Chronique de la mort annoncée du parti socialiste

POLITIQUE Petit tour d'horizon de ce qui s'est passé ce week-end et de ce qui attend le PS cette semaine...

Clémence Lemaistre

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Ségolène Royal et Martine Aubry
Ségolène Royal et Martine Aubry — AFP

Urgences. Le malade n’en finit pas de convulser. Après le psychodrame du congrès de Reims, les tensions de la semaine passée et l’hystérie du dépouillement du vote de vendredi, le parti socialiste continuait ce dimanche à se déchirer. Comme la chronique d’une mort annoncée. Petit tour d’horizon des derniers drames et, surtout, de ce qui va se passer.


1. Le scénario du pire.
Personne n’osait l’envisager, mais c’est pourtant ce qui est arrivé: samedi, après une nuit pleine de rebondissements, le décompte proclamé par le Parti socialiste donne Martine Aubry gagnante avec 42 voix d’avance, soit 0,03% des suffrages. Dans ces conditions, Ségolène Royal refuse de s’avouer battue, et accuse samedi soir sur TF1 sa rivale de «s’être précipité» pour se déclarer victorieuse. Comme Manuel Valls le matin même, elle exige un nouveau vote.




2. Contestations en cascades.
Comme pour l’élection de George W. Bush en Floride, en l’an 2000, samedi et dimanche, les contestations du scrutin et accusations de fraudes se sont multipliées.
Voir le récit de la journée de samedi ici,
Et celle de dimanche ici.


3. Que va-t-il se passer lundi?

La commission de récolement, dont le nom désigne les inventaires d’huissier, se réunit lundi à partir de 9h. Son rôle: examiner tous les procès-verbaux des fédérations et statuer sur les réclamations. Autant dire qu’un vaste chantier l’attend et qu’elle pourrait ne finir son rapport que mardi. Dirigée par le député Daniel Vaillant, un proche de Lionel Jospin, son rapporteur est Philippe Bonnefoy («un nom qui garantit», s'amuse un cacique). La commission comprend trois mandataires de chaque camp, avec, en observateur, un représentant de l'eurodéputé Benoît Hamon, éliminé du second tour par le vote militant du 20 novembre.


4. Une gagnante désignée mardi?

Mardi, le conseil national (parlement du parti) se réunit. Objectif: désigner le prochain secrétaire général du Parti socialiste, qui succèdera à François Hollande.  Pour cela, le conseil va s’appuyer sur le rapport établi par la commission de récolement. Le conseil, qui est formé à la proportionnelle à partir du vote des motions du 6 novembre, est dominé par des anti-royalistes: les partisans de l’ex-candidate à la présidentielle n’occupe que 29% des sièges.

5. Un nouveau vote pour départager les deux camps?
Ségolène Royal ne cesse de le demander depuis samedi matin: elle exige, même si finalement le conseil national la désigne gagnante, un nouveau vote. Pas certain qu’elle l’obtienne. «Cela n’a pas de sens de revoter demain ou après-demain», s’oppose François Hollande, alors que les militants ont déjà été beaucoup sollicités: ils ont été appelés à voter trois fois depuis le 6 novembre.

6. Le Parti socialiste peut-il imploser?

Alors que l’ambiance ne cesse de se détériorer, ceux qui excluaient cette hypothèse il y a encore quinze jours, l’évoque aujourd’hui. A l’instar de Benoît Hamon: «La situation devient grave voire dangereuse, a-t-il expliqué au Parisien dimanche. Aujourd'hui, l'unité du Parti socialiste est en cause. Et son existence même.»

Les analystes, en revanche, restent plus sereins, et faisaient ce week-end la même analyse qu’il y a quinze jours à la suite du congrès de Reims: les élus du PS ont trop besoin du parti pour exister. Même Ségolène Royal a exclu samedi soir de quitter le parti si elle perdait.
«La scission est possible, les circonstances s'y prêtent, mais ce n'est pas le plus probable», explique ainsi Paul Bacot à Reuters, soulignant que le parti est composé à plus de 60% d'élus et de collaborateurs d'élus qui ne casseront pas leur outil de travail. Même constat pour l'analyste Dominique Reynié, chercheur au Cevipof. Pour ses membres élus, dit-il à Reuters, le PS «est un trésor de guerre, une machine indispensable pour gagner».

7. Royal ou Aubry peut-elle encore diriger le parti?

Alors que le PS «rentrait dans une phase où il devait sortir de ses conflits internes, il s'y enfonce davantage», explique Dominique Reynié. «Ségolène Royal ne peut pas diriger le Parti socialiste parce qu'elle représente une ligne trop atypique par rapport à la base et Martine Aubry a échoué dans son opération de rassemblement», estime le politologue. Pour lui, la solution «c'est ni l'une, ni l'autre». Mais alors qui?

8. Le Parti socialiste peut-il se relever de ce psychodrame?
Les élections européennes en juin 2009, les élections régionales en 2010, puis la présidentielle et les législatives en 2012... Le Parti socialiste parviendra-t-il à temps à se relever pour affronter les échéances électorales et renvoyer l'UMP dans l'opposition? Dominique Reynié est pessimiste: La situation qui menace le PS n'est «pas la disparition mais une série de revers électoraux», estime-t-il . «Les souvenirs sont frais pour les électeurs et le souvenir de cette nuit-là au PS va marquer les esprits pour longtemps.»
 >> Relisez dans le blog Rénovation PS, les coulisses du Congrès de Reims.

Vous êtes militants socialistes, ves fraudes ou des contestations ont eu lieu dans votre fédération, envoyez vos témoignages par email au 33320 @ 20minutes.fr ou par SMS au 33320.