Remaniement : Qui est Jean Castex, l’ex-monsieur « déconfinement » nommé Premier ministre ?

PORTRAIT Maire de Prades, une commune de 6.000 habitants, Jean Castex a été nommé ce vendredi Premier ministre après la démission d’Edouard Philippe. Précédemment il a notamment été délégué interministériel aux Jeux olympiques de Paris 2024 et le monsieur « déconfinement » du gouvernement

Nicolas Bonzom

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Remaniement : Qui est Jean Castex, l’ex-monsieur « déconfinement » nommé Premier ministre ? — 20 Minutes
  • Jean Castex, maire d’une commune des Pyrénées-Orientales, a été nommé ce vendredi Premier ministre par Emmanuel Macron. Précédemment, Edouard Philippe en avait fait son monsieur « déconfinement ».
  • Cet élu de Prades a toujours été proche des sphères de l’Etat. Jean Castex a notamment œuvré auprès de Xavier Bertrand et de Nicolas Sarkozy.
  • Si beaucoup ne voient que des qualités à Jean Castex, à Prades, le cumul de l’élu exaspère celui qui fut son adversaire aux dernières élections municipales.

EDIT : Ce vendredi, Jean Castex a été nommé Premier ministre par Emmanuel Macron après la démission d’Edouard Philippe. Nous vous proposons de relire ce portrait publié le 8 avril quand le maire de Prades avait accepté d’être le monsieur « déconfinement » du gouvernement.

Jean Castex (LR), n’a, semble-t-il, pas hésité une seule seconde à accepter la mission d'Edouard Philippe, qui a vu en lui un homme « d’une redoutable efficacité ». Le maire de Prades, une commune de 6.000 habitants, au pied du Canigou, dans les Pyrénées-Orientales, a endossé la charge périlleuse de préparer la France au « déconfinement ».

« Je mesure pleinement la très grande difficulté de cette fonction […], mais ma doctrine est que quand mon pays va mal, je ne réfléchis pas, j’y vais, confiait-il le 6 avril, dans un entretien au quotidien régional L'Indépendant, après sa nomination. J’ai été formé pour être serviteur de l’Etat, donc lorsqu’on m’appelle, je me dois d’être présent. »

« Le premier plan pandémie, c’est Jean Castex qui est directeur de cabinet »

Si cet énarque, peu connu du grand public, a épousé la politique lors de son élection, en mars 2008, à Prades, Jean Castex, père de quatre filles, a d’abord entamé une carrière de haut fonctionnaire : secrétaire général de la préfecture de Vaucluse de 1999 à 2001, puis président de la Chambre régionale des comptes d’Alsace jusqu’en 2005.

Dès lors, cet enfant du Gers, qui a grandi à la campagne, touche du doigt les plus hautes sphères de l’Etat : de 2005 à 2006, il œuvre en tant que directeur de l’hospitalisation au ministère des Solidarités, puis, pendant deux ans, il devient le directeur de cabinet de Xavier Bertrand (divers droite) à la Santé, puis au Travail. « Le premier plan pandémie, c’est Jean Castex qui est directeur de cabinet, à l’époque du virus H5N1, rappelle Xavier Bertrand, auprès de l’AFP. Le côté « Je vous mets en place un plan qui ne fonctionne pas sur le terrain », ce n’est vraiment pas le genre de la maison Castex. »

« Il a fait ses preuves auprès de Nicolas Sarkozy »

« Jean Castex est remarquable, assure sur Twitter le politologue Dominique Reynié, qui a croisé son chemin alors qu’il était candidat pour la droite, aux régionales, en 2015. Compétence rare, parfaite connaissance de la réalité sociale, sens aigu de l’intérêt général. » « C’est un gros travailleur, très ouvert, qui a un contact très facile avec les gens », confirme à 20 Minutes Hélène Josende (divers gauche), maire d’Angoustrine-Villeneuve-des-Escaldes, un village de 600 habitants, avec qui Jean Castex a été élu conseiller départemental, il y a cinq ans. « C’est un homme d’une intelligence rare, poursuit-elle. Il va très vite, il fourmille d’idées. Il a fait ses preuves auprès de Nicolas Sarkozy. Depuis, sa réputation de grand serviteur de l’Etat n’est plus à faire. »

C’est en effet auprès de l’ancien président de la République que Jean Castex, homme de droite assumé, sort de l’ombre. En 2010, il est nommé à son cabinet, puis secrétaire général adjoint de l’Elysée, jusqu’à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy. Jean Castex est « un vrai couteau suisse, il a des connexions un peu partout, il sait faire ce qu’il faut faire au bon endroit », confie l’AFP Franck Louvrier, ex-conseiller de l’ancien président.

