Coronavirus : Emmanuel Macron très attendu sur son plan pour l’hôpital

BLOUSES BLANCHES Le chef de l’Etat est très attendu sur le « Ségur de la santé », grande négociation qui s’ouvrira le 25 mai avec les professionnels de l’hôpital, en particulier pour améliorer leurs conditions de travail et de rémunération

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron lors de sa visite à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, le 27 février 2020. (illustration)
Emmanuel Macron lors de sa visite à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, le 27 février 2020. (illustration) — Stephane Lemouton-POOL/SIPA
  •     Emmanuel Macron a reconnu « une erreur dans la stratégie » des réformes engagées depuis 2017 dans le domaine de la santé.
  •   Le chef de l’Etat a promis des annonces fortes pour mettre fin à la « paupérisation » des hôpitaux, notamment, où la contestation a repris.
  •   Des annonces sont prévues à la mi-juillet, à l’issue du « Ségur de la santé », la grande négociation qui s’ouvre le 25 mai avec les professionnels.

Chose inédite ou presque depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron a fait un mea culpa, le 15 mai, dans l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière. « On a sans doute fait une erreur dans la stratégie » des réformes engagées depuis 2017 dans la santé. Bousculé par des soignants lors de cette visite surprise, le chef de l’Etat s’est engagé à mettre fin à la « paupérisation » de l’hôpital, concédant avoir pris jusqu’à présent des mesures « pas du tout suffisantes ».

« Nous n’avons été ni assez vite, ni assez fort » ces dernières années, a répété le ministre de la Santé, Olivier Véran, mercredi à l’issue du Conseil des ministres. Pour y remédier, l’exécutif lance lundi une grande négociation avec les professionnels de santé. Critiqué sur la gestion de la crise liée au coronavirus, le gouvernement est très attendu.

D’une colère sectorielle à une mobilisation populaire ?

« Avant l’épidémie, le gouvernement n’avait pas pris la mesure de la profonde injustice pour le personnel soignant, qui est depuis plusieurs années le dindon de la farce. La crise a permis de remettre ces professions à la place qu’elles méritent », indique Annie Chapelier, infirmière et députée ex-LREM du Gard. « Il faut augmenter les salaires, le personnel, et améliorer l’organisation des services de santé. »

Ces revendications sont au cœur des mobilisations des hôpitaux depuis plusieurs années. Les manifestations s’étaient enchaînées avant la crise, et elles reprennent depuis la levée du confinement, à Nantes, ou Paris et Saint-Denis ce mercredi. Plusieurs organisations appellent aussi à un rassemblement national le 16 juin. Mais l’épidémie de coronavirus a aussi sensibilisé une partie de la population aux enjeux du secteur, à l’image des applaudissements quotidiens des Français en soutien aux soignants.

« Cette crise est un vrai révélateur pour la population, et les politiques. On se rappelle combien on est fier de l’hôpital public, et qu’il faut protéger ce trésor national », observe le député LREM de Charente Thomas Mesnier, médecin urgentiste.

« La grogne hospitalière va tenter de profiter de la crise pour renverser la table et l’exécutif est obligé d’apporter des réponses fortes sur le personnel, les moyens, la production française, car la menace sanitaire est permanente », estime François Patriat, le chef de file des sénateurs LREM et proche du chef de l’Etat.

Une prise de conscience de l’exécutif

Pour une partie de l’opposition, ce « Ségur de la santé » (du nom de l’avenue sur laquelle se situe le ministère) arrive bien tard. Les parlementaires de La France insoumiseont notamment dénoncé mercredi le « fiasco du pouvoir macroniste » face au coronavirus, résultant d’un « service public de santé à bout de souffle » et d’un « Etat social démantelé ».

Depuis son arrivée à l’Elysée, Emmanuel Macron a fait voter la loi « Ma santé 2022 » et deux réformes, sur les urgences et l’hôpital. Mais la majorité, à l’unisson avec le chef de l’Etat, concède désormais qu’elles n’étaient pas à la hauteur. « Ce nouveau plan est un message fort envoyé par le président », souligne Thomas Mesnier, ex-rapporteur du projet loi adopté en juillet 2019. « L’hôpital public était un angle mort de ce texte, d’où l’ajout d’un plan en novembre 2019, que les professionnels de santé trouvaient insuffisant. On avait pourtant repris un tiers de la dette des hôpitaux ».

François Patriat nuance la responsabilité du gouvernement. « Je n’aime pas trop la contrition, il faut assumer ce qu’on a fait. Personne n’a investi autant que nous dans l’hôpital en trois ans, avec notamment 1,5 milliard d’euros dans le plan hôpital en novembre », indique le sénateur. « Ce n’est pas ce gouvernement qui a péché. Seulement, personne n’a eu à affronter un tel drame avant nous ».

Un calendrier serré

L’Elysée veut désormais aller vite. Le gouvernement tirera « au plus tard à la mi-juillet » les conclusions des concertations. Thomas Mesnier se dit « optimiste » sur l’issue des discussions, même s’il avait échoué à faire adopter une augmentation des salaires des soignants en 2019. « Le coût avait été un obstacle. Aujourd’hui, l’hôpital est l’une des priorités. » Ce changement de braquet est aussi facilité par la politique de relance européenne post-coronavirus, qui offre du mou aux Etats de l’UE en matière dépenses publiques.

Annie Chapelier insiste sur l’urgence de la situation. « Les malades qui ont reporté leurs interventions commencent tous à revenir. Les soignants n’auront donc pas de répit, pas de vacances. Ils ont travaillé non-stop pendant trois mois, et vont continuer cet été. »