Coronavirus: « Je ne me voyais pas rester les bras croisés... », un sénateur rejoint la réserve sanitaire

INTERVIEW Bernard Jomier, sénateur écologiste de Paris et médecin généraliste, a indiqué avoir rejoint la réserve sanitaire. Dès jeudi, il prêtera main forte aux praticiens de l'hôpital de Melun

Caroline Politi

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Bernard Jomier (à gauche), sénateur et ancien adjoint d'Anne Hidalgo, a rejoint la réserve sanitaire
Bernard Jomier (à gauche), sénateur et ancien adjoint d'Anne Hidalgo, a rejoint la réserve sanitaire — Jacques Witt/SIPA
  • Le sénateur Bernard Jomier, médecin généraliste, a rejoint la réserve sanitaire il y a quelques semaines.
  • Il renforcera l'hôpital de Melun dès jeudi.

Une évidence. C’est ainsi que Bernard Jomier, ancien adjoint de la maire de Paris, Anne Hidalgo, et sénateur écologiste dans la capitale, décrit son engagement au sein de la réserve sanitaire. Dès jeudi, ce médecin généraliste mettra entre parenthèses ses fonctions politiques pour soutenir les praticiens de l’hôpital de Melun, en Seine-et-Marne.

Mardi soir, vous avez annoncé sur Twitter avoir rejoint la réserve sanitaire. A partir de demain, jeudi, vous prêtez main-forte aux équipes de l’hôpital de Melun. A quel moment avez-vous pris cette décision ?

Quand j’ai pris conscience de l’ampleur de la crise que nous sommes en train de traverser. J’ai toujours été soignant, je n’ai jamais arrêté malgré mes mandats électifs, je ne me voyais pas rester les bras croisés. J’ai d’abord pensé augmenter mon rythme de consultations – je ne suis au cabinet qu’une après-midi par semaine – mais la médecine de ville est en forte baisse, les gens ne vont plus se faire soigner. Quand j’en ai parlé avec mes collègues, je me suis rendu compte qu’ils pouvaient faire face sans difficulté aux demandes de rendez-vous. C’est pour cette raison que j’ai décidé de rejoindre la réserve sanitaire.

Qu’allez-vous faire à l’hôpital de Melun ?

Je vais renforcer une unité hospitalière de courte durée. Les premiers jours, je vais être en doublure afin de me familiariser au fonctionnement du service. Mais l’objectif est évidemment d’être opérationnel le plus rapidement possible.

Vous mettez donc entre parenthèses votre mandat de sénateur ?

Aujourd’hui, je pense que je suis plus utile au côté de mes collègues soignants qu’au Sénat. L’activité parlementaire tourne au ralenti, on ne peut pas siéger à plus de 18. Qu’on ne s’y méprenne pas, l’activité démocratique doit continuer, c’est même indispensable, mais mes collègues sénateurs pourront pallier mon absence le temps de cette crise.

De nombreux médecins rapportent des situations particulièrement difficiles dans les hôpitaux. Êtes-vous anxieux à l’idée vous confronter à cette crise inédite ?

Pas particulièrement parce que mon parcours professionnel m’a déjà emmené à participer à la gestion de crises graves. J’ai longtemps pratiqué la médecine tropicale. J’ai travaillé en Afrique sur des épidémies de choléra, à Sarajevo pendant la guerre. J’ai même exercé à Wuhan, dans l’hôpital géré par l’usine Peugeot… Mais c’était il y a une quinzaine d’années.

Et craignez-vous pour votre santé ?

Pas particulièrement. J’ai 56 ans, je suis en bonne santé. On m’a proposé d’être régulateur au Samu, mais je pense qu’il vaut mieux réserver ces postes pour des confrères plus âgés. Evidemment, il y a toujours un risque mais on ne peut pas se cacher derrière cette excuse pour ne rien faire.

Que pensez-vous de la gestion de la crise ?

L’heure n’est pas aux polémiques. Le temps des explications viendra, et j’y serais aussi. Il y aura une commission d’enquête, c’est indispensable, le gouvernement devra s’expliquer sur certaines décisions. Mais pour l’instant, il faut se concentrer sur cette crise.