Statistiques ethniques : Macron ne veut pas ouvrir le débat « à ce stade »

DISCRIMINATIONS Au sein du gouvernement, le débat fait rage entre la porte-parole favorable à cette ouverture et plusieurs ministres qui proposent soit de rester sur l'interdiction, soit une troisième voie

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron le 27 mars sur le site de Valeo à Etaples.
Emmanuel Macron le 27 mars sur le site de Valeo à Etaples. — Franck CRUSIAUX-POOL/SIPA

Même au sein du gouvernement, les voix sont discordantes. Emmanuel Macron a indiqué ce lundi à ses conseillers qu’il ne souhaitait « pas ouvrir à ce stade » le débat sur les statistiques ethniques, a indiqué l’entourage du chef de l’Etat.

En faveur des statistiques ethniques

Le président de la République répondait ainsi à une tribune publiée samedi dans le journal Le Monde par la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. Celle-ci a répété lundi qu’elle voyait dans les statistiques ethniques - actuellement interdites en France – un moyen de lutter contre une « forme de racisme impensé ».

Des statistiques ethniques « permettraient au fond de réconcilier parfois deux rives de notre société qui s’écharpent éternellement, ceux qui vous disent : « les Noirs et les Arabes, les personnes de couleur n’ont accès à rien » et ceux qui vous disent : « Le problème ne se pose pas »», a-t-elle souligné sur France inter. Mais sa proposition a suscité l’opposition d’autres ministres comme Bruno Le Maire et Gérald Darmanin.

« Je reste défavorable aux statistiques ethniques qui ne correspondent pas à l’universalisme français, au fait qu’un Français est un Français et que je ne regarde pas quelle est sa race, son origine, sa religion, et que je ne souhaite pas le regarder », a expliqué Bruno Le Maire sur franceinfo.

« Moi je serais plutôt favorable à la proposition de Julien Denormandie [ministre de la Ville et du Logement], qui évoquait des statistiques par géographie », a abondé Gérald Darmanin sur BFMTV, car « quand vous êtes issu d’un quartier difficile, par votre adresse, quelle que soit votre couleur de peau, c’est plus difficile de trouver un stage que quand vous êtes quelqu’un d’une couleur de peau différente des Blancs, comme on dit aujourd’hui, dans le 7e arrondissement de Paris ». Dimanche, Agnès Buzyn, candidate LREM à la mairie de Paris, a estimé qu’établir des statistiques ethniques était « plus risqué qu’utile ».

Statistiques ethniques et quotas interdits en France

La France, à l’inverse des pays anglo-saxons, a interdit les politiques ciblées, les quotas ou les statistiques ethniques pour traiter tous les citoyens à égalité. La Commission nationale consultative des droits de l’Homme a réaffirmé dimanche son hostilité aux statistiques ethniques, qui ne sont pour elle « pas des outils neutres », estimant que la reconnaissance par l’Etat de catégories ethniques ou raciales risquerait de les « essentialiser ».