Coronavirus : Tout comprendre au plan de relance européen de 500 milliards d’euros d’Emmanuel Macron et Angela Merkel

EUROPE Paris et Berlin ont proposé un plan inédit de 500 milliards d’euros pour soutenir l’économie de l’Union européenne, très affectée par la crise liée au coronavirus

Thibaut Le Gal

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La chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron, donnent une conférence de presse commune le 18 mai sur la relance de l'Union européenne.
La chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron, donnent une conférence de presse commune le 18 mai sur la relance de l'Union européenne. — AFP
  • Emmanuel Macron et Angela Merkel ont proposé lundi la création d'un fonds de relance européen « ambitieux, temporaire et ciblé » de 500 milliards d’euros afin d’aider l'UE à surmonter la crise historique engendrée par la pandémie de coronavirus
  • Cette première étape vers une mutualisation européenne de la dette est « un tournant historique », salue l’eurodéputé LREM Stéphane Séjourné.
  • Mais ce plan de relance suscite déjà des interrogations et des critiques.

Un plan inédit pour l’Europe. Emmanuel Macron et Angela Merkel ont proposé lundi la création d'un Fonds de relance « ambitieux, temporaire et ciblé » de 500 milliards d’euros afin d’aider l'Union européenne à surmonter la crise historique engendrée par la pandémie de coronavirus. « Pour la première fois, ensemble, avec l’Allemagne, ce que nous proposons aux 27 pays membres de l’UE, c’est de lever une dette commune sur les marchés », a salué le président français.

Après des semaines d’hésitation, voire de tensions en Europe autour de la crise liée à l’épidémie, le couple franco-allemand souhaite avancer. Mais ce plan de relance suscite déjà des interrogations et des critiques.

Pourquoi ce plan de relance est-il « historique » ?

Pour limiter la récession sur le continent, Paris et Berlin souhaitent créer un fonds de 500 milliards d’euros dans le cadre du prochain budget de l’UE. Les capitales proposent que cette enveloppe soit financée par des emprunts de la Commission européenne sur les marchés « au nom de l’UE », et non pas par les Etats eux-mêmes. « C’est un tournant historique. Pour la première fois, la Commission va lever de la dette et cet argent va être distribué aux secteurs d’activité et aux régions européennes les plus en difficultés », salue l’eurodéputé LREM Stéphane Séjourné.

« Il ne s’agit donc pas de prêts aux Etats mais de véritables dotations », ajoute le président de la délégation française du groupe Renew Europe au Parlement européen. En clair : les pays n’auront pas à rembourser directement les sommes perçues. Le remboursement pourrait être effectué à partir du budget de l’Union européenne, financé par l’ensemble des Etats membres. Il s’agirait d’une première étape vers une mutualisation de la dette au niveau européen, à laquelle Berlin mais aussi des pays de l’Europe du Nord ont longtemps été hostiles.

Un plan déjà très critiqué au Nord de l’Europe

Si cette annonce a suscité l’enthousiasme des pays du Sud, l’Autriche, la Suède, les Pays-Bas, ou le Danemark se montrent bien plus réticents. Après concertation avec ses homologues, le chancelier autrichien Sebastian Kurz a indiqué sur Twitter que leur position « n’avait pas changé ». Les responsables de ces pays se sont dits prêt à aider avec « des prêts et non des subventions », et ne souhaitent pas d’augmentation du budget de l’UE, mais une redistribution de ses ressources. Une manière de balayer le projet de mutualisation des dettes, qui a été critiqué en Allemagne également.

« Un principe d’accord franco-allemand a toujours du poids au niveau européen, donc je pense que le plus dur est fait », veut croire Stéphane Séjourné. « Il faudra ensuite discuter toutes les modalités pour faire accepter cet accord et donner, le 27 mai, lors du prochain sommet, un mandat clair à la présidente de la Commission européenne. » Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, s’est toutefois montré moins enthousiaste ce mardi : « Ce sera une partie difficile, il ne faut pas se le cacher ».

Un accord accueilli de manière contrastée en France

Interrogé par France Info, l’eurodéputé David Cormand note un « premier pas symbolique en termes de volume », mais le plan est selon lui « très en deçà de ce qu’il faudrait faire ». Le patron du PS, Olivier Faure, a lui aussi salué ce « pas » dans la mutualisation des dettes.

Manuel Bompard se montre plus sceptique. « On reste sur un schéma d’augmentation des dettes, regrette l’eurodéputé La France insoumise. Certes, elle est désormais européenne, mais quelqu’un va bien devoir la payer, ce sera les Etats membres, à proportion de leur participation au budget européen. » L’élu plaide pour une annulation de ces dettes. « Le texte de l’accord soutient également que ces aides seront conditionnées à des mesures de réformes, poursuit-il, c’est-à-dire que des restrictions budgétaires seront demandées en contrepartie aux gouvernements ».

Marine Le Pen a, pour sa part, dénoncé sur Twitter « une fuite en avant fédéraliste » : « Nous allons perdre encore en souveraineté, payer encore plus pour l’UE, et peut-être aller demain vers un impôt européen. »

Des critiques balayées par Stéphane Séjourné : « Certains chercheront toujours à critiquer. Mais je crois qu’on en est loin de demander aux gouvernements de faire des coupes budgétaires. La Commission a tiré les conséquences de la crise de 2008, qui a amené au pouvoir Salvini [patron du parti italien d’extrême droite la Ligue] notamment », dit-il. « Il s’agit au contraire d’un plan keynésien d’investissement sur le long terme. » Reste maintenant à le faire valider par les 27 Etats de l’UE.