucoup pour implanter le parti, c’est une mission difficile », défend le député de Paris Sylvain Maillard, également porte-parole du groupe à l’Assemblée. « On a voté de nouveaux statuts qui permettront d’apporter une nouvelle génération et d’être au plus proche des territoires à la rentrée. » Mais ce vote interne, en décembre 2019, a aussi révélé la démobilisation des adhérents. Selon le parti, seuls 4,2 % d'entre eux ont participé à la consultation sur la décentralisation du mouvement, soit 17.820 marcheurs sur les 420.000 revendiqués. En août 2017, 72.066 adhérents avaient voté à un scrutin interne similaire.

« Il faut voir d’où on partait, le parti a été laissé en jachère depuis 2017, précise Laurent Saint-Martin », député du Val-de-Marne et proche du patron de LREM. « Stanislas Guerini a permis au mouvement de rester audible et même de franchir un cap, en étant force de propositions lors des européennes et pour l’après-Covid ».

Des tensions liées aux municipales

La crise du coronavirus n’a d’ailleurs rien arrangé, révélant les limites de l’organisation « start-up » appliquée au parti. « On a des tonnes de boucles Telegram, avec plein de marcheurs, mais quand il s’agit de faire des réunions… Je suis épuisé par ces conneries, il faut un vrai parti ! » lâche un membre du bureau exécutif. « On est groupe jeune, on a besoin de présentiel, on ne s’est vu que par visioconférences, ce n’est pas évident pour réfléchir collectivement », reconnaît Sylvain Maillard.

La direction de LREM concède quant à elle que « les municipales ont suscité des tensions locales et démotivé certains marcheurs », mais fait bloc autour de Stanislas Guerini. « La période est propice aux remous, certains font courir le bruit d’une crise, mais il a totalement la confiance d’Emmanuel Macron », veut croire son entourage. A l’heure où le chef de l’Etat prône « de se réinventer », le rôle de LREM et de ses dirigeants pourrait, lui aussi, bientôt être tranché.