Coronavirus : Comment les maires non-candidats vivent-ils la prolongation forcée de leur mandat ?

POLITIQUE Ils avaient prévu de raccrocher en mars. Mais les élections municipales ont été reportées. Comment vivent-ils la situation ? Illustration en Loire-Atlantique

Frédéric Brenon
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Yves Metaireau, maire de La Baule.
Yves Metaireau, maire de La Baule. — J-S.Evrard/AFP
  • Près d'un tiers des maires français ne se représentaient pas en 2020.
  • Tous ont été contraints de prolonger leur mandat en raison du report des élections municipales.
  • La date du second tour n'a pas été fixée. Les conseils municipaux élus au premier tour ne savent pas non plus quand ils pourront s'installer.

« J’avais imaginé être tranquille. J’avais déjà programmé des choses à la maison… Mais ça, non, je ne l’avais pas vu venir. » Maire de Montoir-de-Bretagne (7.000 habitants), en Loire-Atlantique, depuis 25 ans, Michèle Lemaître (DVG) devait cette fois tirer sa révérence. Le premier tour des élections municipales s’était d’ailleurs joué sans elle. Et puis le Covid-19 est passé par là. Le second tour a été repoussé sine die. Et Michèle Lemaître se retrouve « à nouveau aux commandes ».

Elle est loin d’être la seule dans cette situation. Près d’un tiers des maires sortants français ne se représentaient pas en 2020. Tous sont aujourd’hui contraints de jouer les prolongations.

« Plus facile pour ceux qui ont de l’expérience »

« Mes collègues m’avaient fait des adieux auxquels j’ai été très sensible. Je trouvais que c’était le moment de passer la main. Mais la situation est tellement grave qu’il fallait bien reprendre le manche », raconte Joseph Parpaillon, maire d’Orvault (26.000 habitants), près de Nantes. Agé de 69 ans, l’élu centriste avait choisi de ne pas briguer de quatrième mandat. « Mon cas personnel importe peu en ce moment, assure-t-il. Je pense surtout aux candidats qui ont fait campagne, c’est délicat pour eux. Et puis on travaille quand même dans des conditions particulières, en système réduit. C’est probablement plus facile pour ceux qui ont de l’expérience et connaissent la maison. »

Yves Métaireau (LR) est du même avis. « Quand on est maire on prend un engagement au service de la population et il faut l’assumer jusqu’au bout. » Maire de La Baule depuis 1995, il a déjà dû affronter des crises. « La marée noire de l’Erika, la tempête Xynthia… J’essaie de faire face à celle-ci comme les précédentes, avec la meilleure gestion possible, même si je me préparais à autre chose. »

« Des élections en octobre, ça serait bien »

A Montoir-de-Bretagne, Michèle Lemaître se rend deux à trois par semaine en mairie malgré le confinement. « Mon époux a du mal à comprendre. "Tu n’es pratiquement plus maire, pourquoi y vas-tu si souvent ?" me demande-t-il. Mais il y a plein de choses à organiser, des dossiers à reprendre, il faut s’occuper des agents… Tous les jours on se pose de nouvelles questions. » Il lui faudra de toute façon tenir un conseil municipal avant l’été « car le budget n’a pas été voté ». Joseph Parpaillon, lui aussi, y pense, peut-être en visio-conférence. « Présider à nouveau un conseil serait une drôle de situation après avoir dit au revoir à tout le monde », sourit-il.

« Espérons que les prochaines élections ne se déroulent pas trop tard quand même, soulève Yves Métaireau. On parlait du mois de juin mais ça paraît désormais très compliqué, surtout que le premier tour avait été fait à la hussarde. Octobre, ça serait bien, si les conditions sanitaires le permettent. » Certains évoquent aussi un report d’un an, jusqu’en mars 2021 donc. « Il faut que la date soit bien certaine cette fois. Et que l’état d’esprit de la population soit à nouveau au vote », insiste le maire d’Orvault. « S’il fallait tenir jusqu’en 2021, ça ne me dérangerait pas, considère Michèle Lemaître. Ça fait 30 ans que je suis élue donc je ne suis plus à une année près. »

« La campagne a été douloureuse »

Ce qui contrarie davantage l’édile âgée de 72 ans ce sont ces habitants qui « continuent de râler » pour des problèmes de circulation dans leur rue « alors qu’on a quand même autre chose à penser en ce moment ». Et puis il y a les tensions avec la majorité, consécutives à la passation de pouvoir imminente. « La campagne électorale a été douloureuse. Je me disais que j’allais passer le cap des élections, que je m’en irais et qu’on n’en parlerait plus. Sauf que je suis revenue. Et je n’ai plus beaucoup de contacts avec les élus. J’ai l’impression qu’ils attendent l’élection. On discute peu en amont des décisions. C’est compliqué. » Joseph Parpaillon reconnaît lui aussi un malaise avec son adjoint à la culture, candidat à la mairie alors que le maire soutenait sa collègue. « Il a voulu jouer sa partition. Je le regrette. Ce n’est pas une situation plaisante mais il faut faire avec. »

Quand les élections auront lieu et que l’heure du départ sonnera pour de bon, il n’envisage pas de nouveau pot. « Ce sera en catimini. On a fait la fête une fois, on ne la refera pas », promet-il. La maire de Montoir-de-Bretagne, elle, avait prévu d’attendre la fin des élections pour fêter son dernier mandat, « ça tombe bien ». « Tout le monde me dit que ça aura été une drôle de fin de carrière », rigole-t-elle. Quant à Yves Métaireau, il se reposera chez lui, à La Baule. « J’ai pas mal de projets, notamment celui d’écrire. L’an passé j’ai eu une alerte cardiaque mais cette année je me sens bien. Je touche du bois. »