Coronavirus : A quelques jours du déconfinement, l'exécutif face à de nouveaux couacs et obstacles

GOUVERNEMENT Les modalités du déconfinement sont toujours critiquées par de nombreux acteurs locaux que le gouvernement tente de rassurer. Mais l'exécutif reste en proie à des couacs de communication

Laure Cometti

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Emmanuel Macron, le 22 avril 2020.
Emmanuel Macron, le 22 avril 2020. — SIPA
  • Alors que la date du 11 mai approche, le gouvernement doit présenter jeudi ses derniers arbitrages concernant le plan national de levée du confinement.
  • L’exécutif fait face à des réticences de la part des acteurs chargés de mettre en œuvre le déconfinement sur le territoire. Entre souplesse, écoute et fermeté, le sommet de l’Etat veut maintenir la date du 11 mai, et cherche à rassurer.
  • Un nouveau couac sur la mise en quarantaine a dû être clarifié dimanche par l’Elysée, alors que le gouvernement souhaite éviter de refaire les erreurs de communication qui ont marqué la gestion de crise depuis l'arrivée du coronavirus.

Les semaines s’enchaînent et se ressemblent parfois. Dans la dernière ligne droite avant le déconfinement, l’exécutif doit présenter jeudi les derniers détails de son plan et espère tourner la page des polémiques sur sa gestion de crise sanitaire. Mais sa communication suscite à nouveau des interrogations, après un couac concernant une éventuelle quarantaine à l’entrée des frontières françaises. En outre, la mise en œuvre du plan de déconfinement inquiète bon nombre d’acteurs de terrain.

L’Elysée obligé de clarifier le sujet de la quarantaine

La semaine a mal commencé : l’exécutif a semblé renouer avec les déclarations contradictoires qui avaient émaillé le début du confinement, instauré le 17 mars pour endiguer l’épidémie de coronavirus. Cette fois, c’est le sujet d’une mise en quarantaine des nouveaux entrants sur le territoire qui était au centre des débats. Samedi, à la sortie du Conseil des ministres, le ministre de la Santé Olivier Véran avait affirmé que les mesures de quarantaine, prévues dans le projet de loi de prorogation de l’état d’urgence sanitaire, s’appliqueraient « aux personnes entrant sur le territoire national ou arrivant dans un territoire d’Outre-mer ».

Mais l’Elysée a dû communiquer dimanche soir, 24 heures plus tard, pour annoncer que la quarantaine ne concernerait pas les personnes « en provenance de l’Union européenne, de la zone Schengen ou du Royaume-Uni », quelle que soit leur nationalité. « Il n’y a pas de contradiction, Olivier Véran a posé le principe général », assure-t-on à la présidence. L’annonce de dimanche soir est « une précision, une clarification, car il y a pu y avoir un problème d’interprétation » des propos ministériels.

Sur le fond, cette mise au point a fait bondir l’opposition de droite et d’extrême droite. Le député Les Républicains Eric Ciotti a dénoncé une « erreur » sur Twitter : « Emmanuel Macron interdit aux Français les déplacements de plus de 100 km mais autorise les étrangers de l’espace Schengen à rentrer en France sans aucune quarantaine ». En revanche, dans la majorité, des élus sont satisfaits de cette clarification, comme le député des Français de l’étranger Pieyre-Alexandre Anglade, pour qui cette mesure n'était « ni juste, ni efficace ».

Bronca sur les écoles et les transports publics

Quant au déconfinement, certaines parties prenantes y sont très réticentes. Les opérateurs de transports publics, et les associations d’usagers, ont eux aussi signalé leurs inquiétudes sur le 11 mai. Dans le domaine scolaire, de nombreuses questions demeurent et les parents, enseignants et élus locaux multiplient les alertes. Dimanche, plus de 300 maires d'Ile-de-France, dont la maire PS de Paris Anne Hidalgo, ont demandé publiquement au chef de l'Etat de repousser la réouverture des écoles, dénonçant un calendrier « intenable et irréaliste ». Des présidents de région ont aussi fait savoir qu’ils étaient défavorables à la reprise scolaire dès le 11 mai, jugeant notamment impossible de garantir le respect des gestes barrières et des mesures de distanciation.

Pour tenter de rassurer, Emmanuel Macron s’est rendu dans une école à Poissy (Yvelines) ce mardi. Face aux inquiétudes, l’exécutif prône la « souplesse ». Les maires « veulent bien faire, donc il faut leur laisser le temps de bien faire », a ainsi déclaré le chef de l’Etat, assurant que le 11 mai serait une journée « de pré-rentrée », avant un retour très progressif des enfants en classe. Mais « ce n’est pas un changement de doctrine, le 11 mai reste une date-objectif, et le principe du volontariat et de la concertation des acteurs locaux a toujours été posé », affirme l’Elysée.

En même temps, le gouvernement insiste sur l’urgence de lever le confinement. « La fermeture des écoles est à l’évidence une catastrophe pour les plus vulnérables des enfants et des adolescents », a jugé Edouard Philippe lundi devant les sénateurs. Plus globalement, « la vie économique doit reprendre impérativement et rapidement, avec des aménagements, avec de la bonne volonté » a-t-il martelé.

Des doutes sur les moyens de dépistages ?

Mais d’autres défis s’annoncent dans la lutte contre le coronavirus : la distribution des masques en quantités suffisantes sur tout le territoire, à des tarifs accessibles (un point déjà critiqué par certaines associations), et le dépistage. Or le Premier ministre craint le manque de « bras » pour analyser les 700.000 tests hebdomadaires prévus et établir les « chaînes de contamination », ce qui remettrait en cause l’un des axes centraux du plan gouvernemental, pour éviter une deuxième vague épidémique.

Il reste deux jours à l’exécutif pour peaufiner sa communication de jeudi. Un rendez-vous crucial pour tenter de rétablir la confiance, bien entamée depuis le début de l’épidémie, selon plusieurs sondages. « S’il réussit le déconfinement, les Français passeront à autre chose », estime Chloé Morin, chercheuse associée à la Fondation Jean Jaurès. Cette tâche loin d’être simple, d’autant que chaque prise de parole officielle est scrutée dans ses moindres détails. Lors de la visite présidentielle à l’école ce mardi, un geste d’Emmanuel Macron a été largement commenté : devant les enfants et les caméras des chaînes d’information en continu, le président a enlevé son propre masque en le touchant avec ses mains… contrairement aux recommandations sanitaires.