Coronavirus : Scientifiques, médecins, gendarme... Qui conseille le gouvernement pour lutter contre l'épidémie ?

GESTION DE CRISE Depuis le début de la crise sanitaire, l'exécutif s'est entouré d'experts pour le conseiller

Laure Cometti

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Le président du Conseil scientifique sur le Covid-19, Jean-François Delfraissy, encadré par le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de la Santé Olivier Véran, le 13 mars 2020 à Beauvau.
Le président du Conseil scientifique sur le Covid-19, Jean-François Delfraissy, encadré par le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de la Santé Olivier Véran, le 13 mars 2020 à Beauvau. — Ludovic Marin / POOL / AFP
  • Emmanuel Macron veut s’appuyer sur la science pour gérer la crise sanitaire et endiguer l’épidémie de coronavirus.
  • Le président et le gouvernement ont mis en place deux comités des chercheurs, installé un « auditeur » et un « Monsieur déconfinement ».
  • 20 Minutes passe en revue les acteurs de cette gestion de crise au sommet de l’Etat.

Depuis l’arrivée de l’épidémie de coronavirus en France, la gestion de la crise sanitaire accapare Emmanuel Macron et le gouvernement. Pour coordonner la lutte contre le Covid-19 en s’appuyant sur des faits scientifiques, l’exécutif a créé de nouveaux postes et comités. Jeudi matin, en déplacement au CHU du Kremlin-Bicêtre, le chef de l’Etat était d’ailleurs accompagné du professeur Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique du coronavirus.

Le président a créé un deuxième comité de chercheurs, tandis qu’au gouvernement, deux nominations ont été actées ces derniers jours pour conseiller et épauler la gouvernance dans ce contexte. 20 Minutes passe en revue les acteurs de cette gestion de crise au sommet de l’Etat.

Le conseil scientifique pour la gestion du confinement

C’est le premier organe créé spécialement par l'exécutif. Mis en place le 11 mars, ce comité de 11 médecins et chercheurs spécialisés a pour mission d’éclairer le gouvernement dans sa gestion de la crise. Il peut être consulté par l’exécutif sur des questions, comme la tenue du premier tour des municipales ou les règles du confinement, et peut aussi se saisir des sujets de son choix. En moins d’un mois, il a rendu six avis, publiés sur le site du ministère de la Santé. A ce jour, Emmanuel Macron a toujours suivi les avis de ce conseil.

Le CARE, pour les remèdes, dépistages et innovations

Le 24 mars, Emmanuel Macron a formé un deuxième groupe de scientifiques, le CARE, pour Comité analyse recherche et expertise. « C’est grâce à la science et à la médecine que nous vaincrons le virus », a-t- il alors affirmé.

Ces 12 médecins et chercheurs (dont deux siègent aussi au Conseil scientifique) ont pour mission de conseiller le gouvernement sur les traitements et dépistages ainsi que les « pratiques de backtracking qui permettent d’identifier les personnes en contact avec celles infectées par le virus du Covid-19 », selon l’Elysée. Le CARE est présidé par Françoise Barré-Sinoussi, virologiste à l’Institut Pasteur/Inserm, qui a reçu le Prix Nobel 2008 pour la découverte du virus du sida.

Le général Lizurey chargé de « l’audit »

Le général Lizurey.

Le 30 mars, le général Richard Lizurey a été nommé « auditeur » de la gestion de crise. L’ancien directeur général de la gendarmerie nationale assiste aux différentes cellules de crise mises en place au ministère de la Santé, au ministère de l’Intérieur, au ministère des Affaires étrangères et qui sont coordonnées une fois par jour par le directeur de cabinet du Premier ministre, Benoît Ribadeau-Dumas.

Il doit « s’assurer de la fluidité de l’articulation entre ces cellules nationales et le niveau local, c’est-à-dire avec les Agences régionales de santé, les préfectures », selon Matignon. « C’est un auditeur pour permettre de l’amélioration continue ».

Habitué des gestions de crise sur le terrain, Richard Lizurey était mobilisé lors de l’explosion de l’usine AZF de Toulouse en 2001, à la tête du groupement de Haute-Garonne. Il se trouvait également à Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, lors de la prise d’otages en 1988. Au printemps 2018, il a piloté l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Jean Castex, pour préparer le déconfinement

Jean Castex en 2011, alors qu'il est conseiller aux affaires sociales à l'Elysée auprès de Nicolas Sarkozy

Le 2 avril, après deux semaines de confinement, le gouvernement a désigné Jean Castex​ pour préparer le déconfinement. Selon Edouard Philippe, c’est « un haut fonctionnaire qui connaît parfaitement le monde de la santé et qui est redoutable d’efficacité ».

Maire Les Républicains de Prades (Pyrénées-orientales), et proche de Nicolas Sarkozy, Jean Castex a été directeur de l’hospitalisation et de l’organisation des soins au ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale, en 2005-2006. Il a aussi été directeur de cabinet de Xavier Bertrand au ministère de la Santé (2006-2007), pendant le virus H1N1, puis au Travail (2007-2008). Avant d’être nommé « Monsieur déconfinement » du gouvernement, il était délégué interministériel aux Jeux Olympiques de Paris-2024.

Il devra plancher sur « plusieurs scenarii », afin de répondre à cette question « essentielle » : « Comment décidons-nous de vivre en déconfinement avec une maladie dont il est quasiment acquis qu’elle n’aura pas totalement disparu au moment où nous allons procéder au déconfinement ? », indique Matignon.

L’Académie de médecine

Indépendante, elle rassemble plusieurs centaines de membres et a vocation à conseiller le gouvernement pour sa politique de santé publique. Le 3 avril, l’académie s'est prononcée pour la reconnaissance du Covid-19 comme maladie professionnelle, sous certaines conditions. Le gouvernement y est lui aussi favorable.

Elle a également « recommandé que le port d’un masque grand public, aussi dit alternatif, soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement », et de déconfinement, dès le 2 avril. Mais à ce stade, l’exécutif n’a pas souhaité suivre cet avis.