Réforme des retraites : Deux motions de censure pour le gouvernement, accusé de « fiasco »

PARLEMENT L’Assemblée examine ce mardi les deux motions de censure déposées après que l’exécutif a engagé sa responsabilité sur la réforme des retraites

20 Minutes avec AFP
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Edouard Philippe à l'Assemblée nationale lors des questions au gouvernement
Edouard Philippe à l'Assemblée nationale lors des questions au gouvernement — Jacques Witt/SIPA

Une sur sa droite, une sur sa gauche et le même reproche d’un « fiasco ». L’Assemblée nationale examine ce mardi deux motions de censure après que le gouvernement a dégainé le 49.3 sur la réforme des retraites, objet de nouvelles manifestations clairsemées.

Dans un hémicycle pas comble, le chef de file des députés LR Damien Abad a défendu la motion de censure déposée par son groupe, dénonçant une réforme qui fera des Français les « grands perdants ». Il a invité à un « sursaut démocratique » en censurant le gouvernement, dont une vingtaine de membres étaient présents.

« Cynisme et amateurisme »

« Par votre cynisme et par votre amateurisme, vous avez construit une à une les fondations d’un fiasco parlementaire sans précédent. Cette succession d’erreurs nous impose désormais de censurer votre gouvernement », a-t-il lancé depuis la tribune au Premier ministre. Alors que l’épidémie de coronavirus gagne la France, le député de l’Ain a estimé qu’Edouard Philippe portait « la responsabilité d’avoir ouvert un front politique au moment où la gestion de la crise sanitaire imposait une unité nationale ».

Prenant la parole pour défendre la motion déposée par le PS, le PC et LFI, le communiste André Chassaigne a fustigé un « désastre démocratique », après le recours à l’arme « funeste » du 49.3 qui « parachève la chronique du fiasco annoncé de cette réforme ».

« LBD parlementaire »

« Cette mise à mort de nos débats souligne votre profond mépris du Parlement. C’est la négation de notre rôle de législateur et une nouvelle étape de la dérive autoritaire du régime », a-t-il poursuivi à l’adresse du Premier ministre.

« Quel est donc le cas exceptionnel qui justifierait, selon vous, de priver notre Assemblée de débattre ? », a-t-il ajouté, accusant « les cacatoès de la majorité » de contester le « simple fait que les oppositions proposent, contredisent, interrogent ».

Dès la séance des questions au gouvernement, Adrien Quatennens (LFI) avait dénoncé l’usage de ce « LBD parlementaire », le Premier ministre le renvoyant à l'« obstruction » assumée de son camp, avec des milliers d’amendements.

Le rejet des motions ne fait aucun doute : ni LR avec 104 députés, ni la gauche avec 63 élus, ne peuvent rassembler la majorité de 289 voix requise pour faire chuter le gouvernement. Selon Marine Le Pen, le RN votera la motion de gauche, mais pas celle de LR, qui propose un départ à 65 ans.

Edouard Philippe dénonce les « combines » et les « calembredaines »

Après l’intervention des chefs de file des groupes politiques, Edouard Philippe a donné la réplique. Dans un discours de 50 minutes, il a défendu son choix du 49.3 en épinglant l’obstruction des oppositions. « Je ne crois pas qu’une mécanique parlementaire et qu’un débat dans lequel une minorité bloque systématiquement les questions de fond (…) ce soit à l’honneur du débat parlementaire », a-t-il déclaré à la tribune, en référence aux presque 40.000 amendements sur le texte.

« Le travail des parlementaires a été rendu, je le crains, impossible par des combines procédurales », a-t-il déploré, tout en disant mesurer « le caractère exceptionnel de cet outil constitutionnel » qu’est le 49-3. « Mais vous le savez, ça n’est ni une première ni une nouveauté pour des réformes importantes », a-t-il poursuivi en égrenant quelques exemples dans la Ve République.

« Un texte de compromis, qui a évolué »

Sur le fond, Edouard Philippe a fustigé le « conservatisme » des oppositions qui voudraient conserver le système existant. « Ceux qui défendent le statu quo – et ils ont parfaitement le droit de le défendre – racontent bien trop souvent des calembredaines. Ils se payent de mots sur le dos de ceux qui sont les moins bien traités par le système actuel (…) et de nos enfants, dont on attend qu’ils payent le moment venu et de bon coeur pour notre impéritie », a-t-il tonné.

Edouard Philippe a aussi livré un plaidoyer pour sa réforme, devenue après 13 jours d’examen dans l’hémicycle « un texte de compromis, un texte qui a évolué », « enrichi » par des amendements de tous bords. Il en a aussi longuement vanté les aspects sociaux : « nous faisons le choix politique de réduire les inégalités et de faire contribuer les plus favorisés » et « nous apportons de vraies garanties pour le pouvoir d’achat des futurs retraités », a-t-il notamment fait valoir.