Déconfinement : Emmanuel Macron loue sa gestion de la crise lors d’une opération de communication

ALLOCUTION PRESIDENTIELLE « 20 Minutes » a demandé à deux politologues d’analyser le discours du président de la République au cours duquel il s’est félicité, dimanche soir, de sa gestion de la crise

Thibaut Chevillard

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Le chef de l'Etat s'est exprimé dimanche soir à la télévision durant une vingtaine de minutes
Le chef de l'Etat s'est exprimé dimanche soir à la télévision durant une vingtaine de minutes — THOMAS SAMSON / AFP
  • Emmanuel Macron a, dimanche soir, défendu pied à pied sa gestion de la crise lors d’une allocution télévisée d’une vingtaine de minutes.
  • « 20 Minutes » a demandé aux politologues Virginie Martin et Martial Foucault d’analyser le discours du chef de l’Etat.

Le ton est solennel mais optimiste. « Nous allons retrouver pleinement la France. » Le président de la République s’est exprimé dimanche soir durant une vingtaine de minutes, pour la quatrième fois depuis le début de la crise du coronavirus. Une crise, à entendre  Emmanuel Macron, qui est désormais (presque) derrière nous et qui a été parfaitement gérée par son gouvernement.

« Il a balayé les problèmes en dix ou vingt secondes », déplore la politologue Virginie Martin, professeure chercheuse à Kedge Business school et présidente du think tank Différent. La pénurie de masques ? Les gaffes de Sibeth Ndiaye ? Le ras-le-bol des soignants ? « Il ne donne pas vie à ses manquements puisqu’il ne les reconnaît pas », insiste la politologue.

De là à penser qu’il ne s’agissait que d’une opération de communication, il n’y a qu’un pas. « Il y a des éléments qui le font penser », sourit le politologue Martial Foucault, directeur du Cevipof. Emmanuel Macron, qui « a dit "je" une trentaine de fois en vingt minutes », a voulu apparaître comme « ayant été le président qui a fait les meilleurs choix dans le contexte », le « gardien des bonnes actions », celui qui donne le tempo en Europe.

Il remarque aussi que le chef de l’Etat a « grillé la priorité au Premier ministre » qui doit s’exprimer le 22 juin prochain pour évoquer la prochaine phase du plan de déconfinement. « En première ligne depuis plus de trois mois », Edouard Philippe a la cote auprès des Français qui, selon les derniers sondages, souhaitent majoritairement qu’il reste à Matignon en cas de remaniement. « Macron prend les gens de court, grille les priorités. Il l’avait fait en 2017 avec Hollande, rappelle de son côté Virginie Martin. Il fait des "guerres éclair" et il continue de maîtriser l’agenda. Il maîtrise le temps et l’espace. En politique, c’est important. »

« Aucune indication très claire »

« Jupiter » a bien fait quelques annonces dimanche soir. La réouverture des cafés et restaurants en Ile-de-France dès lundi, des crèches, des écoles et des collèges pour tous à partir du 22 juin… Il a surtout évoqué à plusieurs reprises la « reconstruction » du pays sans expliquer pour autant comment il comptait s’y prendre concrètement. « Il n’y a aucune indication très claire permettant d’établir une feuille de route pour un futur gouvernement, reprend Martial Foucault. Il a fixé des lignes beaucoup trop gazeuses. Attention à la douche froide s’il ne transforme pas tout ça en plan d’action concret d’ici sa prochaine allocution en juillet. »

« C’était du teasing », assure Virginie Martin. Elle estime que le président s’est contenté ce dimanche « d’asséner des mots » puissants et des formules toutes faites auxquelles chacun peut se raccrocher grâce à la « perception sélective ». « Mais tout ça ne fait pas pour autant un discours », note la politologue.

« Des mots »

Le chef de l’Etat a parlé de solidarité, d’écologie, d’indépendance… « Il a donné des éléments pour que tout le monde soit satisfait », observe Martial Foucault. Ecologie, Europe, souveraineté, indépendance… « Ce sont des mots qui masquent le fait qu’il compte bien maintenir son cap, voire le durcira », prédit Virginie Martin.

Alors que des manifestations contre les violences policières ont été organisées récemment, Emmanuel Macron a succinctement assuré de son soutien les forces de l’ordre. « Il n’a pas l’air de penser qu’il y a un problème de racisme dans la police », contrairement à ce que dénoncent des chercheurs, ou des institutions comme le Défenseur des droits, remarque Martial Foucault. « Le pays est à feu et à sang depuis trois ans et il nous parle d’un beau pays », ironise Virginie Martin. Et cette dernière de conclure : « Il travestit la réalité. Mais c’est ce que nous demande l’époque qu’il a parfaitement comprise, c’est malin. »