Déconfinement : « Improvisation », « Bérézina »… Edouard Philippe et son plan sous le feu des critiques à l’Assemblée

AMBIANCE Le Premier ministre a présenté le plan de déconfinement du gouvernement devant l’Assemblée nationale, suscitant les critiques de l’opposition

Thibaut Le Gal

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Edouard Philippe à l'Assemblée.
Edouard Philippe à l'Assemblée. — David NIVIERE / POOL / AFP
  • Edouard Philippe a présenté ce mardi le plan de déconfinement du gouvernement.
  • En première ligne depuis le début de la crise, le chef du gouvernement a vu la pression s’accentuer après les révélations dans la presse d’éventuelles tensions entre lui et Emmanuel Macron.
  • A l’Assemblée nationale, l’opposition a fustigé le plan de l’exécutif, validé toutefois sans encombre en raison de la large majorité dont dispose LREM.

Sa longue inspiration, avant de se lancer, résonne étrangement dans le silence pesant de l’hémicycle. « Voilà donc le moment où nous devons dire à la France comment notre vie va reprendre ». Edouard Philippe a la mine des jours sombres pour présenter le tant attendu plan de déconfinement de l’exécutif à l’Assemblée nationale. En première ligne depuis le début de la crise du coronavirus, le Premier ministre a vu la pression s’accentuer un peu plus ce mardi après les révélations sur d’éventuelles tensions entre lui et Emmanuel Macron dans plusieurs médias.

C’est dans cet étrange contexte, où le président s’est vu obligé de démentir « les bruits et les rumeurs » quelques instants avant sa prise de parole, que le chef du gouvernement s’adresse à la représentation nationale. « Jamais dans l’histoire de notre pays nous n’avons connu une telle situation, ni pendant les guerres, ni pendant l’Occupation », dit-il. Sous le regard de ses ministres, Edouard Philippe précise ensuite son plan de déconfinement partiel pour éviter « l’écroulement » économique, mais aussi une seconde vague épidémique. Le discours d’une heure ne convainc pas l’opposition, et l’intéressé est ensuite sous le feu des parlementaires.

Edouard Philippe torpillé autant que son plan par l’opposition

Jean-Luc Mélenchon attaque le premier, dénonçant « une gestion calamiteuse de la crise et une sortie hasardeuse ». Il accuse surtout Emmanuel Macron d’avoir choisi le 11 mai de manière arbitraire sans concertation ni préparation. « Nous avons entendu le Premier ministre nous dire que lui-même n’est pas bien sûr que le 11 mai on lèvera le confinement. » En feignant de l’épargner, le tribun, en réalité, l’enfonce. « On voit bien que vous êtes le bouc émissaire de confort de toutes sortes de gens, à commencer dans votre propre majorité ». Evoquant une possible seconde vague d’épidémie, il pique : « Je m’étonne d’ailleurs qu’autant de gens dans votre camp envient votre place… »

Edouard Philippe s’en amuse, mais le sourire disparaît lorsque Damien Abad prend la parole. Le président du groupe Les Républicains fustige « un déconfinement low cost » et des failles sur les masques, les tests, et les « injonctions contradictoires » sur l’école. Il évoque ensuite le refus de Matignon de reporter le vote sur le plan de déconfinement de 24 heures, en reprenant le vocabulaire qu’aurait utilisé Emmanuel Macron au sujet de son Premier ministre. « J’avoue ne pas bien comprendre cet excès de rigidité et ce d’autant moins qu’il n’est pas partagé par le président et par une partie de votre majorité. »

« Nous avons subi un "juin 40" sanitaire »

Son collègue LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti prend la relève et enfonce : « Le président Macron a parlé de guerre mais pour l’heure, c’est une bérézina qui nous a frappés, et les chefs de guerre n’ont pas brillé. Certes, n’est pas de Gaulle ou Clémenceau qui veut. Mais oui, nous avons subi un "juin 40" sanitaire. »

Les élus se succèdent au micro, et les critiques reviennent, sur le manque de matériel ou l’impréparation en vue du 11 mai. « L’improvisation est coupable, elle crée une défiance à un moment ou notre pays a besoin de repères clairs », dénonce ainsi Olivier Faure. « Le bon moment pour déconfiner, c’est le moment où on est prêt. Et en réalité, tout est loin d’être encore prêt. On ne joue pas avec la santé des Français à pile ou face. Un déconfinement raté ruinerait les efforts des Français pendant deux mois », poursuit le patron du PS.

Plus de quatre heures après le début de la séance, Edouard Philippe revient au micro. Il remercie les orateurs, avant de répondre aux critiques de plusieurs d’entre eux. Il ajoute, visiblement fatigué : « Franchement, Mesdames et Messieurs les députés, je préférais qu’on ne soit pas sur une ligne de crête. Ca fait longtemps que j’aimerais bien avoir des bonnes décisions à prendre. En ce moment, je choisis entre de mauvaises décisions… » Et de se reprendre : « Entre des décisions qui sont moins mauvaises que les autres… »