Jean Castex, en 2011.
Jean Castex, en 2011. - FAGES ROBERT/SIPA

« Il ne fait pas de « chichis » »

Adopté par le pouvoir, l’édile de Prades, âgé de 54 ans, qui a conservé son accent du Sud, n’aurait pourtant pas renié son Occitanie natale. « Il a gardé ses racines rurales », reprend Hélène Josende. « C’est quelqu’un d’une très grande qualité, pour qui j’ai une grande admiration, mais quelqu’un de simple, ce qui est assez rare, chez les personnes qui ont accédé aux fonctions qu’il a exercé, assure à 20 Minutes Raymond Couderc, l’ex-maire de Béziers, avec qui il a partagé une campagne des régionales, en 2010. Ce n’est pas le genre à faire du « parisianisme », ce n’est pas le genre à flambler. Il est discret, travailleur. Il ne fait pas de « chichis », il ne s’est jamais considéré au-dessus des autres. »

Et même quand Raymond Couderc et Jean Castex se sont affrontés lors d’une primaire, pour désigner le chef de file de l’UMP aux élections régionales du Languedoc-Roussillon, Raymond Couderc ne se souvient que d’un « homme très loyal ». « Avec lui, il n’y a pas eu de dérapages, on s’est toujours bien entendu et respecté », reprend l’ancien élu.

Délégué interministériel à Paris 2024

S’il a toujours, depuis 2008, conservé son ancrage local, Jean Castex n’a jamais vraiment lâché les hautes sphères de l’Etat. Son nom avait un temps circulé, en 2018, pour remplacer Gérard Collomb, au ministère de l’Intérieur. Et jusqu’à sa nomination à la tâche du « déconfinement », il était encore délégué interministériel aux Jeux Olympiques de Paris de 2024. Cette dernière activité lui a rapporté, selon la déclaration d'intérêts déposée à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, 160.467 euros en 2019. Auxquels se sont ajoutés, cette année-là, ses indemnités de maire (22.044 euros) et de conseiller départemental (25.670 euros).

A Prades, ce cumul poussé à son paroxysme, à mi-chemin entre sa ville des Pyrénées-Orientales et ses missions parisiennes, exaspère. « Cela ne nous surprend pas, Jean Castex a toujours fait ça, il n’y a aucune raison que cela change », déplore Nicolas Berjoan (EELV), qui fut son adversaire aux municipales, en mars dernier.

« Son objectif, c’est de se rapprocher des cercles du pouvoir pour obtenir un poste »

Jean Castex a été réélu au premier tour, à plus de 75 % des voix, ne laissant que trois sièges à l’opposition. « Son objectif, c’est de se rapprocher des cercles du pouvoir pour obtenir un poste national un jour, et il y emploie toute son énergie, confie Nicolas Berjoan à 20 Minutes. Mais l’absence de Jean Castex, son manque de concentration sur les affaires de Prades, entraînent une absence de continuité dans les politiques, une absence de vision, une absence d’action la plupart du temps. Cela pénalise la ville, et la communauté de communes. Lui, soutient le contraire, et prétend que ses relations haut placées lui permettent d’obtenir des avantages, notamment des subventions. »

Nicolas Berjoan affirme pourtant qu' « elles ont baissé, comme partout. Il n’obtient rien de ses relations ». L’opposant regrette que Jean Castex soit absent si souvent, assure-t-il, de la ville dont il est le maire. « Il est peu là, il y a des périodes, longues, pendant lesquelles il n’est pas là du tout, confie le secrétaire départemental d’EELV. La plupart du temps, il n’est pas là pendant la semaine, et le samedi, il va sur le marché. »

A L'Indépendant, Jean Castex répondait le 6 avril, que, le temps de sa mission à Paris, son premier adjoint assurerait l’interim. Mais, notait-il, il « reste maire de Prades. Et fort heureusement, le téléphone et les mails existent ». Sollicité par 20 Minutes auprès de sa mairie, Jean Castex n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien. Pour l’instant, rien de ses travaux sur le « déconfinement » des Français n’a filtré.