Retraites : « Du cinéma », « du grand guignol »… Les députés de la majorité désertent l’hémicycle dénonçant « l’obstruction »

DEBATS Les députés LREM et Modem ont quitté l’hémicycle pendant une trentaine de minutes mardi en fin de soirée pour protester contre une « litanie » d’amendements « sans aucun intérêt »

20 Minutes avec AFP

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Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l'Assemblée nationale.
Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l'Assemblée nationale. — Thomas SAMSON / AFP

Débats tendus à l’Assemblée nationale. Les députés de la majorité ont déserté l’hémicycle pendant une trentaine de minutes mardi en fin de soirée, pour protester contre « l’obstruction » et une « litanie » d’amendements « sans aucun intérêt » des insoumis et des communistes, lors de l’examen de la réforme des retraites.

L’opposition a dénoncé « du cinéma », « du grand guignol » et une atteinte au droit d’amendement. Puis le ton est encore monté en toute fin de séance, en conclusion d’une « soirée mouvementée » achevée vers 1 heure du matin ce mercredi.

« C’est notre droit de récuser la nature de ces débats »

De 23h35 à 0h10, seuls les présidents de groupes Gilles Le Gendre (LREM) et Patrick Mignola (MoDem) sont restés dans l’hémicycle pour représenter leurs troupes face à l’opposition. « Nous venons d’engager une série d’amendements tous identiques, avec encore une fois la volonté manifeste de faire durer inutilement le débat », a pointé Gilles Le Gendre. « C’est notre droit de récuser la nature de ces débats, nous ne souhaitons pas y participer ».

« Nous attendons que la litanie se termine avant de retourner en séance pour le débat de fond », a expliqué Roland Lescure (LREM), dans les couloirs du Palais Bourbon.

« Une « mise en scène » de la majorité »

Les oppositions ont ensuite enchaîné les rappels au règlement pour dénoncer une « mise en scène » de la majorité, selon le député LR Stéphane Viry, ou du « cinéma » pour le communiste André Chassaigne. Le socialiste Boris Vallaud y a vu un « résumé saisissant de la façon dont la majorité considère le Parlement ».

Selon le député Libertés et Territoires Jean Lassalle, « une majorité se doit d’assumer. Ce qu’ils font (les LREM et les MoDem), c’est pas tout à fait chouette, pas à la hauteur de la représentation nationale ».

« Dérapage » d’un rapporteur qui a « perdu ses nerfs »

Après le retour de la majorité dans l’hémicycle, une déclaration du co-rapporteur Nicolas Turquois (MoDem) a mis le feu aux poudres : « Certains ont dit « la République, c’est moi » (une allusion à l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon), eh bien, la République c’est nous et vous, vous n’êtes rien », a-t-il lancé à l’opposition. Les oppositions ont alors fustigé un « dérapage » d’un rapporteur qui a « perdu ses nerfs ». Le président de séance Hugues Renson a reconnu des « propos excessifs » de Nicolas Turquois, qui a d’ailleurs présenté ses excuses.

Avant ces incidents, chaque camp s’est renvoyé la responsabilité de « l’obstruction » et de « l’absurdité » des débats. Les députés ont piétiné dans l’article 2 du texte, sur les 65 du volet ordinaire de cette réforme des retraites.

Le Premier ministre Edouard Philippe a demandé mardi aux députés LREM de « tenir encore » face à « l’obstruction » de la gauche de la gauche, tout en assurant que, si besoin, il prendrait ses « responsabilités » en recourant au 49-3, arme de la Constitution permettant d’adopter un texte sans vote.