Coronavirus : Messages contradictoires, polémique sur les masques… Le gouvernement sous pression

EXECUTIF Les oppositions et une partie des milieux sanitaires accusent l’exécutif d’impréparation face à l’épidémie de coronavirus

Laure Cometti

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Edouard Philippe, le 21 mars 2020 à l'Assemblée.
Edouard Philippe, le 21 mars 2020 à l'Assemblée. — Ludovic MARIN / POOL / AFP
  • Malgré un appel à l’union nationale, le gouvernement n’est pas épargné par les critiques sur sa gestion de la crise du coronavirus.
  • Les oppositions de tous bords, et une partie des milieux sanitaires, déplorent le manque de masques et de tests de dépistage, ou jugent les mesures de confinement mises en place le 17 mars pas assez strictes.
  • Face à ces questions, l’exécutif assume ses positions. Mais la communication de certains ministres pose problème.

L'« union nationale » a été brève. Depuis le début de la crise du coronavirus en France, le gouvernement est critiqué, par les oppositions et les élus locaux, pour sa gestion de la pandémie et sa mise en œuvre de mesures pour éviter la propagation. Pénurie de masques, manque de tests de dépistage du Covid-19 et mesures de confinement laxistes sont les principales critiques.

Dimanche, les parlementaires Les Républicains ont annoncé vouloir créer à l’automne une commission d’enquête parlementaire afin de « tirer toutes les leçons de l’épidémie ». Ce lundi, ils ont adressé une lettre ouverte au gouvernement, questionnant notamment le fonctionnement du Conseil scientifique (qui conseille l’exécutif) ou la stratégie de dépistage. Dimanche, le Conseil d’Etat a donné 48 heures à l’exécutif pour clarifier certaines dérogations de déplacement « au caractère ambigu », accentuant la pression sur une majorité embarrassée par sa communication parfois contradictoire.

Masques et tests de dépistage, deux épineux dossiers

Le gouvernement Philippe fait face à un début de procès en imprévoyance de la part des oppositions politiques. Deux sujets ont particulièrement suscité le débat, les masques et les tests de dépistage.

« Il y a bien sûr la question des stocks de masques [diminués depuis quelques années], mais aussi celle des flux, sur laquelle le gouvernement actuel ne pourra se dédouaner sur ses prédécesseurs », affirme Damien Abad, chef de file des députés LR. « A quel moment les nouvelles commandes ont-elles été passées ? Comment a-t-on réquisitionné les masques et comment les a-t-on distribués ? », s’interroge l’élu de l’Ain.

La droite monte aussi au créneau sur la question des tests de Covid-19. « Nous sommes pour dépistage massif, à la coréenne, afin d’éviter une deuxième vague épidémique », plaide Damien Abad, pointant des « erreurs » commises par l’exécutif sur ce sujet. La droite compte interroger le gouvernement lors de la séance de questions prévue ce mardi à l’Assemblée, mais elle attendra l’automne pour lancer une commission d’enquête parlementaire.

A gauche, le patron du PS Olivier Faure a lui aussi déploré le manque de masques et de tests et appelé l’exécutif à « une totale transparence dans les choix opérés ». Côté insoumis, Jean-Luc Mélenchon a estimé « qu’il y a eu une sous-estimation, ou peut-être l’adhésion à un schéma face à l’épidémie qui se révèle être extrêmement dangereux ».

Le flou sur le confinement

Les oppositions sont également sévères sur les mesures imposées par le gouvernement depuis le 17 mars. La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen appelle à instaurer « un couvre-feu à partir de 20 heures » pour faire respecter le confinement, tandis que la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo veut un confinement « beaucoup plus sévère ».

Des médecins appuient ces récriminations. Un collectif de soignants a porté plainte jeudi contre Edouard Philippe et l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn, les accusant de s’être « abstenus » de prendre à temps des mesures. Le principal syndicat des internes de médecine (Isni) a exigé un durcissement du confinement et a saisi en référé le Conseil d’Etat sur ce sujet. L’institution lui a en partie donné raison, en demandant au gouvernement de revoir certaines autorisations de déplacement.

Des couacs de communication

A ces critiques, s’ajoute une communication gouvernementale parfois problématique. « Depuis le début de cette crise, le gouvernement donne un sentiment de flottement. Il émet des injonctions contradictoires régulières et donne l’impression de courir après le temps », observe Bruno Cautrès, directeur de recherche au CNRS. Ces contradictions concernent selon le chercheur l’appel à aller voter, tandis que les personnes âgées étaient invitées à rester chez elles, ou encore le discours sur le travail malgré le confinement.

« Le gouvernement dit à la fois que ceux qui le peuvent doivent aller travailler, mais que jamais la France n'a connu d'épidémie si dangereuse depuis un siècle. Il y a aussi des commentaires contre-intuitifs de la porte-parole du gouvernement sur le port du masque », poursuit le politologue.

Certaines prises de paroles ministérielles sèment selon lui la « confusion », comme l’évocation d'une reprise des cours le 4 mai par Jean-Michel Blanquer ce lundi, alors qu’on ignore quand le confinement sera levé. D’autres sont « malvenues » et donnent l’impression d’un pouvoir politique « déconnecté », comme les propos de Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, sur le secteur de la construction, ou ceux du ministre des Comptes publics Gérald Darmanin invitant les Français à poser leurs congés payés pendant le confinement.

Le gouvernement ne craint pas de « rendre des comptes »

Critiqué, le gouvernement affiche sa sérénité. Ce lundi, sa porte-parole Sibeth Ndiaye a déclaré sur Cnews que le gouvernement avait « pris ses responsabilités » et ne craignait pas « de rendre des comptes » devant une future commission d’enquête parlementaire. Elle a également nié toute imprévoyance. « On ne peut pas dire qu’il y a eu un défaut d’anticipation de cette crise bien au contraire », s’est-elle défendue.

« On ne fait sans doute pas tout parfaitement, car on ne sait pas tout », a admis Emmanuel Macron, dimanche, dans un entretien paru dans le Journal du dimanche. « Mais chaque jour, on essaie de corriger les erreurs » qu’on a faites la veille, a poursuivi le chef de l’Etat, qui envoyé son Premier ministre ce lundi soir au JT de TF1 expliquer « les décisions prises par le gouvernement pour que » les règles de confinement « soient mieux respectées ».