Municipales 2020 : L’allongement des tractations d’entre-deux tours change la donne

CAMPAGNE Le 23 mai, les candidats aux municipales ont appris que le second tour aurait lieu le 28 juin

Laure Cometti

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Un homme devant les affiches des élections municipales à Marseille.
Un homme devant les affiches des élections municipales à Marseille. — Fabien Dupoux/SIPA
  • Le second tour des municipales, reporté à cause de la crise sanitaire, aura lieu le 28 juin. Cette annonce, faite le 23 mai par le Premier ministre, a relancé une campagne brusquement suspendue le 17 mars, avec le confinement.
  • Les candidats qualifiés pour le second tour, dans environ 5.000 communes, peuvent déposer leur liste jusqu’au 2 juin, ce qui leur aura laissé une dizaine de jours pour discuter d’éventuelles fusions ou soutien, contre à peine 48 heures habituellement.
  • Dans plusieurs villes, ces tractations peuvent être décisives sur l’issue du scrutin, et ce laps de temps supplémentaire n’est pas anecdotique.

D’habitude, c’est une course contre la montre. Cette année, l'épidémie de coronavirus a transformé l’entre-deux tours des municipales en marathon. Entre l'annonce de la date du second tour de scrutin, le 23 mai dernier, et la date butoir du 2 juin pour le dépôt de liste, officialisée ce mercredi, les candidats des 5.000 communes concernées disposeront d’une dizaine de jours au total pour nouer d’éventuelles alliances en vue du 28 juin.

Traditionnellement, les candidats n’ont que deux petits jours (et deux nuits) après le premier tour pour discuter avec leurs adversaires. Dans plusieurs villes, ce délai supplémentaire pourrait être décisif, en particulier après un premier tour marqué par une abstention historique. Depuis l’annonce de la date du second tour, la campagne redémarre, tout comme les négociations entamées le soir du 15 mars.

« Prendre du recul »… ou « changer de stratégie » à Annecy ?

A Annecy, Frédérique Lardet apprécie de disposer de plus de temps. « Ces deux mois ont permis de prendre un peu de recul… Ça a conforté le dialogue avec certaines listes, et ça a permis d’en ouvrir avec d’autres qui ne nous parlaient pas », constate la députée de Haute-Savoie, ex-LREM. Arrivés en troisième position au premier tour avec 21,5 % des voix, Frédérique Lardet et ses colistiers avaient commencé à discuter avec la liste menée par l’écologiste François Astorg, forte de 27,87 % des suffrages. « On a de nouveau voté pour une fusion, reste à savoir avec qui. On a une semaine pour caler les choses. »

Car il y a du nouveau par rapport au 15 mars : « J’ai été approchée par le maire sortant qui ne m’avait pas contactée après le premier tour, et qui ne souhaitait pas de fusion. On dirait qu’il a changé de stratégie depuis. En tout cas, on ne se vendra pas au plus offrant », assure-t-elle. L’édile, Jean-Luc Rigault (UDI), est arrivé de justesse en première position au premier tour (28,4 %).

Plus de temps pour faire l’union à gauche au Havre ?

Au Havre, les choses ont également changé en dix semaines, et le temps de négociation supplémentaire pourrait permettre à la gauche de se rassembler face au Premier ministre. Le 15 mars, le Premier ministre Edouard Philippe s’est retrouvé en ballottage, avec 43,6 % des voix, face au député communiste Jean-Paul Lecoq (35,88 %). Huit petits points les séparent, soit exactement le score réalisé par la liste PS-EELV, menée par Alexis Deck. Après l’annonce des résultats, dimanche 15 mars, les deux hommes n’étaient alors pas parvenus à un accord. « On avait discuté dans la nuit de dimanche, ça a été très difficile », raconte le député. « Pourtant on était d’accord à 98 % sur le programme ». « 95 % », selon le conseiller municipal socialiste Matthieu Brasse, numéro 3 sur la liste PS-EELV. L’échec d’une alliance en mars, « c’était un problème de personnes, de déclarations faites pendant la campagne », regrette-t-il.

Mais le 23 mai, après le discours d’Edouard Philippe annonçant le vote le 28 juin, « Alexis Deck a décidé de se retirer et de signer un accord de fusion », raconte son colistier. « Après avoir longuement consulté et réfléchi, je considère que mon destin politique personnel est moins important que la possible victoire d’une alternance de la gauche et de l’écologie au Havre », indique l’écologiste, contacté par 20 Minutes, dans un communiqué envoyé lundi.

Sonder ses adhérents et « prendre le temps » de la négociation

« Dans un entre-deux tours classique, on a 12 heures pour savoir si on fusionne ou non. Là on a une semaine, ça laisse le temps d’amener les choses, de pouvoir expliquer et s’expliquer », apprécie Matthieu Brasse. « Si le second tour avait eu lieu le 22 mars, c’était fichu pour une alliance », estime Jean-Paul Lecoq. Des discussions vont donc avoir lieu en vue d’un accord, qui « changerait la donne pour le 28 juin. Une fusion engagerait une dynamique à gauche », espère le socialiste.

A Bourges, le collectif de gauche (PS, PCF, GRS, EELV, LFI, Génération. s) mené par Yann Galut, arrivé en tête, a repris les discussions lancées juste après le premier tour avec la liste divers gauche d’Irène Felix (17,33 %). « La discussion n’a plus rien à voir avec celle qu’on avait eu en mars, le confinement a rebattu les cartes », constate-t-il, appréciant de pouvoir discuter « en dix jours et non en 48 heures ». « On prend le temps, sereinement, on peut rentrer dans les détails du projet… mais il me tarde que les listes soient déposées pour entrer dans le vif de la campagne. »

De son côté, La République en marche prend même le temps de sonder ses adhérents sur une éventuelle fusion au second tour, d’après Le Berry républicain. Les marcheurs soutiennent le maire de Bourges sortant Pascal Blanc (Mouvement radical), deuxième ex aequo avec le candidat divers droite Philippe Mousny (24,25 %). Une fois les listes déposées, la campagne officielle pour le second tour débutera le 15 juin. Là aussi, elle sera plus longue qu’à l’accoutumée.