Congrès de Reims: on fait le bilan, calmement, en attendant le vote des militants

PARTI SOCIALISTE Après le congrès, est-on plus avancé? Pas certain...

A Reims, Emile Josselin

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Incapables de convenir en congrès ce week-end d'une orientation et d'un leader, les ténors d'un PS "sérieusement malade" ont laissé aux militants le soin d'arbitrer par un vote un match qui opposera Ségolène Royal et Martine Aubry, avec Benoît Hamon en troisième postulant.
Incapables de convenir en congrès ce week-end d'une orientation et d'un leader, les ténors d'un PS "sérieusement malade" ont laissé aux militants le soin d'arbitrer par un vote un match qui opposera Ségolène Royal et Martine Aubry, avec Benoît Hamon en troisième postulant. — Denis Charlet AFP

Pas de ligne majoritaire qui se dégage, trois candidats, et François Hollande qui refuse de faire son discours de clôture pour "ne pas ajouter la commisération à l'imposture". Le congrès de Reims n'a pas permis de dénouer la crise qui secoue un PS "hésitant sur son projet, son utilité, son identité, sa stratégie", comme le disait Benoît Hamon dans son discours ce dimanche matin.

L'incertitude est aussi grande aujourd'hui que vendredi, jour de l'ouverture du congrès. Peut-être même plus: une alliance des trois motions arrivées derrière Ségolène Royal a échoué durant la nuit des résolutions de samedi à dimanche, achoppant sur la question de la candidature. Résumé des trois jours.

>> Mais comment en est-on arrivé à une telle fragmentation? Cliquez ici pour comprendre (un peu)

Vendredi. Le congrès commence à peine que Ségolène Royal prend tout le monde de court. D'abord en soignant son entrée, au point de provoquer une belle bousculade. Puis en annonçant sa candidature, par l'intermédiaire de Manuel Valls. Martine Aubry, elle, hésite. Elle espère favoriser un accord entre les motions de Delanoë, d'Hamon et la sienne. Et pourtant, ses partisans la poussaient clairement à se déclarer lors de sa réunion de motion de Jack Lang, à Jean-Christophe Cambadélis en passant par Laurent Fabius, qui voulait en faire "une magnifique première secrétaire". Les partisans de Benoît Hamon répètent en boucle que "rien" ne le fera renoncer à sa candidature.

Samedi. Ségolène Royal soigne sa stature d'Ovni au parti socialiste, avec son discours étonnant , cassant les codes des "moeurs socialistes étranges", comme elle l'a dit dimanche à la fin du congrès. La preuve, lorsqu'elle affirme qu'elle consultera les militants directement "sur la question des alliances" avec le centre. Et lorsqu'elle dévoile dans son discours ses propositions pour la commission des résolutions.

Clairement minoritaire dans la salle des délégués du congrès, qui l'a sifflée à plusieurs reprises, elle mise tout sur les militants.

Martine Aubry tient de son côté un discours clairement marqué à gauche, en s'étonnant de l'absence des socialistes dans les manifestations. "Ca m'embête d'être derrière des banderoles du MJS [les jeunes socialistes], à mon âge, ça le fait pas!", s'amuse-t-elle. Succès de tribune garanti. Mais toujours pas de déclaration de candidature de sa part... et que Delanoë n'exclut pas lui même d'être candidat, après que la journée a bruissé d'une candidature Moscovici ou Harlem Désir au nom de ses partisans. Bref, quatre motions et autant de candidats, retour à la case départ.

La nuit. Tout s'est cristallisé lors de la traditionnelle nuit des résolutions, entre samedi et dimanche, cette réunion secrète où les socialistes essaient de se mettre d'accord, de se "rassembler", selon la terminologie habituelle. Les trois autres motions ne parviennent pas à tomber d'accord avec Ségolène Royal, qui quitte la réunion, en appelle aux militants, et dénonce les pratiques "d'un autre âge" que constituerait une alliance de ses rivaux contre elle. Aubry, Hamon et Delanoë parviennent à s'entendre sur un texte... mais pas sur une personne. A la sortie, Hamon maintient sa candidature, Aubry sort sans un mot. Seul Arnaud Montebourg consent à avouer que le PS est "à l'arrêt". Bertrand Delanoë à quant à lui emprunté une porte dérobée.

Dimanche. Aubry, sous la pression de ses partisans, annonce sa candidature, alors qu'au même moment Delanoë, dit que sa motion ne présentera pas de candidat. Et qu'il ne donnera pas de consigne de vote. Lors de la réunion du courant Delanoë, Hollande tonne: "jai honte pour le parti socialiste". Par la suite, chacun donne son explication à la tribune de la faillite de la nuit des résolutions. Les trois candidats prennent la parole et présentent leur profession de foi. Aubry réaffiche son message de gauche, avec une envolée lyrique sur le mouvement social. Hamon la joue plutôt humble et sincèrement ému. Royal retrouve le chemin d'un certain classicisme après son discours volontiers provoc de la veille... et promet de continuer à chercher de rassembler.... jusqu'à jeudi, date du vote des militants.
Retrouvez ici notre dossier sur le congrès du PS à Reims.


Et aussi, à lire sur le blog Rénovation PS, les coulisses du Congrès