Municipales 2020 : Six villes à suivre au second tour pour comprendre les enjeux pour les grands partis

SCRUTIN LOCAL Seize millions d'électeurs sont appelés aux urnes le 28 juin prochain

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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Affiches municipales à Paris.
Affiches municipales à Paris. — Louise MERESSE/SIPA
  • Après les longues semaines d’arrêt provoquées par l’épidémie de coronavirus, la campagne municipale est repartie.
  • Près de 5.000 communes doivent encore désigner leur futur maire, après un premier tour marqué par un record d’abstention (55,36 %)
  • 20 Minutes a identifié six villes emblématiques des enjeux pour chacun des principaux partis politiques.

Après plusieurs semaines d’arrêt en raison de l’épidémie de coronavirus et plusieurs jours de tractation entre candidats, la campagne pour le second tour des  municipales est lancée. Près de 5.000 communes doivent encore désigner leur maire, après un premier tour marqué par un record d’abstention (55,36 %). 20 Minutes fait le point sur six villes à suivre le 28 juin pour chacun des principaux partis politiques.

RN : à Perpignan, Louis Aliot espère faire sauter le « front républicain »

L’enjeu local : Douze ans après son implantation dans la cité catalane, Louis Aliot va-t-il réussir son pari ? Après trois revers aux municipales, le député RN des Pyrénées-Orientales est le favori du second tour après son score de 35.6 % le 15 mars dernier. Mais comme en 2014, un « barrage anti-RN » s’est constitué. L’écologiste Agnès Langevine (EELV-PS, 14,5 %) et le député LREM Romain Grau (13 %) se sont désistés, appelant à faire barrage au Rassemblement national. Les deux candidats n’ont toutefois pas prononcé le nom du maire LR sortant toujours en lice, Jean-Marc Pujol (18 %), dont ils ont dénoncé le bilan pendant la campagne. « Pas facile de faire une campagne venimeuse anti-Pujol, puis de se désister et d’appeler à voter pour lui. L’automatisme du front républicain ne fonctionne plus, depuis que j’ai été élu député [en 2017] », estime à l’AFP Louis Aliot.

Et ailleurs ? Faire tomber cette ville de 120.000 habitants serait un beau symbole pour le Rassemblement national. Car ailleurs, si le parti de Marine Le Pen a fait réélire ses maires au premier tour dans la plupart des dix villes qu’il détenait depuis 2014, le scrutin marque l’échec de l’implantation du parti. Sa stratégie de briser les digues avec la droite, comme à Sète, n’a pas abouti, le candidat d’union des droites n’est arrivé qu’en quatrième position.

EELV : à Strasbourg, les écologistes feront face à l’alliance LR-LREM et au PS

L’enjeu local : Europe écologie-Les Verts peut espérer l’emporter dans la capitale du Grand-Est, où la candidate Jeanne Barseghian est arrivée en tête au premier tour avec près de 28 % des voix. Mais cette poussée écologiste, à Strasbourg comme ailleurs, a fait naître une alliance inédite entre la droite et les marcheurs. Celle-ci s’est concrétisée à Strasbourg par le rapprochement entre Alain Fontanel (LREM, 19.86 %) et Jean-Philippe Vetter (LR, 18.26 %). « On a vu émerger cette coalition anti-climat, ce rassemblement de conservateurs qui, au début de la campagne tentaient pourtant de s’accaparer l’écologie sous forme de greenwashing », dénonce Jeanne Barseghian. Le maintien de la candidature socialiste (19.8 %), faute d’accord, rend plus difficile une victoire des écologistes.

Et ailleurs ? Avec une poussée verte au premier tour, EELV pouvait espérer emporter plusieurs mairies le 28 juin prochain. Mais comme à Strasbourg, l’union entre la droite locale et les candidats LREM à Lyon, Bordeaux, Clermont-Ferrand ou Toulouse a rebattu les cartes. Par ailleurs, les alliances avortées avec les traditionnels alliés socialistes à Lille, Dijon ou Strasbourg fragilisent leurs possibilités de victoire.

LREM : dans la capitale, le rendez-vous manqué des municipales

L’enjeu local : À Paris, où Emmanuel Macron et ses troupes avaient réalisé de très bons scores en 2017 et 2019, les espoirs sont douchés. La candidate LREM Agnès Buzyn n’a engrangé que 17 % des voix le 15 mars, loin derrière la socialiste Anne Hidalgo (30 %) et la LR Rachida Dati (22 %). La campagne a été marquée par la dissidence de Cédric Villani et l’abandon de Benjamin Griveaux, après la publication de vidéos intimes. L’entre-deux tours a tourné au calvaire pour les marcheurs, notamment après des propos explosifs de l’ancienne ministre de la Santé au Monde sur la gestion de l’épidémie au sommet de l’Etat. La candidate LREM se maintient finalement pour le second tour, sans alliance, et lâchée par sa candidate dans le 5e arrondissement.

