Coronavirus : Pourquoi le casse-tête des municipales est loin d'être résolu

BULLETIN CONFINE Pour organiser le second tour des municipales fin juin, le gouvernement a consulté des scientifiques et sondera mercredi les responsables politiques de la majorité et de l'opposition

Laure Cometti

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Le premier tour des municipales a eu lieu le 15 mars en France.
Le premier tour des municipales a eu lieu le 15 mars en France. — SEBASTIEN BOZON / AFP
  • Le conseil scientifique a formulé ses préconisations pour un éventuel report du second tour des municipales à la fin du mois de juin. Ces experts ont assorti leur avis, publié ce mardi, de multiples réserves, insistant sur la prise en compte de la situation épidémique dans les prochaines semaines.
  • Dans un premier temps, le gouvernement veut « écouter » toutes les forces politiques.
  • Edouard Philippe recevra mercredi soir à Matignon les responsables de parti, et n’exclut pas de soumettre la date du second tour à un débat au Parlement.

Alors que les écoles ont partiellement rouvert leurs portes, peuvent-elles faire office de bureaux de vote à la fin du mois de juin ? L’exécutif n’a pas encore décidé quand organiser le second tour des élections municipales. Appeler les électeurs aux urnes dès le mois prochain semble prématuré à certains, alors que la France commence à peine à se déconfiner, mais le décaler au mois de septembre bouleverserait le calendrier électoral et les élections sénatoriales, tout en prolongeant un entre-deux électoral qui concerne environ 5.000 communes et 16 millions d’électeurs.

Pour essayer de dégager un consensus scientifique et politique, le gouvernement a lancé deux initiatives. Il a saisi, le 13 mai, le conseil scientifique, panel d’experts installé par l’exécutif à la mi-mars pour l’éclairer dans sa gestion de crise sanitaire. Dans son avis, publié ce mardi, l’instance formule de nombreuses réserves quant à l’organisation d’un scrutin dans le pays en juin, sans se prononcer pour ou contre.

Prudence des scientifiques

Le conseil scientifique prévient que la campagne électorale sera « profondément modifiée » par l’épidémie de coronavirus, et détaille, sur une dizaine de pages, les précautions à prendre lors des opérations de vote. Dans son viseur, les « meetings électoraux », ainsi que les rencontres ou rassemblements physiques. Le panel estime aussi qu’il faudra « tenir compte de la situation épidémiologique dans les 15 jours précédant la date décidée du scrutin », et annuler le vote si nécessaire.

Cet avis, mitigé, n’a pas fait consensus au sein des experts. Le conseil précise, dans une note de bas de page, qu’un de ses membres, l’immunologue Jean-Laurent Casanova, a exprimé une opinion « dissidente », jugeant « nécessaire de reporter les deux tours » à septembre, pour ne pas « relancer l’épidémie en juin ».

Consulter les « forces politiques »

Voilà pour le volet scientifique. Mais le gouvernement veut aussi appuyer son choix sur un consensus politique, pour éviter la polémique sur le maintien du premier tour. « Avant de prendre position, le Premier ministre veut écouter. Il consultera les forces politiques mercredi à Matignon », explique l’entourage d’Edouard Philippe. Les responsables sont invités pour une réunion physique à 19 h.

Ce mardi, Emmanuel Macron a aussi sondé des élus locaux, lors d’une visioconférence à 16 h 30 avec une vingtaine de maires, dont Anne Hidalgo (Paris), Jean-Claude Gaudin (Marseille), Gérard Collomb (Lyon) ou encore François Baroin (Troyes), président de l’Association des maires de France. Plusieurs de ces maires sont favorables à un scrutin le mois prochain. Cette option permettrait de clore le feuilleton des municipales, et d’éviter de devoir refaire l’intégralité du scrutin dans les villes concernées. « D’un point de vue sanitaire, la tenue d’un seul tour de scrutin », plutôt que devoir en réorganiser deux, « est de nature à réduire les risques sanitaires, au sens statistique du terme », note le conseil scientifique.

Des politiques très partagés

Mais ce mardi, le président macroniste de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, a estimé qu’il n’était pas « raisonnable » d’envisager un vote dès la fin juin. Son homologue au Sénat, Gérard Larcher (Les Républicains), a jugé « sage » que le gouvernement demande un nouvel avis au conseil scientifique avant de tenir le second tour, une piste que Matignon ne nous a pas confirmée ce mardi.

A ce stade, l’opposition reste partagée. Le fondateur de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon semble opposé à un scrutin trop prématuré. « Pas de vote sans campagne électorale. Donc pas de vote sans garantie sanitaire du début à la fin », a tweeté le député des Bouches-du-Rhône. Les socialistes doivent prendre une position ce mardi soir, lors d'une réunion de leur bureau national. Marine Le Pen, elle, s’interroge sur les conditions sanitaires du vote. Sur Twitter, la patronne du Rassemblement national écrit que la « distribution de masque à chaque électeur » et de protections « FFP2 pour les assesseurs et présidents de bureaux » sont « essentiels, pour protéger, rassurer et éviter l’abstention ».

Pour trancher, le gouvernement pourrait décider de soumettre l’épineuse question au Parlement. Mais là encore, l’idée ne fait pas l’unanimité. L’organisation du deuxième tour « une décision qui appartient à l’exécutif », a déclaré au journal Le Monde le patron des Républicains, Christian Jacob. « Le gouvernement cherche à se cacher derrière le comité scientifique et derrière le Parlement ».