Devant les risques de scission, LREM tente de colmater les fuites

LREM SANS FAMILLE Le groupe majoritaire tente d’éviter la création d’un groupe dissident de marcheurs « de gauche » à l’Assemblée nationale

20 Minutes avec AFP

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Gilles Le Gendre est le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale depuis septembre 2018.
Gilles Le Gendre est le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale depuis septembre 2018. — WITT/SIPA

Le bruit court depuis des mois, mais LREM est plus que jamais à l’affût : un neuvième groupe politique avec des « marcheurs » dissidents pourrait voir le jour sous peu à l’Assemblée, le gouvernement y voyant par avance un « contresens politique ». Les spéculations sur cette nouvelle entité axée sur les thèmes porteurs de l’écologie et du social ont été ravivées en fin de semaine dernière par la publication d’extraits d’une profession de foi provisoire dans Les Echos.

Depuis, une liste avec une vingtaine de noms circule pour former ce neuvième groupe dénommé « Ecologie démocratie solidarité ». Y figurent des ex- « marcheurs » comme Matthieu Orphelin (proche de Nicolas Hulot), des membres du « collectif social démocrate » comme Delphine Bagarry ou Martine Wonner, des « marcheurs » de l’aile gauche tels Aurélien Taché, Guillaume Chiche ou Cédric Villani (toujours membre du groupe LREM) et quelques non-inscrits comme Delphine Batho (ex-ministre PS à l’Ecologie).

« Un contresens politique »

La socialiste Cécile Untermaier, donnée comme membre, a démenti. Interrogé sur France Info, Aurélien Taché, a lui dit ne pas « particulièrement » souhaiter la création d’un tel groupe, ajoutant : « Je verrais quand les choses se présenteront si elles se présentent. » A l’issue du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a de son côté dit regretter « si tel était le cas », que « le ferment de la division soit à l’œuvre » dans une période « exceptionnelle », y voyant « un contresens politique ».

Le nombre de neuf groupes politiques serait un record. Et le groupe majoritaire (296 membres) est menacé de perdre la majorité absolue (289 sièges) qu’il détient pour l’heure à lui seul, un symbole fort même s’il peut s’appuyer sur les 46 MoDem et la dizaine d’élus Agir. D’où une certaine agitation à tous les étages. Selon des sources parlementaires, la diffusion de la profession de foi était une fuite orchestrée pour tenter de torpiller l’initiative. L’ensemble des « marcheurs » ont été aussitôt « rappelés à l’ordre », certains ayant pu ainsi être rattrapés au vol.

La République en miettes ?

Gilles Le Gendre a adressé un message aux troupes, mettant en garde contre « toute tentative de division ». Mardi, il a dit à la presse ses doutes sur la capacité d’un tel groupe à peser au vu des « hypothèses de chiffres qui circulent ». Certains élus pressentis ont jugé « pas opportun » un lancement en pleine crise sanitaire, comme Claire Pitollat ou Cécile Rilhac.

La création de cette nouvelle entité, qui pourrait s’inscrire en « groupe minoritaire » (et non groupe d’opposition), était jugée « inéluctable » par certains en interne dès mars, au vu du « potentiel en nombre et en frustrations politiques ». Certains élus légitimistes y voient l’occasion de se débarrasser des « passagers clandestins ». Pour Stanislas Guerini, c’est en outre « à contretemps » notamment politiquement, puisque la ligne qui sera portée pour la fin du quinquennat accordera « une part prédominante » aux sujets sociaux et écologiques.

En attendant, dans l’opposition, certains ne boudent pas leur plaisir, à l’instar de communistes ironiques : « après La République en marche, on a la République en miettes… »