Coronavirus : « Pas nécessaire » puis encouragé… La volte-face du gouvernement sur le port du masque

POLITIQUE Après avoir estimé que le port généralisé de masques était « inutile » pour lutter contre l'épidémie, l’exécutif fait marche arrière depuis quelques jours

T.L.G.

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Emmanuel Macron avec un masque de protection, lors d'une visite d'usine fabriquant des masques près d'Angers, le 31 mars 2020.
Emmanuel Macron avec un masque de protection, lors d'une visite d'usine fabriquant des masques près d'Angers, le 31 mars 2020. — LOIC VENANCE-POOL/SIPA
  • Au début de la crise, l’exécutif a assuré que le port généralisé de masque n’était pas utile voire « contre-productif ».
  • La France a aujourd’hui infléchi sa position, « encourageant » le grand public à porter des masques de tout type afin de limiter la propagation du Codiv-19.

Demi-tour, toute ? Ces derniers jours, le gouvernement effectue un virage à 180 degrés concernant le port du masque pour lutter contre le coronavirus. Jusqu’à la semaine dernière, l’exécutif martelait que ces équipements de protection devaient être réservés aux soignants et aux malades, les jugeant inutiles sur les personnes non infectées. La France a aujourd’hui infléchi sa position, « encourageant » le grand public à porter des masques de tout type.

Le masque « alternatif », d’abord qualifié de « contre-productif » ou inutile

Ce changement de doctrine apparaît d’autant plus déconcertant qu’au début de la crise, l’exécutif n’a cessé de répéter que l’utilisation massive des masques n’était pas nécessaire. « Il n’y a pas besoin d’un masque quand on respecte la distance de protection vis-à-vis des autres », disait le 25 mars Sibeth Ndiaye. Le jour même, pourtant, Emmanuel Macron visitait l’hôpital de campagne de Mulhouse, avec un matériel FFP2 sur le visage. La porte-parole du gouvernement estimait aussi quelques jours plus tôt que le masque pouvait s’avérer « contre-productif » en cas de mauvaise utilisation.

Un message répété au sein du gouvernement. « Aujourd’hui comme demain, une personne asymptomatique [sans symptôme] qui se rend dans des lieux publics, qui se déplace dans les transports en commun, n’a pas à porter de masque… ce n’est pas nécessaire », disait aussi le ministre de la Santé Olivier Véran le 26 février.

Mercredi dernier encore, Edouard Philippe restait sceptique sur l’utilisation massive de masques. « Il n’y a pas de preuve que le port du masque dans la population apporterait un bénéfice. Ce serait même plutôt le contraire, à cause d’une mauvaise utilisation », disait le Premier ministre devant la mission d'information parlementaire, citant l’Organisation mondiale de la santé.

Un changement de doctrine liée à l’évolution scientifique ?

L’exécutif continue aujourd’hui de prioriser l’attribution des masques chirurgicaux (ou FFP2) au personnel de santé. Mais son discours sur les autres types de protection (masques textiles, faits maison ou de bricolage) a évolué. « Nous encourageons le grand public, s’il le souhaite, à porter […] ces masques alternatifs qui sont en cours de production », assurait ce vendredi soir le directeur général de la santé, Jérôme Salomon.

Un changement de pied lié à un changement du discours scientifique ? Ce même vendredi, l'Académie de médecine recommandait ainsi « que le port d’un masque "grand public", aussi dit "alternatif", soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement ». En Asie, où le recours au masque est valorisé, des autorités sanitaires alertent les Etats occidentaux depuis plusieurs mois pour mettre en place cette pratique.

Ces appels, et l’hypothèse (encore non confirmée) selon laquelle le virus pourrait se transmettre par voie aérienne, semble avoir entraîné une évolution de doctrine dans plusieurs pays, comme aux Etats-Unis. Certains Etats et des régions d'Italie ont même rendu le port du masque obligatoire pour les déplacements. En France, la ville de Nice a indiqué ce lundi vouloir mettre en place cette mesure la semaine prochaine.

Pour le gouvernement, le changement de ton pourrait aussi être lié à l’incertitude du déconfinement à venir. « Etre capables d’avoir d’autres moyens de protection de la population lorsqu’on aura levé le confinement, avec une sensibilisation complète de la population, ça fait sens », a ainsi reconnu Olivier Véran ce samedi dans un entretien au média en ligne Brut.

« On aurait dû être plus clairs », l’opposition crie au « mensonge »

« Porter un masque limite le postillonage, c’est donc mieux d’en porter, c’est du bon sens », pointe Annie Chapelier, députée du Gard et infirmière à Nîmes. « Le discours du gouvernement n’a pas été cohérent. On aurait dû être plus clair : réserver les masques chirurgicaux aux soignants, mais recommander les autres à toute la population depuis le début », ajoute l’élue apparentée au groupe LREM à l’Assemblée. « Il fallait dire dès le début qu’on n’avait pas assez de masques et qu’on les distribuerait avec parcimonie, plutôt que de dire qu’ils ne servaient à rien », nous disait il y a quelques jours le patron des sénateurs LREM, François Patriat.

L’opposition a utilisé ce flou pour mettre en cause l’exécutif, à l’image d’Eric Ciotti ce lundi. « Le gouvernement, c’est clair, à partir de janvier (…) n’a pas dit la vérité, a estimé le député LR des Alpes-Maritimes. Il aurait dû dire que nous ne disposions pas de ces masques plutôt que de propager des messages qui étaient erronés. »