Municipales 2020 : A Reims, l'ancien Macron-compatible devenu ennemi des marcheurs

REPORTAGE La cité des Sacres est le théâtre d’un duel entre la droite et les macronistes, un cas plutôt rare alors que les deux partis soutiennent le même candidat dans de nombreuses villes

Laure Cometti

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A droite, le maire LR de Reims, Arnaud Robinet, le 11 mars 2020, en pleine campagne municipale sur le marché de Châtillons.
A droite, le maire LR de Reims, Arnaud Robinet, le 11 mars 2020, en pleine campagne municipale sur le marché de Châtillons. — L. Cometti / 20 Minutes
  • Dans beaucoup de villes, LR et LREM soutiennent le même candidat aux municipales.
  • Ce n’est pas le cas à Reims, où le maire sortant Arnaud Robinet (LR) était pourtant Macron-compatible.
  • Le duel penche en faveur du maire sortant de droite, tout un symbole pour LR, qui cherche à rebondir avec ce scrutin.

De notre journaliste à Reims (Marne),

​« Ça, ça sera rasé, le bâtiment n’est plus aux normes, certaines barres d’immeubles seront abattues, d’autres sont en train d’être rénovées… Le quartier ne sera plus le même dans quelques années. » Arnaud Robinet balaie du regard et de la main des parallélépipèdes gris érigés à la fin des années 1960. En campagne pour sa réélection, le maire LR de Reims tracte sur le marché de Châtillons ce mercredi matin, avec une dizaine de militants. Dans le Sud de la ville, Châtillons, dominé par la tour des Argonautes, fait partie d’un quartier prioritaire, avec principalement des logements sociaux. Reims en compte 41 %, selon le maire, bien que la ville jouisse « d’une image bourgeoise ».

Le marché du quartier Châtillons à Reims, le 11 mars 2020.
Le marché du quartier Châtillons à Reims, le 11 mars 2020. - L. Cometti / 20 Minutes

Abordé par les habitants qui font leurs courses, Arnaud Robinet enchaîne les conversations et les « checks du coude » – coronavirus oblige –, loin de l’image de « maire du centre-ville » que ses opposants voudraient lui accoler. « J’ai voté à gauche en 2014, mais je vais voter pour vous », lui lance un ouvrier retraité du BTP. « Vous avez bougé », le félicite-t-il, évoquant un autre projet d’urbanisme, à savoir la rénovation des hautes promenades, près de la gare, transformées en espace vert piétonnisé.

Un marcheur investi face à LR, une exception

« Ce n’est pourtant pas ici qu’on a fait nos meilleurs scores en 2014 », glisse un militant. Sur ce marché, la victoire peut sembler acquise pour celui qui a battu la candidate socialiste de justesse il y a six ans dans le cadre d’une triangulaire. « Vous serez élus dès le premier tour ! », sourit une dame âgée.

Favori des sondages, Arnaud Robinet est pourtant l’homme à abattre pour La République en marche. Dans de nombreuses villes, à Angers, Toulouse, Nancy ou Sète, les macronistes et Les Républicains soutiennent le même candidat (un maire sortant, souvent). Mais Reims fait partie des exceptions : dès juin, le premier candidat investi par LREM, l'avocat Gérard Chemla, l'a été dans la cité des Sacres. Arnaud Robinet, ancien député de la Marne, ami d’Edouard Philippe, faisait pourtant partie de ces Républicains LR dits « Macron-compatibles » que le président de la République  aurait bien aimé recruter.

« On va planter des grenades ! »

C’était avant qu’Arnaud Robinet soutienne publiquement la liste LR aux européennes de mai 2019. « Dès le 18 mai, Guérini [le patron de LREM] a débarqué à Reims, avec [le secrétaire d'Etat] Adrien Taquet, le message était très clair », se souvient l’édile, en souriant. « On veut faire de Reims un exemple, on va planter des grenades », lui a dit un ministre issu de LR.

La 12e ville de France est donc devenue, malgré elle, le théâtre d’un affrontement LR/LREM, alors que dans de nombreuses autres communes, c’est plus flou, en raison de l’alliance des deux partis et de la fuite de l’électorat de droite vers le macronisme. A la direction de LR, on se réjouit de « l’excellente campagne d’Arnaud, qui sera réélu, comme l’immense majorité de nos maires ». Revenu au bercail, le Républicain n'a toutefois pas coupé les ponts avec le macronisme. «On verra qui sera en mesure d'être candidat de la droite en 2022», évacue-t-il.

L'hôtel de ville de Reims, le 11 mars 2020.
L'hôtel de ville de Reims, le 11 mars 2020. - L. Cometti / 20 Minutes

Un scrutin réconfort pour LR

Malgré de bons scores LREM aux législatives et aux européennes, le candidat macroniste plafonne à 5 % dans un sondage. « On a une droite et une gauche qui s’assument sur des valeurs dans cette campagne, donc l’espace se réduit pour LREM », analyse le socialiste Eric Quénard. « Arnaud Robinet a fait l’essentiel de ses investissements dans l’hyper centre-ville et il est en retard en matière d’écologie », tacle-t-il, défendant son programme centré sur la solidarité, dans une ville touchée par la pauvreté et la précarité. Sa liste de gauche n’est créditée que de 10 % des voix dans un sondage.

Pas de quoi inquiéter Arnaud Robinet, qui déroule sa campagne sur la rénovation urbaine pour « dédensifier les quartiers », l’environnement, l’attractivité économique et la sécurité, entouré d’environ 300 militants actifs. Le maire sortant mise surtout sur la « proximité ». « Je vis cette ville au quotidien, j’ai reçu les Rémois tous les samedis pendant mon mandat », insiste-t-il, consacrant encore du temps à ces rencontres dans sa campagne.

Arnaud Robinet dans sa permanence de candidat municipal, à Reims, le 11 mars 2020
Arnaud Robinet dans sa permanence de candidat municipal, à Reims, le 11 mars 2020 - L. Cometti / 20 Minutes

A l’échelle nationale, c’est aussi sur la « proximité » que LR mise pour rebondir, avec un scrutin municipal qui devrait confirmer son ancrage local. « C’est à partir des élus locaux qu’on pourra rassembler notre famille politique », projette Catherine Vautrin, présidente du Grand Reims et numéro 2 sur la liste de droite. « Il faudra ensuite construire un programme et proposer autre chose aux Français que le match Macron ou Le Pen ».

Voici les dix têtes de liste en course pour la mairie de Reims :

  • Hadhoum BELAREDJ-TUNC, « Nous citoyens rémois » (divers gauche)
  • Gérard CHEMLA, « Osons Reims ! » (divers), investi par LREM
  • Fatima EL HAOUSSINE, « Union des Rémois » (divers droite)
  • Emmanuel LUDOT, « Les oubliés de la politique » (divers)
  • Laure MANESSE, « Reims en commun », soutenue par LFI
  • Jean-Claude PHILIPOT, « Reims avec le RN », soutenu par le RN
  • Eric QUENARD, « Faisons respirer Reims », soutenu par le PS, le PCF, Générations, Place publique (gauche)
  • Arnaud ROBINET, « Reims naturellement », soutenu par LR, le MoDem, l’UDI et Agir (divers droite)
  • Thomas ROSE, « Lutte ouvrière, faire entendre le camp des travailleurs » (extrême gauche)
  • Léo TYBURCE, « Reims Verts l’avenir » (écologistes)