Coronavirus : Télétravail, visioconférence, Assemblée restreinte… Les politiques s’organisent face au confinement

POLITIQUE Il y aura bien une séance de questions au gouvernement ce jeudi matin à l'Assemblée nationale, mais dans des conditions très particulières

Thibaut Le Gal

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Assemblée nationale
Assemblée nationale — Jacques Witt/SIPA
  • Avec le confinement, le monde politique s’organise.
  • Privés de terrain, le gouvernement et les élus multiplient les visioconférences.
  • Les séances à l’Assemblée et au Sénat sont maintenues dans des conditions très strictes.

Le confinement, c’est aussi pour les politiques. Lundi soir, Emmanuel Macron a pris des mesures historiques de restrictions de déplacement pour l’ensemble des Français. Le monde politique, dont certains membres sont directement touchés par le Covid-19, n’est évidemment pas épargné. L’Assemblée nationale, le Sénat et le gouvernement ont dû s’adapter à la situation de crise liée au  coronavirus.

Visioconférences et limitation des déplacements pour le gouvernement

Malgré l’épidémie, l’exécutif doit continuer à assurer la continuité de l’Etat. Ce mardi, un Conseil des ministres s’est tenu dans un format particulier. Seuls le président, son Premier ministre, Christophe Castaner (Intérieur), Jean-Yves Le Drian (Affaires étrangères), Bruno Le Maire (Economie) et Sibeth Ndiaye (porte-parole) étaient présents physiquement, rapporte le Parisien. Les autres ministres participaient par visioconférence par mesure de précaution sanitaire. Le ministre de la Culture Franck Riester et sa collègue Brune Poirson à la Transition écologique, tous les deux contaminés, sont en quarantaine à leur domicile. Et un nouveau Conseil des ministres a été « réuni » ce mercredi pour continuer de mettre en œuvre rapidement les mesures d’urgences annoncées lundi par Emmanuel Macron.

C’est par visioconférence également que le chef de l’Etat s’entretient avec ses partenaires européens, et que les ministres répondent aux questions des journalistes désormais. « Tous les déplacements qui peuvent être évités doivent l’être », a résumé Edouard Philippe au JT de France 2 ce mardi soir. « C’est à l’image de ce que nos concitoyens attendent, une forme d’exemplarité des responsables politiques. »

En assemblée restreinte, l’opposition compte bien se faire entendre

Le Parlement était par ailleurs depuis quelques semaines en sommeil, comme la période électorale l’oblige. Mais les parlementaires vont se remettre au boulot. Deux textes, présentés justement ce mercredi en Conseil des ministres, sont à valider en urgence : un projet de loi de finances rectificative, modifiant le budget 2020 de l’Etat pour prévoir plusieurs mesures d'aide, et un « projet de loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 ». Le premier passera jeudi au Palais Bourbon et le second au Palais du Luxembourg, et vice-versa vendredi, permettant une adoption définitive le même jour.

Si un certain consensus est à attendre sur ces textes, l’opposition compte bien faire entendre sa voix. « La priorité doit être donnée à la santé, mais il est important de maintenir la vie démocratique. Nous avons fait hier une réunion par visioconférence avec les membres du groupe, on va étudier les textes de loi, et nous allons proposer des amendements sur les travailleurs précaires, notamment », indique Alexis Corbière, député insoumis de Seine-Saint-Denis, depuis son domicile. « Il faut être à la hauteur, ni dans la controverse inutile, ni dans un rapport de béni-oui-oui avec l’exécutif, car le pouvoir ne doit pas être concentré pendant des semaines entre les mains du président. »

Constat similaire pour le patron du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner. « On a des réserves sur certaines parties du texte, sur lequel on travaille. Tout se gère par téléphone, c’est intense, ça n’arrête pas », souffle le sénateur. « Il ne faut ni polémique ni laxisme. L’"état d’urgence sanitaire" peut ressembler à un régime d’exception, on doit veiller à un équilibre juste entre les besoins liés à la crise sanitaire, et la préservation des libertés publiques ». L’objectif ? « On travaille avec Gérard Larcher et les autres groupes, chacun doit faire un effort pour aboutir un accord. Il faut aller vite », ajoute-t-il.

Les deux Chambres ont bien entendu pris leurs dispositions pour limiter le risque sanitaire. Une poignée de parlementaires seulement sera présente dans les hémicycles pour le vote des textes et les questions au gouvernement, prévues à 9 h à l’Assemblée et 14 h 30 au Sénat. Le personnel administratif sera également limité au minimum. « On aura environ une cinquantaine de sénateurs [sur 326] et 150 fonctionnaires présents contre plus de mille habituellement, on limite car il y a des risques », confirme Patrick Kanner qui, malgré la contamination d’une vingtaine d’élus et de personnel, reste rassurant. « Nous sommes touchés par le virus comme tous les Français, il n’y a pas de peur particulière. On prend des précautions en demandant à certains sénateurs âgés, et il y en a beaucoup, de rester tranquillement chez eux ».