LREM : Contesté, Gilles Le Gendre sauve sa tête à la présidence du groupe à l’Assemblée nationale

MALADRESSE Une note explosive du patron du groupe LREM à l'Assemblée a fragilisé sa position, mais Gilles Le Gendre est toutefois parvenu à garder son poste

Thibaut Le Gal

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Gilles Le Gendre sauve sa peau.
Gilles Le Gendre sauve sa peau. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Une note explosive de Gilles Le Gendre révélée par Marianne a fragilisé sa position de chef de file des députés LREM.
  • Le document, critique à l'égard des députés marcheurs, a entraîné un début de fronde chez ces derniers, certains appelant à un changement à la tête du groupe.
  • Soutenu par les cadres de la majorité, Gilles Le Gendre a finalement sauvé son poste ce mardi.

On lui promettait l’échafaud, il a sauvé sa tête. Gilles Le Gendre a vu sa position de chef de file des députés LREM vaciller ces derniers jours, après la publication vendredi dans Marianne d’extraits d'une note adressée fin mai au président de la République. Dans ces écrits, l’élu de Paris plaide pour un changement de Premier ministre et propose un nouveau casting gouvernemental.

Au passage, l’ancien entrepreneur et journaliste n’est pas tendre avec ceux qui l'ont élu à leur tête en septembre 2018 et confirmé en juillet dernier. Il indique qu’il n’y aurait « aucun candidat crédible » pour Matignon au sein des députés LREM mais se propose lui-même comme ministre des Relations avec le Parlement. Il regrette, aussi, qu’Edouard Philippe se « garde bien d’intervenir dans les affaires de la majorité ». Une petite bombe qui l’a placé sur un siège éjectable. « Il est en grosse difficulté, cette note n’est pas sympa pour tous les députés qu’il dirige. Il faudrait lui apprendre à faire des notes blanches anonymes. Là, ça fait un peu pied nickelé », tranche un député.

Une note « du niveau du café du commerce »

La réunion de groupe de ce mardi, organisée dans la matinée par visioconférence, était donc très attendue. Gilles Le Gendre a pris la parole, vers 10h30, pour se défendre. « Même si je ne suis coupable de rien, je me sens redevable vis-à-vis de chacune et chacun d’entre vous pour réparer le lien de confiance qui a été abîmé », a lancé l’élu de Paris, selon des propos rapportés. Evoquant un simple « message » sur le réseau Telegram et un « casting détaillé » en cas de remaniement dont il ne serait pas « l’auteur », le chef des marcheurs a réaffirmé solennellement sa « confiance au Premier ministre Edouard Philippe et à son gouvernement », après l’avoir égratigné.

Quelques critiques ont fusé lors de ces échanges de près de trois heures. François Cormier-Bouligeon, élu du Cher, a demandé à Gilles Le Gendre d'« arrêt [er] de faire la danse du ventre pour entrer au gouvernement ». L’élu de la Creuse Jean-Baptiste Moreau a lui étrillé une note « du niveau du café du commerce ».

Mais alors que certains marcheurs annonçaient ces derniers jours un règlement de comptes fatal à leur président, aucun n’a finalement demandé son départ. « C’était plutôt une discussion d’apaisement, dans la gravité, chacun faisait attention aux mots utilisés », remarque Sylvain Maillard, député de Paris proche de l’intéressé.

Pas encore lâché par l’exécutif, Gilles Le Gendre reste en sursis

Il faut dire que d’emblée, le patron du groupe fragilisé a reçu le soutien de Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale et proche d’Emmanuel Macron. « Il a eu une parole ferme, rappelant que la division était notre mort programmée, et qu’elle était déplacée dans le contexte actuel. Il a appelé à la concorde, cela a donné le ton pour la suite », poursuit Maillard.

Le patron du parti présidentiel, Stanislas Guérini, l’a également conforté. Une manière de montrer aux 282 députés LREM que Gilles Le Gendre n’a pas encore été lâché par les plus hautes sphères de l’exécutif. « Cette réunion n’a rien donné. Il y a eu des pour et des contre et une volonté d’organiser un séminaire pour s’en reparler à la rentrée », confirme un autre élu.

Gilles Le Gendre s’offre donc un peu de répit. Mais pour combien de temps ? Cette fronde avortée intervient dans un contexte déjà délicat. Sa position a été fragilisée ces dernières semaines par le départ de députés LREM, entraînant la perte de la majorité absolue à l'Assemblée. Et, même balayée, l’affaire de la note risque de laisser des traces. « Cette note est maladroite, ça l’a terriblement affaibli, confie un député influent. Il faut un changement de cap pour notre groupe. Cette histoire a d’ailleurs montré que certains avaient des ambitions pour la suite. »