Coronavirus : Dépenses publiques, nationalisations… Après la crise, les marcheurs promettent de « se réinventer »

CHANGEMENTS Tout comme Emmanuel Macron, qui souhaite « se réinventer », des députés de la majorité espèrent un tournant politique après la crise de Covid-19

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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La suppression de l'ISF était une promesse d'Emmanuel Macron.
La suppression de l'ISF était une promesse d'Emmanuel Macron. — LOIC VENANCE-POOL/SIPA
  • Dans son allocution lundi, Emmanuel Macron a promis de « se réinventer » après la crise du coronavirus.
  • Les macronistes aspirent à des « changements radicaux », comme des dépenses publiques pour investir dans la santé, des nationalisations d’autoroutes ou de compagnies aériennes.
  • La majorité est même prête à sacrifier sa réforme des retraites, chantier majeur du quinquennat, à deux ans de la présidentielle.

« Sachons dans ce moment sortir des sentiers battus, des idéologies et nous réinventer. Moi le premier », a lancé Emmanuel Macron lors de son allocution lundi soir. Le chef de l’Etat a évoqué « l’après » Covid-19, disant vouloir bâtir une nouvelle stratégie où « nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience ». Après le coronavirus, les députés de la majorité espèrent une nouvelle ère pour le macronisme.

Relocalisation, nationalisation et planification au programme ?

La crise du coronavirus a déclenché ce que des personnels soignants réclamaient depuis des mois de mobilisation : un consensus politique sur la nécessité d’investir massivement dans le système de santé. Lundi soir, le président de la République a une nouvelle fois évoqué un « plan massif pour notre santé, notre recherche et nos aînés », sans plus de précision.

Le député LREM des Deux-Sèvres Guillaume Chiche évoque des investissements « pour que notre système sanitaire soit prêt à encaisser les crises » et une revalorisation salariale des soignants. « Il faut revenir à la santé, cela veut dire retrouver une souveraineté pour ne pas dépendre d’autres pays en matière de médicaments ou matériel de protection », plaide Emmanuelle Fontaine-Domeizel, élue des Alpes-de-Haute-Provence et infirmière.

Des mots jusqu’à présent tabous se retrouvent aujourd’hui dans le discours de la majorité : relocalisation, nationalisation, voire planification. « On peut défendre la planification sans être mélenchoniste », tranche Erwan Balanant, député Modem du Finistère. « L’Etat doit être puissant, mais sans décider de tout, aux côtés des entreprises. On doit pouvoir se réinventer en proposant de grands objectifs européens ou nationaux sur la question énergétique, la transition agricole, la souveraineté numérique. »

« Il y a certaines infrastructures stratégiques sur lesquelles l’Etat n’a plus la main. Or avec cette crise on constate que ça pose problème », constate Guillaume Chiche. Le député est même prêt à relancer le vieux débat de la privatisation des autoroutes. « Quand on voit que les chauffeurs routiers, indispensables pour maintenir les chaînes d’approvisionnement, n’ont plus d’aires de repos ni de sanitaires sur les autoroutes privatisées, la question d’une nationalisation, temporaire ou partielle, se pose. Elle se pose aussi pour les compagnies aériennes. » L’élu plaide aussi pour le « renforcement des mécanismes de solidarité » et la « souveraineté alimentaire ».

« Le totem de la dépense publique a sauté »

L’engouement des macronistes pour la dépense publique s’explique aussi par le contexte européen. Pour relancer l’économie, Bruxelles a abandonné (temporairement) sa règle des 3 % de déficit, et la Banque centrale européenne a débloqué 750 milliards d’euros pour racheter de la dette. « Le totem de la dépense publique a sauté. Cela va permettre à l’Etat d’investir massivement dans certains domaines, pourquoi pas dans un plan de sortie du nucléaire », convient Erwan Balanant.

La transition écologique est d’ailleurs au centre d’une tribune publiée ce mardi sur Le Monde, à l’initiative de Pascal Canfin. Avec 180 personnalités, l’eurodéputé LREM appelle à relancer l’économie en investissant dans la neutralité carbone, « des systèmes agricoles plus durables et la protection de la biodiversité ».

L’abandon de la réforme des retraites ?

Promettant de se « réinventer », les macronistes iront-ils jusqu’à abandonner leur dernière grande réforme du quinquennat concernant les retraites ? Si elle empêche un pacte républicain de se conclure après la crise sanitaire, « elle devra être mise de côté », a estimé dimanche Gilles Le Gendre, président du groupe La République en marche à l’Assemblée, dans un entretien au Journal du dimanche. « Ce serait une erreur de penser que notre pays peut se passer d’une réforme sur les retraites, confie Balanant, mais la sortie de crise sera l’occasion de revoir la copie sans que ce soit vu comme une reculade ».

Le report des municipales, les scrutins sénatoriaux, départementaux et régionaux laisseront peu de temps pour des réformes avant la présidentielle de 2022. La crise du coronavirus aura un impact sur le futur scrutin, selon Bruno Bonnell, député LREM du Rhône. « Certains seront extrêmes dans leur volonté de changer le monde. Mais le vrai combat de la présidentielle, ce sera la santé. »