Municipales 2020 : Les candidats LREM discrets sur l'affichage du logo ? Une tendance qui touche tous les partis

FAKE OFF Jordan Bardella, du RN, a accusé les candidats LREM aux municipales de « planquer » le logo du parti présidentiel sur leurs supports de communication. La situation est en réalité plus nuancée chez les marcheurs. La tendance s'observe en outre dans tous les partis

Manon Aublanc et Mathilde Cousin

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Le logo PS ne figure pas sur l'affiche de campagne d'Anne Hidalgo, à la différence de 2014.
Le logo PS ne figure pas sur l'affiche de campagne d'Anne Hidalgo, à la différence de 2014. — Philippe LOPEZ / AFP
  • Jordan Bardella, eurodéputé RN, a accusé ce mardi les candidats LREM aux municipales de « planquer les logos ».
  • Au sein du parti présidentiel, la consigne est d’afficher le logo sur l'affiche de campagne et autres supports de communication en fonction de la situation locale.
  • La tendance à occulter les logos est valable pour tous les partis, dans une campagne aux enjeux avant tout locaux.

Des candidats LREM aux élections municipales qui « planquent les logos » ? C’est ce qu' a lancé Jordan Bardella au micro de France Info, ce mardi. « Si vous arrivez à trouver un candidat LREM avec un logo La République en marche, vous m’appelez, parce que depuis des semaines, je vois des candidats LREM qui planquent les logos, qui ont peut-être honte de leur bilan et qui ont reçu consigne du gouvernement de supprimer ces logos », a accusé l’eurodéputé RN.

FAKE OFF

20 Minutes a passé en revue les supports de communication des candidats LREM dans une dizaine de grandes villes. L’étiquette macroniste apparaît sur le programme de la grande majorité des candidats, parfois clairement comme à Lyon, Paris ou Marseille, ou plus discrètement à Nantes, Dijon ou Strasbourg. Sur les autres supports de communication – site Internet, réseaux sociaux ou affiche –, l’étiquette LREM est parfois moins évidente. Sur son site Web, le candidat lyonnais Yann Cucherat  a par exemple choisi de mettre en avant sa proximité avec Gérard Collomb, actuel maire de la ville et ex-ministre d’Emmanuel Macron. Le Strasbourgeois Alain Fontanel ne mentionne pas LREM sur la page d'accueil de son site internet. La candidate rennaise Carole Gandon a pour sa part fait figurer le logo du parti sur la première page de son programme, mais pas sur son affiche de campagne.

A Lille, la candidate Violette Spillebout, soutenue par LREM et quatre autres formations, revendique « 100 % de documents imprimés » comprenant le logo du parti présidentiel. « J’ai eu des questionnements sur l’affichage du logo, explique à 20 Minutes la candidate, qui fait campagne sous le nom du collectif "Faire respirer Lille". Ma liste est soutenue par cinq mouvements politiques, il y a un tiers de personnes sans étiquette sur ma liste. On veut être identifié à un collectif qui rassemble, de la gauche au centre-droit. »

« Nous voulons redonner du souffle »

Sur son affiche figure bien le logo LREM. Mais avec une photo sur fond vert et le nom de son collectif plus visible que celui du parti, n’y a-t-il pas un risque de confusion avec une candidature écologiste ? Violette Spillebout, ex-directrice de cabinet de Martine Aubry, n’y croit pas : « Le nom de mon collectif fait allusion à la partie environnementale de mon programme, mais également à la méthode : il y a un ancien système toujours en place qui écrase les Lillois. Nous voulons redonner du souffle. »

Au siège parisien du parti, on assure que « les candidats sont libres d’afficher leur logo. Il n’y a pas de prime au logo ». La consigne transmise aux candidats ? « Faire en fonction des situations locales, au cas par cas ». Dans un guide diffusé à destination des candidats, LREM conseille, dans les villes où le candidat est en position favorable, d’afficher les couleurs de LREM. Là où le parti est en difficulté, il sera plus judicieux de « faire campagne sur une étiquette de rassemblement républicain/société civile ».

Valse-hésitation au PS

Du côté du PS, Martine Aubry, candidate à sa réélection à Lille, ne cache pas son appartenance au parti. C’est d’ailleurs la seule maire d’une grande ville à afficher le sigle socialiste en bas de son affiche. Stéphane Le Foll, candidat au Mans, avait, dans un premier temps, prévu de ne pas faire figurer le logo socialiste sur son affiche de campagne, comme il l’avait expliqué mi-février à France Bleu Maine : « L’étiquette d’un parti reflète ce que le parti pèse et représente dans l’opinion. […] L’étiquette du Parti socialiste, aujourd’hui, je ne vais pas la revendiquer comme étant ce qui fait l’élection. Sinon, le résultat, je l’ai ! Aux Européennes, c’était 8.5 %. » Mais une semaine après, l’ancien ministre de l’Agriculture est finalement revenu sur sa décision, affichant les deux symboles emblématiques, le poing et la rose, en bas de son affiche de campagne.

