Municipales à Saint-Denis : Dans une ville en pleine mutation, les communistes défendent leur bastion

REPORTAGE Le Parti communiste espère garder la main sur cette commune de 111.000 habitants, qu’il dirige depuis la Libération

Thibaut Le Gal

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Des militants communistes au marché de Saint-Denis.
Des militants communistes au marché de Saint-Denis. — TLG/20minutes
  • Le PCF dirige la ville de Saint-Denis depuis la Libération.
  • La commune, en pleine mutation économique, attire les convoitises du PS et de LREM.
  • Laurent Russier, maire PCF sortant, devra faire face à l'un de ses adjoints, soutenu par les insoumis.

A Saint-Denis (Seine-Saint-Denis),

« Municipales dimanche ! Votez pour le maire ! » Au marché du centre-ville de Saint-Denis, ce mardi matin, les militants se relaient, tracts en main. Sur leurs affiches, le maire PCF sortant, Laurent Russier, à la tête de la ville depuis la démission de Didier Paillard en 2016. Le Parti communiste, allié avec EELV, espère bien garder la main sur cette commune de 111.000 habitants, la plus peuplée de Seine-Saint-Denis, qu’il dirige depuis la Libération.

Pour défendre ce fief historique de la banlieue rouge, menacé par les divisions, les communistes vantent le bilan des décennies passées. « Le communisme municipal, c’est des services publics de qualité pour tous, et l’aide sociale pour les plus fragiles », plaide Macit Aktas. Le militant de 26 ans évoque notamment l’un des quatre centres municipaux de santé que compte la ville, à deux pas d’ici, la cantine à 15 centimes pour les plus modestes, et les futurs projets : une mutuelle de santé locale ou encore l’ouverture d’une « maison des aidants ».

« En 2020, le communisme municipal est toujours d’actualité. Il peut servir de rempart à la société individualisée et aux politiques d’Emmanuel Macron », poursuit-il. « On défend un droit à la ville pour tous, au moment où Saint-Denis va connaître de nombreux changements, poursuit Nicolas Lemoine, 25 ans. La question fondamentale est : qui va pouvoir rester vivre ici ? »

Un centre municipal de santé.
Un centre municipal de santé. - TLG/20minutes

Une ville bouleversée par le Grand Paris et les Jeux Olympiques

La commune est à une période charnière de son histoire. Les Jeux olympiques de 2024 et les travaux en cours de la gare Pleyel, la plus grande du futur métro du Grand Paris, bouleversent l’avenir de la cité. La question du logement, dans une ville qui compte plus de 40 % de logements sociaux et où les prix au mètre carré sont bien inférieurs à ces voisines de proche banlieue, est au cœur de la campagne.

« Le territoire a d’abord dû se relever de la désindustrialisation. Aujourd’hui, on a gagné notre place dans la métropole comme pôle économique majeur, mais on a réussi ces changements sans chasser les catégories moyennes et populaires », souligne David Proult, adjoint au maire. « Bien sûr, la ville va connaître des développements importants et on n’a pas de soucis avec l’arrivée de populations nouvelles, mais on souhaite que les Dyonisiens puissent tous en profiter. »

La mairie souhaite ainsi maintenir 40 % de logements sociaux dans les nouvelles constructions, pour éviter que les prix s’envolent « comme à Pantin [détenu par le PS], où le mètre carré est plus cher qu’au centre de Lyon », poursuit David Proult. En creux, l’équipe sortante accuse ses opposants d’être des promoteurs de la gentrification.

 Des militants communistes au marché de Saint-Denis.
Des militants communistes au marché de Saint-Denis. - TLG/20minutes

Des opposants veulent prendre la relève des communistes

« Saint-Denis a besoin d’équilibre et le problème, c’est que les classes moyennes s’arrêtent ici mais n’y restent pas », tranche Mathieu Hanotin, qui propose plus de mixité en tendant plutôt vers 25 % de logements sociaux. « La ville a un potentiel magnifique qu’il ne faut plus gâcher, or la situation n’est pas bonne car, depuis des années, la ville s’est appauvrie », poursuit le candidat socialiste, qui avait manqué la victoire de 181 voix en 2014. A Saint-Denis, le taux de pauvreté est de 38 %, contre 28,6% sur le département et 14 % au niveau national, selon les données 2016 de l’Insee. Malgré le dynamisme économique récent, le chômage s’élevait, cette même année, à 23,3 % de la population active.

Si, en 2014, les communistes l’avaient emporté de justesse, la tâche du maire sortant s’annonce cette année d’autant plus compliquée que sa propre majorité est divisée. Son adjoint Bally Bagayoko, soutenu par La France insoumise, est lui aussi entré dans la course à l’hôtel de ville. Le candidat se présente comme l’héritier du « communisme municipal », mais avec « un nouveau visage, celui d’un enfant des quartiers populaires ». « A l’heure des grands changements, il faut revenir à une gestion à taille humaine de la ville, et protéger les habitants historiques du changement de population en cours en étant plus exigeant avec les acteurs économiques qui viennent s’installer », dit-il.

Face à ces divisions, Alexandre Aïdara, candidat de La République en marche, espère profiter de ses bons scores aux européennes (en tête avec 15.92 %) pour créer la surprise.

Des militants communistes au marché de Saint-Denis.
Des militants communistes au marché de Saint-Denis. - TLG/20minutes

Une banlieue rouge en reconquête ?

Cette forteresse menacée est un symbole de la perte d’influence du Parti communiste dans une Seine-Saint-Denis en pleine mutation. En 1977, le parti administrait encore 27 des 40 communes du département. Depuis 2014, il n’en dirige plus que sept, dont les trois plus grandes, Saint-Denis, Montreuil et Aubervilliers.

« Cet affaiblissement s’explique d’abord par des facteurs nationaux. On a connu des vagues bleues, notamment en 2014 en rejet de la politique de François Hollande. Au niveau local, on a aussi parfois voulu faire le bonheur des gens par le haut, sans prendre en compte la participation citoyenne ou les nouveaux défis, comme l’environnement », résume Nathalie Simmonet, la responsable départementale du PCF.

Mais le parti mise beaucoup sur le scrutin de dimanche. « Cela fait une bonne quinzaine d’années que l’érosion est stoppée, et que l’on est en reconquête », assure Stéphane Peu, le député communiste du coin. « On sortira des élections avec plus de municipalités communistes qu’en ce moment car on est confiants sur les sortants et on a de bons espoirs à Bobigny, au Blanc-Mesnil, à Bagnolet et peut-être à Saint-Ouen ».

Les municipales verront-elles la reconquête de la banlieue rouge ou la poursuite de son érosion ? David Proult balaie, confiant : « J’entends ceux qui disent vouloir tourner la page du communisme, mais ça veut dire quoi ? Que les services publics ne sont plus nécessaires ? Qu’il faut arrêter d’envoyer les enfants en colonie de vacances ? »

Voici la liste des neuf candidats déclarés à la mairie de Saint-Denis :

Cathy Billard (Saint-Denis anticapitaliste), Philippe Julien (Lutte ouvrière), Houari Guermat (Saint-Denis autrement), Bally Bagayoko (Faire Saint-Denis en commun), Mathieu Hanotin (Notre Saint-Denis), Fetta Mellas (Saint-Denis éco-citoyenne), Georges Sali (Décidons le changement), Laurent Russier (Vivons Saint-Denis en grand), et Alexandre Aïdara (Changeons Saint-Denis).