Réforme des retraites : Le député LREM Jacques Maire, corapporteur du texte, accusé de conflit d’intérêts

ACTIONS L’élu LREM, corapporteur de la réforme des retraites, a été interpellé sur ses 400.000 euros d’actions chez l’assureur Axa, qui vend des plans d’épargne-retraite

20 Minutes avec AFP

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Le député LREM Jacques Maire à l'Assemblée nationale le 24 février 2020, à Paris
Le député LREM Jacques Maire à l'Assemblée nationale le 24 février 2020, à Paris — Ludovic MARIN / AFP

Le député LREM Jacques Maire, corapporteur du texte sur  la réforme des retraites, a été accusé de conflits d’intérêts au sujet de ses actions chez Axa. Mis en cause par les Insoumis, l’élu a cependant été défendu par la déontologue de l’Assemblée nationale, ce vendredi.

A la suite d’accusations de la députée insoumise Mathilde Panot sur un potentiel « conflit d’intérêts », Jacques Maire avait saisi, mardi, la déontologue de l’Assemblée pour « ne pas laisser d’ambiguïtés ». Le parlementaire a expliqué posséder « 17.700 actions » d’Axa pour « une valeur de 400.000 euros », liées à ses fonctions passées chez l’assureur de 2002 à 2012.

« Pas nécessaire que vous renonciez pour l’avenir à l’exercice de vos fonctions »

« Aucun conflit d’intérêts ne peut vous être reproché », a répondu la déontologue au député LREM, corapporteur de la réforme des retraites. « Il ne paraît pas nécessaire que vous renonciez pour l’avenir à l’exercice de vos fonctions », a-t-elle écrit, rappelant que la partie du texte dont Jacques Maire a la charge concerne l’âge minimal de départ à la retraite, le cumul emploi retraite, la retraite progressive ou la retraite anticipée. « Vos intérêts financiers au sein du groupe Axa ne vous interdisent pas d’exercer les fonctions de rapporteur du titre 2 dès lors qu’aucune disposition de ce titre ne concerne directement l’épargne retraite, et que par conséquent vos intérêts privés ne sont pas susceptibles d’interférer avec vos fonctions de rapporteur », a-t-elle ajouté.

Dans sa déclaration d’intérêts, Jacques Maire faisait état de 13.836 parts chez l’assureur Axa. Sa participation a augmenté depuis par la levée de « dernières options en décembre 2018 ». « La déontologue m’a indiqué qu’il aurait été souhaitable que ma déclaration fasse état de cette levée, ce que j’ai fait aujourd’hui même », a-t-il déclaré. La déontologue estime qu’il aurait « également été souhaitable que je signale mes intérêts lors des débats en commission et avant même d’accepter les fonctions de rapporteur. Ce n’est ni l’usage, ni une obligation, mais je reprends totalement à mon compte cette recommandation », a-t-il poursuivi.

« Ses parts chez Axa interfèrent avec ses fonctions publiques »

Il a enfin indiqué qu’il se « déporterait » sur trois articles du projet de loi ordinaire (13, 15 et 65) dont il n’est pas rapporteur mais qui sont « susceptibles d’avoir un effet potentiel mais sans être automatique sur le recours à des dispositifs épargne retraite », selon la déontologue. Jacques Maire a dénoncé une « manœuvre » de Mathilde Panot (LFI) qui a « libéré sur les réseaux sociaux des torrents de haine contre moi-même, ma propre famille, la mémoire de mon père, contre le syndicalisme responsable de la CFDT, c’était évidemment un des buts », a-t-il lancé.

Fils de l’ancien dirigeant de la CFDT Edmond Maire, à l’origine du virage réformateur de la centrale, Jacques Maire a été lui-même syndicaliste dans sa jeunesse. Au cours de sa carrière, cet énarque de 57 ans a oscillé entre cabinets ministériels et privé. Ses déclarations ont entraîné une série de rappels au règlement dans l’hémicycle et deux suspensions de séance. Selon l’insoumise Clémentine Autain, Mathilde Panot a « lancé une alerte » car Jacques Maire « détient un intérêt. Ses parts chez Axa interfèrent avec ses fonctions publiques. Demander de la vertu, ce n’est pas l’inquisition, c’est tout à fait normal en démocratie ».