Coronavirus : Des réponses économiques tardives, peu de concertation… L’échec de l’Europe sur la crise

EPIDEMIE Depuis plusieurs semaines, l’Europe a peiné à trouver une voix commune sur la crise du coronavirus

T.L.G.

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Emmanuel Macron est président de la République depuis mai 2017.
Emmanuel Macron est président de la République depuis mai 2017. — CIAMBELLI/SIPA
  • Avec la crise du coronavirus, l’Europe a peiné à trouver une voix commune.
  • Comme un symbole, c’est la Chine qui a apporté de l’aide matérielle à l’Italie, esseulée.
  • La Banque centrale européenne a annoncé des mesures économiques… tout en renvoyant la balle du côté des Etats.

La photo se voulait symbolique : depuis dans son bureau de l’Elysée, Emmanuel Macron en visio-conférence avec les responsables européens sur la gestion du Covid-19. « Face au coronavirus, ne laissons aucune place à la spéculation et à l’instabilité. L’Europe devra faire tout ce qui est nécessaire sur le plan sanitaire comme sur le plan économique », a revendiqué mardi, sur Twitter, le président de la République.

Pourtant, depuis plusieurs semaines, l’Europe a peiné à trouver une voix commune. A l’inverse, la crise liée au virus a montré les éternelles divisions entre les 27 Etats de l’UE, et même provoqué plusieurs polémiques. « A chaque crise, cela saute aux yeux : l’Union européenne n’existe pas encore », a ainsi dénoncé ce jeudi l’eurodéputé de Place publique Raphaël Glucksmann.

Un manque de soutien à l’Italie

Pays du continent le plus touché par le Covid-19, avec déjà plus de 800 morts, l’Italie n’a pas vraiment pu compter sur le soutien de ses « partenaires » européens. Comme un symbole de cette désunion, alors que les masques de protection sont depuis quelques jours en rupture de stock, c’est la Chine qui lui a récemment apporté de l’aide. La branche locale du constructeur chinois Xiami a annoncé le 5 mars sur Facebook l’envoi de dizaines de milliers de masques FFP au pays en quarantaine. « Nous sommes des vagues de la même mer, des feuilles du même arbre, des fleurs du même jardin », a indiqué l'entreprise. La Chine devrait également envoyer ce jeudi des experts et du matériel, a annoncé le ministère chinois des Affaires étrangères.

A l’inverse, plusieurs Etats européens comme l’Allemagne, la République Tchèque ou la France, ont décidé de pas exporter leur matériel de protection. « Nous devons être solidaires dans la répartition des masques de protection. Un blocage des exportations entre les Etats membres n’est pas dans l’esprit de l’Union européenne », a dénoncé sur Twitter la ministre belge de la Santé, Maggie De Block, la semaine dernière.

Des déclarations de la porte-parole du gouvernement français ont également déclenché une petite polémique sur les réseaux sociaux. « L’Italie a pris des mesures qui n’ont pas permis d’enrayer l’épidémie », a expliqué Sibeth Ndiaye mercredi. Des propos dénoncés notamment par Michela Marzano. « Comment osez-vous ? Savez-vous que l’OMS recommande à la France de prendre des mesures comme en Italie ? », s'est indignée la philosophe italienne et ancienne députée du centre-gauche.

Le coronavirus a également attisé les tensions entre l’Italie et l’Autriche après la décision de quasi-fermeture de leur frontière commune.

« Que vaut le concept tant rabâché de "solidarité européenne" quand l’Union européenne n’est pas capable d’aider l’Italie ou la Grèce ? », a réagi Marine Le Pen sur Twitter, pointant du doigt, également, le manque de coopération.

Des annonces économiques tardives

Après plusieurs jours de silence, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a finalement annoncé mardi soir des mesures pour coordonner la réponse à la propagation de la maladie, dont une flexibilité dans les règles de l’UE sur les aides d’Etat et la possibilité de mobiliser jusqu’à 25 milliards d’euros de liquidités à destination des systèmes de santé, petites et moyennes entreprises et secteurs les plus affectés dans l’UE.

Ce jeudi, la Banque centrale européenne a dégainé à son tour des mesures face à l’épidémie pour maintenir de « bonnes conditions de financement pour les ménages, entreprises et banques »… tout en renvoyant la balle dans le camp des Etats. « Je ne crois pas que qui que ce soit devrait attendre des banques centrales qu’elles soient en première ligne de la réponse », a insisté la présidente, Christine Lagarde, qui a fustigé « la complaisance et la lenteur » des gouvernements.