Coronavirus : La crise sanitaire va-t-elle faciliter l’union de la gauche ?

POLITIQUE Plusieurs initiatives émergent pour tenter d'unifier la gauche après la crise du coronavirus, mais la tâche s'annonce complexe

Thibaut Le Gal avec L.C.

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Olivier Faure du Ps devant les élus insoumis.
Olivier Faure du Ps devant les élus insoumis. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Plus de 150 responsables politiques et intellectuels de gauche ou écologistes signent ce jeudi une tribune pour réunir « une convention du monde commun ».
  • Une éventuelle union de la gauche, souvent évoquée, devra toutefois relever de nombreux défis.
  • Les insoumis dénoncent tout « mouvement où le PS ou la sociale-démocratie a une place centrale ».

Comme une impression de déjà-vu. Dans une tribune publiée dans six médias, ce jeudi, plus de 150 responsables politiques et intellectuels de gauche et écologistes – dont le député européen écologiste Yannick Jadot, le premier secrétaire du PS Olivier Faure ou encore le porte-parole du PCF Ian Brossat – appellent à constituer « une convention du monde commun » dans les prochains mois. Dans Le Parisien, le secrétaire national d’EELV Julien Bayou annonce, ce jeudi également, avoir écrit aux responsables de la gauche et aux syndicats pour organiser des « universités du monde d’après » et réfléchir ensemble à un projet de rassemblement.

Ces appels à un rassemblement de la gauche sont une Arlésienne. Car depuis la fin de  « la gauche plurielle », réunie autour de Lionel Jospin en 1997, les espoirs se sont à chaque fois heurtés aux différences idéologiques des partis et aux ambitions de leurs responsables.

Le coronavirus peut changer la donne

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, la gauche s’est parfois retrouvée sur des combats communs, contre la privatisation des aéroports de Paris ou dans l'opposition à la réforme des retraites. Mais l’unité ne va pas plus loin. C’était sans compter la crise liée à l’épidémie de coronavirus, espèrent les initiateurs des deux appels de ce jeudi. « On a un bouleversement majeur, du jamais vu, la moitié de l’humanité a été confinée, l’économie est à l’arrêt, et on a un gouvernement qui gère mal les choses. La crise favorise les discussions entre nous pour tracer un nouveau chemin. Elle minimise les différences qui semblaient auparavant rédhibitoires », veut croire Julien Bayou.

« Le coronavirus a un effet d’accélération, sur les solidarités ou sur la prise de conscience d’un besoin de transition écologique. L’urgence peut mettre fin aux guerres de chapelles et unifier nos idées, car nous avons besoin d’une maison commune », abonde Christian Paul, à l’origine de la tribune « Au cœur de la crise, construisons l’avenir ». L’ex-député PS poursuit : « Les jours heureux ne viendront pas naturellement, il faut une forte volonté et une dose d’optimisme ».

« Un projet commun ne peut se faire sans éléments de rupture »

Une seule dose d’optimisme pourrait ne pas suffire. Car ces nouveaux espoirs d’unité se heurtent aux mêmes écueils que les précédents. Le refus des insoumis d’embarquer dans ce type d’aventure illustre le clivage irréconciliable entre le camp social-démocrate et la gauche radicale, qui préfère en appeler à une fédération populaire. « Nous sommes actuellement dans la confrontation avec la politique du gouvernement… Je reste dubitatif sur tous ces appels souvent vagues, sans proposition de mobilisation, tellement attrape-tout qu’ils n’attrapent rien… », répond le député LFI Alexis Corbière, qui se dit toutefois « ouvert au débat ».

Son collègue de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel est plus tranché : « Un projet commun ne peut se faire sans éléments de rupture, et certainement pas dans un mouvement où le PS ou la social-démocratie a une place centrale. Cette union de la gauche relookée, avec des têtes sociales-démocrates, comme Yannick Jadot qui faisait, il y a peu, l’apologie du capitalisme vert, ne m’intéresse pas », tacle-t-il. « La crise a montré au contraire qu’il faut rompre avec le capitalisme financiarisé, les traités européens, la logique d’ouverture à la concurrence. Or tous ces sujets qui fâchent sont évités. »

« Mettons plutôt en avant ce qui fait consensus »

« On a eu des discussions avec des parlementaires, notamment Clémentine Autain [élue LFI de Seine-Saint-Denis]… », assure Christian Paul. « LFI a fait le choix d’une stratégie personnelle. On sait bien que Jean-Luc Mélenchon ne va pas changer d’idée à la faveur d’une tribune, mais ce n’est qu’une étape. Nous n’avons pas d’adversaire à gauche », ajoute l’ancien frondeur.

Mais au-delà même des insoumis, les sujets de divergences restent nombreux entre les différents partis de gauche, sur l’Union européenne ou l’économie. « On n’est pas d’accord sur tout, mais il faut être capable de se parler. Mettons plutôt en avant ce qui fait consensus : la nécessité de changer les règles actuelles de l’UE, stopper les accords de libre-échange, la transition écologique… », énumère Christian Paul. « L’écologie, la justice sociale, la démocratie, ça peut intéresser beaucoup de monde, confirme Julien Bayou. Ces appels à l’unité vont donc dans le bon sens. » Mais cela sera-t-il suffisant ?