Coronavirus : Après la crise sanitaire, le pouvoir d'achat au cœur des débats politiques

SOCIAL Le pouvoir d’achat, imposé dans le débat public par le mouvement des « gilets jaunes » en 2018, fait l’objet de nombreuses propositions de la part des politiques

Laure Cometti

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Un supermarché de Montpellier à l'heure du coronavirus en avril 2020 (photo d'illustration)
Un supermarché de Montpellier à l'heure du coronavirus en avril 2020 (photo d'illustration) — Xavier Malafosse/SIPA
  • Des politiques de tous bords alertent sur le risque d’une baisse du pouvoir d’achat en raison de l'épidémie de coronavirus.
  • La majorité planche sur un « chèque déconfinement », distribué aux ménages modestes, tandis que l’opposition plaide pour des allocations, un gel des impôts ou encore la gratuité des autoroutes cet été.
  • Le gouvernement est, en tout cas, sensible à la question du pouvoir d’achat, tant par pragmatisme économique, pour relancer la consommation, que par expérience politique, après avoir essuyé des mois de contestation de la part des « gilets jaunes ».

Après la crise sanitaire, la crise économique. Alors que l’épidémie de coronavirus a fortement ralenti la croissance, des politiques de tous bords plaident pour des mesures en faveur des ménages les plus modestes, anticipant leurs difficultés économiques. Le parti présidentiel a planché sur des mesures post-crise, dont un « chèque déconfinement » pour les familles précaires. Au gouvernement, Gérald Darmanin plaide pour que davantage de salariés perçoivent un intéressement en cas de bénéfice dans leur entreprise, pour qu'« ils augmentent leur pouvoir d’achat », explique-t-il dans le Journal du dimanche.

Dans l’opposition, certains demandent au gouvernement de renforcer son soutien financier aux ménages en difficulté, tandis que d’autres réclament la gratuité des autoroutes. Le pouvoir d’achat, au cœur des revendications du mouvement des « gilets jaunes » en 2018, est de nouveau au centre des préoccupations des politiques.

De fortes attentes des Français

Lieu commun des promesses de campagne, le pouvoir d’achat est un enjeu prioritaire pour les Français, depuis plusieurs années, d’après les enquêtes d’opinion. Et pour cause : près de 9 millions d’habitants vivaient sous le seuil de pauvreté en 2017 (avec moins de 1.000 euros par mois), et le salaire médian était d'environ 1.700 euros. « Si la pandémie a momentanément placé la santé en tête des préoccupations, le coût de la vie et le chômage restent des attentes très fortes », souligne Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof.

Les prévisions de récession, d’inflation et de hausse du chômage, explique que les politiques s’emparent de ce sujet. Mais le climat social joue aussi, selon le politologue. « Les Français sont habitués à entendre les dirigeants dire qu’il faut limiter les dépenses publiques. Or depuis mars, les discours annonçant des milliards d’euros se sont multipliés. Cela joue sur la perception de l’économie par l’opinion, et peut accroître les revendications de pouvoir d’achat et de revalorisation salariale », développe Bruno Cautrès. Le gouvernement a déjà ajouté 110 milliards d’euros de dépenses au budget 2020, en grande partie pour soutenir les entreprises et financer le chômage partiel.

De la droite à la gauche

Cet enjeu n’échappe ni au gouvernement, ni à la majorité. « La situation économique et sociale est la préoccupation numéro 1 », assure Roland Lescure, député LREM et président de la Commission des affaires économiques. Outre les secteurs d’activité en difficulté, « il y a des enjeux de revenus pour les plus démunis ». Le patron du parti présidentiel, Stanislas Guerini, a défendu ce lundi sur Europe 1 un « chèque déconfinement pour « les familles les plus précaires », afin de « ne laisser personne sur le bord du chemin ». « Il faut que ce soit une mesure ciblée, pour les premières victimes de la crise, ceux qui ont perdu leur emploi », complète Roland Lescure.

Sur une autre chaîne de radio, ce lundi, l’ancien président socialiste François Hollande a défendu la même mesure, plaidant pour distribuer ce chèque, entre 300 et 700 euros, à « 10 millions de Français ». « Il faut qu’il y ait une reprise de la consommation », a-t-il insisté sur France Inter.

La porte-parole des Verts, Eva Sas, a demandé au gouvernement de soutenir les ménages, sur LCI dimanche, en versant une allocation de « 500 euros mensuels pour les allocataires de minima sociaux ». Quant aux Républicains, leur plan de déconfinement comprend plusieurs propositions pour le pouvoir d’achat, comme la défiscalisation des heures supplémentaires ou un gel des hausses d’impôts pendant un an.

Un effet « gilets jaunes » ?

Cette préoccupation trouve aussi ses racines dans l’histoire récente, selon Bruno Cautrès. « Si on n’avait pas eu la crise des "gilets jaunes", puis le mouvement contre la réforme des retraites, les thématiques de la compétitivité économique ou du remboursement des dettes auraient pris le pas à l’issue de la crise sanitaire », estime-t-il. En 2018, les gilets jaunes avaient déjà contraint Emmanuel Macron à prendre des mesures pour renforcer le pouvoir d’achat, chiffrées à 17 milliards d’euros.

Le « chèque déconfinement » pourrait être une nouvelle réponse aux difficultés de nombreux ménages, et une mesure pour se distancier de l’image du « président des riches », ajoute Bruno Cautrès. Mais la marge de manœuvre est étroite : le gouvernement a promis qu’il n’augmenterait pas les impôts, malgré les importantes dépenses publiques engagées pour faire face à la crise du coronavirus. Comment résoudra-t-il cette équation complexe ? Il a encore quelques mois pour y réfléchir, avant le débat sur le budget de l’Etat, à la rentrée à l’Assemblée.