Et ailleurs ? Après des résultats globalement décevants au premier tour, LREM aborde le second tour avec des alliances en ordre dispersé, plutôt à droite, pour faire front contre la gauche et les Verts, comme à Strasbourg ou Clermont-Ferrand. A Lyon, l’ex ministre Gérard Collomb, marcheur historique, s’est allié avec LR pour la présidence de la métropole, conduisant LREM à ne plus le soutenir. Si l’objectif, modeste, de faire élire 10.000 conseillers municipaux, peut être atteint, les marcheurs n’ont que très peu de chances de conquérir une grande ville, à l’exception d’Aix-en-Provence. La victoire du Premier ministre Edouard Philippe, soutenu par LREM au Havre, pourrait n’être qu’un maigre lot de consolation pour le gouvernement.

LR : à Saint-Etienne, la prime au sortant

L’enjeu local : Dans l’ancienne ville minière, le maire LR sortant Gaël Perdriau a engrangé plus du double de voix (46,88 %) de son adversaire de gauche Pierrick Corbon (21,31 %) au premier tour. Même si ce dernier a fusionné avec la liste écologiste (12,42 %), la droite est favorite pour le second tour, comme dans presque toutes les villes qu’elle détient. Reste le risque de l’abstention : seul un tiers des électeurs s’étaient déplacés le 15 mars dernier.

Et ailleurs ? Le parti est assuré de conserver son bon ancrage local. Il revendique avoir remporté seul 30 % de villes de plus de 9.000 habitants au premier tour, et 56 % avec ses alliés. Les maires sortants François Baroin à Troyes, Arnaud Robinet à Reims ou Natacha Bouchart à Calais ont été réélus sans difficulté. « L’ambition est de continuer sur cette lancée », affirme le patron des Républicains Christian Jacob. Les candidats LR sont en ballottage favorable à Nice, Nîmes, Mulhouse, Limoges, Belfort ou encore Montauban. Mais le maire sortant de Toulouse Jean-Luc Moudenc est face à un front de gauche, et à Marseille, bastion de la droite, la candidate Martine Vassal, affaiblie par une dissidence, a été devancée par une union de la gauche.

PS : à Nancy, un parti en quête de renaissance, allié avec les Verts

L’enjeu local : Nancy, à droite depuis l’après-guerre, basculera-t-elle à gauche ? Dans le chef-lieu de la Meurthe-et-Moselle, le maire radical sortant Laurent Hénart (34,71 %) a été devancé au premier tour par le socialiste Mathieu Klein (37,89 %), président du département. Ce dernier peut profiter de la fusion de sa liste avec celle de l’écologiste Laurent Watrin (10,24 %). S’il l’emporte, il devra choisir entre ses deux mandats, et il accrochera une belle victoire au tableau du PS.

Et ailleurs ? « Ces élections municipales doivent être l’acte de renaissance de la gauche française qu’on avait annoncé comme morte après 2017 », indique Pierre Jouvet, secrétaire national du parti. En difficulté au niveau national, le parti à la rose semble bien parti pour conserver ses 25.000 élus locaux et ses grandes villes, comme Lille, Nantes, Rennes, Brest, Dijon… et Paris. Outre Nancy, il pourrait aussi conquérir Bourges et récupérer Quimper, où une triangulaire incertaine se jouera le 28 juin. Les socialistes ont conclu des alliances avec leurs traditionnels alliés écologistes au Mans ou à Rouen. Mais les tractations ont échoué dans d’autres communes.

PC : à Saint-Denis, les divisions menacent les communistes

L’enjeu local : Dans ce fief communiste historique de 111.000 habitants, c’est le socialiste Mathieu Hanotin qui a pris les devants le 15 mars dernier (35.3 %). L’ancien député, proche de Benoît Hamon, peut espérer faire tomber la ville en récoltant une partie des voix du candidat LREM, non qualifié au second tour (9,79 %). D’autant qu’un coup de théâtre est arrivé ces derniers jours. Le maire sortant PCF Laurent Russier (24 %) n’a pas réussi à s’entendre avec l’insoumis Bally Bagayoko (18 %). Et même si ce dernier, ancien membre de la majorité, a retiré sa candidature, la tension entre les deux camps est forte. Le taux d’abstention, à un niveau record de près de 70 % au premier tour, pourrait être prépondérant.

Et ailleurs ? Confiant, le Parti communiste estime pouvoir garder l’essentiel de ses 61 villes de plus de 10.000 habitants. « Le PCF a une implantation locale forte. D’ailleurs le premier tour a montré que nous étions la troisième force en nombre d’élus locaux », a réagi le patron du parti Fabien Roussel jeudi sur Public Sénat, évoquant plus de 1.000 conseillers municipaux élus dès le premier tour. Un scrutin sera plus scruté que les autres : au Havre, le député PCF Jean-Paul Lecoq (35,88 %) espère faire tomber le Premier ministre Edouard Philippe (43,60 %), mais l’absence d’accord avec la liste menée par EELV (8,28 %) pourrait lui coûter cher.