Coronavirus : Unité nationale impossible, médecins au pouvoir… Cinq leçons politiques à tirer de la crise sanitaire

POLITIQUE Après deux mois de confinement, 20 Minutes revient sur les enseignement de la crise du coronavirus sur un plan politique

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron masqué.
Emmanuel Macron masqué. — Ian Langsdon/AP/SIPA
  • L’épidémie de coronavirus a aussi bousculé la vie politique française.
  • Dans un contexte de crise sanitaire et économique, l’unité nationale et le retour de l’ancien monde ont été évoqués... avant d'être rapidement balayés.
  • L’exécutif s’est appuyé sur la science pour gouverner, tandis que la droite libérale a approuvé l’endettement.

 

C’est le début du déconfinement. Depuis plus de deux mois, l’épidémie de coronavirus bouleverse notre société. La vie politique n’échappe pas à la règle. Mais a-t-elle vraiment changé ? Unité nationale, expertise scientifique, retour de l’ancien monde… 20 Minutes dresse un premier bilan après plus de huit semaines de confinement.

  • L’unité nationale a vite vécu

Dès le début de la crise, le 16 mars, Emmanuel Macron appelle à faire bloc contre le coronavirus, conviant « tous les acteurs politiques […] à s’inscrire dans cette unité nationale ». Lors de son allocution du 11 avril, le chef de l’Etat réitère, avec un appel à « bâtir un autre projet dans la concorde […] avec toutes les composantes de notre nation ». Mais une première polémique sur le maintien du premier tour des municipales montre que l’union nationale est fragile. Elle vole même en éclats dans les jours qui suivent, malgré les promesses de « transparence » du gouvernement. « L’unité nationale ne peut se faire sur le dos des Français. C’est pourquoi nous continuons à dénoncer les mensonges du gouvernement », résume le député RN du Nord Sébastien Chenu.

L’opposition reproche à l’exécutif à la fois sa gestion de la crise sanitaire et ses errements sur les masques, les tests, ou encore sur les mesures économiques. Le texte sur « l’état d’urgence sanitaire » est critiqué par certains opposants. La droite sénatoriale a d’ailleurs annoncé qu’elle saisira le Conseil constitutionnel sur la loi de prolongation de cet état d’exception et prévoit une commission d’enquête sur la crise sanitaire en juin.

  • La médecine a « pris le pouvoir »… mais pas jusqu’au bout

Emmanuel Macron a d’emblée prôné « la confiance dans la science ». Dès le 11 mars, un conseil scientifique composé de spécialistes des épidémies est ainsi mis en place. Puis un deuxième comité de chercheurs est créé le 24 mars, cette fois pour plancher sur les traitements et le dépistage.

« On est toujours à l’écoute de ce que nous disent les scientifiques. Finalement ce sont des décisions assez peu politiques, elle ne relève pas d’une doctrine ou d’une idéologie », expliquait à propos du port du masque le ministre de la Santé, Olivier Véran, le 30 avril sur LCI. Maintien des élections municipales, fermeture des écoles, confinement… L’exécutif a appuyé toutes ses décisions sur l’expertise médicale. Quitte à être accusé de se défausser sur les scientifiques, lorsque Edouard Philippe a par exemple imputé l'errement sur les masques à l’absence de consensus médical sur la question.

Mais Emmanuel Macron s’est finalement affranchi des médecins en annonçant un déconfinement à partir du 11 mai avec la réouverture des écoles, alors que le conseil scientifique recommandait de garder tous les établissements scolaires fermés jusqu’en septembre. « Quand il y a de l’incertitude, que des informations parfois contradictoires vous parviennent, le politique doit reprendre la main », justifie ainsi Bruno Bonnell, le député LREM du Rhône.

  • La dette explose et tout le monde s’en contente

Pour soutenir l’économie, fortement ralentie, le gouvernement a dégainé des aides aux entreprises et un plan de chômage partiel. Le budget 2020 a été rectifié, en hausse de 110 milliards d’euros côté dépenses, dont 24 pour financer le chômage partiel et 20 pour recapitaliser des entreprises stratégiques en difficulté. De quoi faire bondir la dette, qui devrait passer à 115 % du PIB cette année (+ 16 points), mais pas les politiques. Même la droite, traditionnellement attachée à la diminution des dépenses publiques, a, comme les autres élus, approuvé cette hausse de l’endettement. Un changement de doctrine économique facilitée par l’abandon des règles de discipline budgétaire par la Commission européenne

  • Une crise de confiance la plus sévère des pays européens

L’exécutif multiplie les interventions médiatiques pour tenter d’enrayer la défiance d’une partie des Français. Mais si la popularité d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe est globalement en hausse, la confiance dans le gouvernement pour faire face à l’épidémie connaît, pour sa part, une baisse dans la plupart des sondages. Elle n’est ainsi que de 39 %, selon un sondage Ifop paru dimanche 3 mai, en recul de 16 points par rapport à la mi-mars.

Cette défiance repose sur un « sentiment de tromperie » rappelait Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, évoquant les hésitations du gouvernement sur les masques ou les dépistages. La France est d’ailleurs le pays européen le plus touché. Selon un sondage Ipsos/Sopra Steria pour le Cevipof publié le 4 mai, 62 % des personnes interrogées en France se disent ainsi « insatisfaits » de l’action du gouvernement contre 26 % en Allemagne, 39 % au Royaume-Uni, et 45 % en Italie.

  • L’ancien monde tente de revenir

Et si, à la sortie de la crise, « l’ancien monde » était de retour ? Plusieurs personnalités politiques se rappellent au bon souvenir des Français (ou du moins des médias) ces dernières semaines. Manuel Valls, exilé à Barcelone, a alimenté l’idée d’un retour début mars en indiquant au Monde : « Je considère qu’à 57 ans je ne suis pas totalement terminé ». Son ex-rival Arnaud Montebourg a effectué plusieurs sorties dans les médias. Le ministre du Redressement productif de François Hollande, plutôt discret depuis sa reconversion dans le privé, a saisi l’opportunité de défendre son projet de « démondialisation » et de « patriotisme économique ».

Roselyne Bachelot a, elle, pris une revanche. Accusée d’avoir surréagi à la grippe H1N1 en commandant plus de 90 millions de vaccins, l’ancienne ministre de la Santé a défendu le principe de précaution. « J’ai été moquée mais je suis persuadée, et les éléments le prouvent, que la théorie de la préparation, de la préparation maximum, est la bonne », a-t-elle notamment confié au Figaro. Un autre ex-ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, a également fait son retour sur les plateaux télé. Il défend notamment le traitement à la chloroquine pour les patients atteints du Covid-19, et a lancé une pétition, recueillant plus de 500.000 signatures.