Mais pour certains candidats socialistes, trouver la preuve de leur appartenance au parti ressemble presque à un parcours du combattant. C’est le cas des candidates Johanna Rolland (Nantes), Nathalie Appéré (Rennes) et Nadia Pellefigue (Toulouse). Si ces dernières ont choisi de ne pas apposer le logo du PS sur leurs affiches, beaucoup ont même choisi de ne pas utiliser le traditionnel code couleur rose-rouge de la gauche.

Et l’actuelle maire de Paris ne fait pas figure d’exception. Si, en 2014, l’ancienne adjointe de Bertrand Delanoë avait inclus les logos du PS, mais également du PCF, du PRG et des écolos sur son affiche de campagne, cette année, la tactique a changé.

Plus aucun logo ne figure sur l’affiche de campagne d’Anne Hidalgo, qui opté pour une affiche verte rappelant le code couleur des écologistes. « Elle a supprimé toutes les signifiantes du PS. Mais tout le monde sait qu’elle appartient au PS, donc elle n’a pas vraiment besoin de le signifier. Ce dont elle a besoin, c’est de montrer qu’elle est affiliée à l’écologie, d’où l’utilisation de la couleur verte », a expliqué Mariette Darrigrand, sémiologue spécialisée en politique à 20 Minutes.

Pierre Jouvet, porte-parole du PS, reconnaît que les candidats sont libres « d’adapter leur communication » : « On n’est pas là pour leur dicter ce qu’il faut qu’ils fassent. Néanmoins, là où on est inflexibles avec les candidats, c’est sur l’affirmation de l’identité et des valeurs qui sont les valeurs de gauche, qui permettent aux gens de savoir pour qui ils votent. Si Martine Aubry met le logo, ce n’est pas pour rien, et ce n’est pas la plus mauvaise stratège qu’on ait connue dans ce parti. »

Chez LR, c’est « la coalition locale » qui compte, analyse un historien

Chez les Républicains*, le constat n’est pas si différent. Si certains candidats affichent clairement le logo du parti sur leurs affiches, comme Marc-Philippe Daubresse (Lille), Martine Vassal (Marseille) ou Jean-Philippe Vetter (Strasbourg), d’autres ont fait l’impasse. « Chez LR, qui a plus le vent en poupe qu’en 2017, on a quand même le sentiment que ce n’est pas l’affichage du logo qui compte, mais la coalition locale, analyse Fabrice d’Almeida, historien et spécialiste en image politique. « Christian Jacob [le président des Républicains] ne donne pas de consignes d’affichages. Mais ce qu’il veut éviter, c’est la situation inverse, une prise de logo LREM par des élus LR. » Une précaution qu’a prise Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse. Ce dernier, candidat à sa réélection, a été investi par Les Républicains, mais il est également soutenu par LREM. Une double casquette qui n’apparaît pourtant pas sur ses affiches de campagne.

L’absence de logos, « un classique dans les situations d’incertitude ou de désamours des partis politiques »

Si la pratique tendant à dissimuler son appartenance partisane semble se généraliser, elle n’est pourtant pas nouvelle, explique Fabrice d’Almeida : « Ce n’est pas nouveau et c’est même assez régulier dans les élections municipales que les maires essayent d’escamoter leur appartenance politique. Ce qui est frappant, en revanche, c’est que ça a vraiment touché tous les partis politiques au cours de l’histoire ».

L’absence de logos sur les affiches de campagne, « c’est un classique dans les situations d’incertitude ou de désamours des partis politiques », explique l’historien, qui rappelle au passage qu’au moment des législatives « les candidats se battaient pour avoir l’étiquette LREM, pour montrer Emmanuel Macron. Alors qu’aujourd’hui, il est peu probable que les candidats LREM veuillent afficher le logo. »

A EELV, une volonté d’identifier les candidatures

A l’inverse, à EELV, porté par sa troisième place aux élections européennes l’année dernière, la consigne est « d’afficher nos logos », confirme à 20 Minutes Alain Coulombel, porte-parole du parti. « C’est important pour nous que nos listes soient clairement identifiées », d’autant plus que le porte-parole dénonce « une forme de greenwashing généralisé des listes [des autres partis] aux municipales ». L’enjeu pour Les Verts « est d’obtenir une assise locale et territoriale ».

Au RN*, Stéphane Ravier, candidat à Marseille, ou Steeve Briois, candidat à sa réélection à Hénin-Beaumont, affichent les couleurs du parti sur les réseaux sociaux. Une étiquette généralement revendiquée par les candidats investis par la formation, à l’exception notable de Louis Aliot, qui revendique une candidature « sans étiquette » à Perpignan. « Le RN est dans une logique de discipline, analyse Fabrice d’Almeida. Comme ils attendent un bon score, ils sont encore plus disciplinaires. Ils ne veulent pas que des candidats qui auraient des chances de passer dans certaines villes n’affichent pas leur appartenance, ils veulent que les liens des élus soient plus manifestes avec le parti. C’est une étape d’accès à la gouvernementalité pour eux. »

* Ces deux partis n’ont pas donné suite à nos sollicitations pour cet article.

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