Coronavirus : S'opposer en période de crise sanitaire, la délicate équation des partis politiques

POLITIQUE En pleine crise de coronavirus, l'opposition tente de faire entendre sa voix malgré les appels à l'unité nationale

Thibaut Le Gal

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Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon lors d'un débat en 2018.
Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon lors d'un débat en 2018. — CHAMUSSY/SIPA
  • En pleine crise de coronavirus, les oppositions peinent à faire entendre leurs voix.
  • Les partis ne souhaitent pas apparaître en rupture avec l’union nationale souhaitée par Emmanuel Macron pour combattre l’épidémie.
  • Pour les opposants, c’est à la fin de la crise que l’exécutif devra rendre des comptes.

 

Une opposition, elle aussi, confinée ? En pleine crise sanitaire liée au  coronavirus, les partis politiques tentent de relever ce dilemme : faire entendre leurs voix sans apparaître en rupture avec l’union nationale souhaitée par Emmanuel Macron pour combattre l’épidémie. Dès le 16 mars, le chef de l’Etat avait ainsi convié « tous les acteurs politiques […] à s’inscrire dans cette unité nationale ».

Et  lors de sa dernière allocution, lundi soir, le président de la République a appelé à « bâtir un autre projet dans la concorde […] avec toutes les composantes de notre nation ». Cet appel a trouvé un écho variable selon les partis politiques.

S’opposer malgré les demandes d’unité

« Nous sommes dans un état d’esprit d’union nationale, mais cela ne veut pas dire mettre la poussière sous le tapis, car il y a de nombreuses interrogations », affirme Damien Abad, le patron des députés Les Républicains à l’Assemblée nationale. « C’est d’ailleurs notre rôle lors des QAG [questions au gouvernement] : relayer les attentes concrètes des Français sans être dans les polémiques politiciennes. » Si des responsables de droite ont ainsi salué le « cap fixé » ce lundi par Emmanuel Macron pour le début du déconfinement, ils ont aussi pointé des zones de « flou » concernant les tests, les écoles ou les mesures économiques.

Porte-parole du Rassemblement national, Sébastien Chenu est plus critique. « Dans ces moments difficiles, les oppositions ne doivent pas être stériles. L’unité nationale ne peut se faire sur le dos des Français. C’est pourquoi nous continuons à dénoncer les mensonges du gouvernement sur les masques, les frontières ou les tests, et à proposer des solutions. Notre rôle, c’est de rester vigilants ».

Innover pour se faire entendre

Depuis le début de la crise, l’exécutif est très présent dans les médias. Entre les interviews de ministres, les interventions régulières ou les allocutions d’Emmanuel Macron, l’opposition peine parfois à se faire entendre. « Il y a des raisons objectives : les Français ont envie d’écouter l’exécutif, ce sont eux qui sont au pouvoir. Ils veulent savoir à quelle sauce ils vont être mangés », poursuit le député RN du Nord.

« On aimerait être plus entendus, mais on essaye de faire le job, au Parlement européen notamment, pointe pour sa part l’eurodéputé EELV David Cormand. Il y a un traitement médiatique un peu légitimiste : le pouvoir en place a plus la parole, mais vu la situation, c’est normal que l’institution prenne le dessus. » Et d’ajouter : « C’est le moment politique qui veut ça, les gens vivent une période compliquée, ce n’est pas le climat idéal pour le débat démocratique habituel, mais nous continuons d’infuser des idées par des tribunes ou des prises de paroles ».

D’autres tentent d’innover, à l’image de La France insoumise. Après plusieurs « manifestations en ligne », le mouvement organisait ce vendredi soir un « meeting numérique » de Jean-Luc Mélenchon. « On tente de trouver de créer de nouveaux espaces de parole car l’opposition a moins de place dans les médias traditionnels », confie Antoine Léaument, responsable de la communication numérique de LFI. « L’idée est de continuer à faire avancer nos idées avec des formats nouveaux, qui suscitent l’intérêt des gens, comme on n’avait pu le faire déjà pendant la campagne présidentielle avec l’hologramme de Mélenchon ».

Attendre « les jours heureux »… et les règlements de compte

Malgré ces difficultés, l’opposition est convaincue qu’après la crise, les « jours heureux » reviendront. « Les Français ne veulent pas polémiquer aujourd’hui, mais nous restons un peuple très politique. Le temps des confrontations d’idées reviendra très vite et les comptes se régleront », assure Sébastien Chenu.

« Les gens continuent de se documenter. La crise permet d’éveiller des consciences sur l’écologie, les services publics, le social. Même s’il n’y a pas une intervention quotidienne des partis d’opposition, les choses bougent, veut croire David Cormand. A la rentrée, la politique va reprendre ses droits et je suis persuadé que la majorité actuelle y perdra des plumes ».

Même constat pour Damien Abad : « Nous sommes encore dans le temps de la gestion de la crise sanitaire. Viendra ensuite, pendant l’été, le temps de la reprise économique. Et enfin, d’ici l’automne, la phase d’analyse et des leçons à en tirer. » Une commission d'enquête pourrait d'ailleurs voir le jour à l'issue de la mission d'information parlementaire actuellement en cours. Les députés communistes, notamment, souhaitent obliger le gouvernement à s'expliquer sur la gestion de la crise.