Coronavirus : Qui compose le comité scientifique et comment conseille-t-il Macron ?

GOUVERNANCE Un comité de onze chercheurs oriente depuis le 11 mars les décisions de l’exécutif sur la gestion de cette crise sanitaire

L.C.

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Le président du Conseil scientifique sur le Covid-19, Jean-François Delfraissy, encadré par le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de la Santé Olivier Véran, le 13 mars 2020 à Beauvau.
Le président du Conseil scientifique sur le Covid-19, Jean-François Delfraissy, encadré par le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de la Santé Olivier Véran, le 13 mars 2020 à Beauvau. — Ludovic Marin / POOL / AFP
  • Le 11 mars, face à la propagation de l'épidémie de coronavirus en France, le gouvernement a choisi de nommer un comité de chercheurs pour l’aiguiller dans sa gestion de crise sanitaire.
  • Ce conseil scientifique est composé de onze spécialistes, des médecins en infectiologie et immunologie évidemment, mais aussi un sociologue et une anthropologue.
  • Ses avis sont publics et il se réunit tous les jours. Mais le gouvernement n’est pas obligé de se conformer à ses recommandations.

« La confiance dans la science. » C’est ce principe qui guide l’action du gouvernement pour faire face à cette crise du coronavirus, a dit Emmanuel Macron dans son adresse aux Français, ce lundi soir. Pour « écouter celles et ceux qui savent », un Conseil scientifique a été installé par le ministère de la Santé le 11 mars. Ce groupe de chercheurs est associé de très près aux décisions de l’exécutif pour faire face à l’épidémie, il sera notamment consulté sur le report du second tour des municipales, a rappelé la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye ce mardi midi. Qui le compose, et comment est-il associé aux autorités politiques ?

11 membres, principalement des médecins

Ce comité compte un président et dix membres, dont deux femmes. Il réunit majoritairement de médecins, mais aussi une anthropologue et un sociologue. Jean-François Delfraissy, 71 ans, préside ce conseil. Ce spécialiste de l’immunologie est président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) depuis 2016 et a donc l’habitude d’être consulté par les autorités politiques sur des questions liant santé, éthique et société. Il a aussi dirigé l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS) à partir de 2005. Jean-François Delfraissy avait déjà été sollicité par le gouvernement lors d’une épidémie. C’était en 2014, pour Ebola. Le médecin avait alors la « "task force" interministérielle Ebola », précise l'Inserm sur sa biographie.

Les membres du comité qu’il dirige sont majoritairement des experts en épidémiologie et en infectiologie. Ils « ont été choisis pour leur expertise reconnue sur le sujet, dans une approche multidisciplinaire », a assuré Olivier Véran ce mardi lors d’une conférence de presse téléphonique. Denis Malvy est spécialiste des maladies tropicales à Bordeaux, Didier Raoult a mené le premier test clinique à l’hydroxychloroquine contre le coronavirus à Marseille et Yazdan Yazdanpanah est chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Bichat de Paris. C’est un des premiers hôpitaux français à avoir accueilli des patients infectés par le Covid-19. Il est également expert auprès de l’OMS.

Le comité comprend aussi le virologue Bruno Lina, directeur du Centre national de référence de la grippe à Lyon, l’épidémiologiste de l’Institut Pasteur Arnaud Fontanet, Lila Bouadma, médecin spécialisée en réanimation, et le médecin de ville Pierre-Louis Druais, fondateur du Collège de la médecine générale.

Il y a aussi un épidémiologiste modélisateur, Simon Cauchemez. Enfin, deux chercheurs en sciences sociales viennent compléter cette équipe et lui apporter une touche « interdisciplinaire » : l’anthropologue Laetitia Atlani-Duault, qui a fait une thèse sur la prévention du VIH, et le sociologue Daniel Benamouzig, spécialisé en politique et économie de la santé.

Comment fonctionne-t-il ?

« Le comité se réunit physiquement ou par téléphone tous les jours » depuis le 11 mars, a précisé son président, Jean-François Delfraissy, ce mardi, lors de la même conférence de presse. « Totalement indépendant », il peut être saisi par le ministère de la Santé, mais aussi s’auto-saisir d’une question. Le comité s’appuie aussi sur des travaux de chercheurs étrangers, parfois non publiés, et reçoit aussi des invités extérieurs.

Par souci de transparence, ce comité a décidé de rendre ses avis publics. Trois avis sont déjà en ligne sur le site du ministère de la Santé, datés des 12, 14 et 16 mars.

A quoi sert ce comité ?

La fermeture des établissements scolaires, le maintien du premier tour des municipales, puis le confinement annoncé lundi par Emmanuel Macron… Pour toutes ces mesures, le Conseil scientifique a été consulté. Ses travaux éclairent Emmanuel Macron et le gouvernement. Mais « la décision reste politique, le Conseil est là pour la guider », a insisté Olivier Véran. Pour le moment, le gouvernement a toujours suivi les recommandations des chercheurs.

Ainsi, le ministre a précisé qu’il avait pu saisir le comité « en urgence », samedi 14 mars, pour lui demander quelles étaient les meilleures stratégies d’endiguement de l’épidémie. Le comité a alors donné son aval au maintien du premier tour, comme il l’avait fait le 12 mars. Il estimait que si le scrutin était organisé « dans des conditions d’hygiène renforcées », la tenue du scrutin n’était pas plus risquée que le maintien « des activités quotidiennes essentielles, comme faire ses courses ».

Lundi, le comité a fini par recommander « un confinement généralisé strict sur le modèle de l’Italie », sur tout le territoire. Dans ce contexte de confinement, il a aussi jugé « inopportun » de maintenir le second tour des municipales. Un avis suivi par le chef de l’Etat qui a annoncé une restriction des déplacements dans la soirée, et le report du scrutin.