Elections municipales : En pleine crise du coronavirus, un scrutin marqué par l’abstention et un second tour en suspens

ELECTIONS Edouard Philippe a annoncé dimanche qu’il réunirait « à nouveau en début de semaine » les experts scientifiques et « les représentants des forces politiques » afin de prendre une décision sur la tenue du second tour des municipales le 22 mars, menacé par la crise du coronavirus

Thibaut Le Gal

— 

Edouard Philippe vote au Havre en pleine pandémie de coronavirus
Edouard Philippe vote au Havre en pleine pandémie de coronavirus — LOU BENOIST / POOL / AFP
  • Malgré les incitations du gouvernement à aller voter, le scrutin des municipales est marqué par une abstention record.
  • Plusieurs membres de l’opposition ont demandé un report du second tour.
  • L’exécutif devrait consulter les experts scientifiques en début de semaine pour trancher sur l’organisation du second tour de scrutin dimanche prochain.

Il est « important de voter dans ces moments-là ». Emmanuel Macron a bien tenté d’inciter les Français à se rendre aux urnes ce dimanche depuis le Touquet (Pas-de-Calais), où le président de la République est inscrit sur les listes électorales. Mais le contexte de pandémie de coronavirus semble l’avoir emporté sur le rendez-vous démocratique. Avec une abstention record pour le premier tour des municipales ce dimanche soir, entre 53,5 et 56 %, son appel n’a pas été entendu par les électeurs.

L’exécutif se retrouve sous pression après avoir choisi de maintenir ce premier tour malgré le contexte sanitaire. Plusieurs responsables de l’opposition ont déjà demandé le report du second tour. L’exécutif n’aura que quelques jours pour trancher alors que l’épidémie prend de l’ampleur sur le territoire français.

L’urgence sanitaire prend la place du politique

Ce samedi soir, Edouard Philippe annonçait la fermeture « jusqu’à nouvel ordre » de tous les « lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays », appelant les Français à « plus de discipline ». Mais le Premier ministre maintenait dans le même temps l’élection pour les 47,7 millions de personnes appelés à choisir leur maire.

Si, deux jours plus tôt, la droite et la gauche appelaient le chef de l'Etat à maintenir le premier tour, l'intervention du Premier ministre sonnait la fin du consensus. Dans la foulée, des appels venant du monde politique, dont six présidents de région, mais aussi des responsables de santé, se multipliaient pour un report, en vain.

Avec une faible participation, le pari du gouvernement est en partie manqué. Les chiffres historiquement élevés de l’abstention dépassent ce dimanche de près de 20 points le précédent record de 2014 (36,45 % d’abstention). Et sur les plateaux comme dans leurs interventions à l'issue du premier tour, les responsables politiques préféraient s’exprimer sur l’urgence de la crise sanitaire plutôt que commenter les résultats de leurs formations politiques.

« Un jour, le bilan devra être tiré des décisions prises par le président, et de celles qui n’ont pas été prises », a prévénu Marine Le Pen. Evoquant « une guerre sanitaire », la présidente du Rassemblement national a appelé au report du second tour, prévu dimanche prochain. Une demande également faite par de nombreux membres de l’opposition, du chef des députés LR Damien Abad à l’eurodéputé EELV Yannick Jadot. « Si le gouvernement décide le confinement et le report du second tour, il doit le faire le plus vite possible », a également lancé le patron des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, rejoint sur ce point par le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure.

Vers un report des élections ?

La majorité a une nouvelle fois justifié le maintien du premier tour en disant s’être référé à l’avis de responsables de santé. « Nous n’avons pas pris une décision comme ça, spontanément. Nous nous sommes confortés par l’avis du conseil scientifique », a défendu Olivier Véran. Le ministre de la Santé tiendra une conférence de presse ce lundi avec certains de membres du conseil « pour expliquer » cette décision.

Mais avec l’accélération de la diffusion du virus (127 morts et 5.423 cas confirmés ce dimanche soir) et l’hypothèse d’un prochain confinement du pays, une forte interrogation pèse désormais sur la possibilité de conclure le scrutin dimanche prochain. « Le taux d’abstention élevé que nous enregistrons témoigne de l’inquiétude grandissante de nos concitoyens face à l’épidémie qui nous frappe », a convenu Edouard Philippe depuis le Havre.

« C’est en prenant en compte l’avis des autorités sanitaires que nous nous organiserons pour le second tour », a ajouté le Premier ministre, indiquant vouloir consulter comité scientifique et forces politiques en « toute transparence ». La décision de maintenir ou non le scrutin devrait être prise mardi par l’exécutif.